La bague
La poche déchirée, lynchée par ma bague.
La roche découpée, léchée par la vague.
Je marche, les poings serrés dans le blouson.
L'air blasé, l'œil acéré.
L'air est frais pour la saison.
L'air effrayé, je découvre la profondeur de la falaise.
Le ciel se couvre et le soleil est mal à l'aise.
Les mouettes kamikazes dans leurs cris étouffés,
tournoient et se noient dans le bleu bouffé
par les nuages.
Les rouleaux se précipitent dans la baie,
déversant leur flot de surfeurs et d'algues vertes
sur la plage.
Il y a du sel et du sable, de la buée
sur la baie vitrée laissée ouverte.
A la maison, serai-je rentré à temps ?
Demi-saison. Est-ce l'automne ou le printemps ?
Je longe la côte sublime, massée par l'océan,
les rochers musculeux ramassés, posés sur leurs séants,
au rythme des eaux frissonnantes, frénétiques,
freinées par les minéraux cisaillés, squelettiques.
La pierre est aiguisée par le temps, comme une dague.
Je l'escalade et joue avec le vent.
Je joue avec ma bague.
Le corps se fracasse sur la dentelle en lames de rasoir
des massifs où l'eau explose, vole en éclats,
en lames de fond.
J'ai déchiré la poche de mon blouson.
Philippe LATGER
Octobre 2001 à Sydney
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