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2012

Si la bolsa suena

Publié le

Des fourmis dans les jambes.
Gustavo Dudamel. L'orchestre dans ma chambre.
J'ai du sable collé aux épaules. Du sable dans les cheveux.
Playa Mar Bella. Copacabana. La serviette autour du cou.
Où l'on peut voir d'avance ce qui est prêt à être consommé.
Sur place ou à emporter.
Remonter les pelouses du parc de la Ciutadella, entre ses didgeridoos et ses tam-tams.
Des souvenirs du Monument à George-Etienne Cartier au pied du Mont-Royal.
A Barcelone, comme au Québec, on pratique le diabolo et autres exercices de jonglerie.
On promène ses boas, ses iguanes, et l'on expose ses tatoos au soleil.
Il suffit de s'engager dans la Calle Princesa, traverser la Laïetana,
et vous voilà retournés à l'hôtel avec des inconnus, sympathiques, prêts à faire la fête.
Ils viennent d'Australie. D'Amérique. D'Argentine. Du Brésil.
" Comment ? Encore un Carlos ?... Dites. Vous avez d'autres prénoms au Mexique ? "
Transats sur le toit-terrasse de l'Hôtel Axel. Au beau milieu de l'Eixample.
En voilà un, qui loue à quelqu'un qui loue à quelqu'un qui loue un appart sur la Rambla.

Ces mannequins venus de Budapest et de Prague, partagent en colocation
un piso maravilloso sur Aribau, et se croisent à poil dans les couloirs en sortant de la douche.
Il y a une Fashion Week. On peut faire des défilés pour Desigual. Des photos dans la rue.
Et un peu de porno, pour le plaisir seulement, puisque ça paie moins bien.
On arrive chez des gens que personne ne connaît. Il y a du champagne et des pailles.
De la musique à fond sur une belle terrasse. Où l'activité sera de partouzer.
Barcelone a changé messieurs-dames. Les Jeux Olympiques sont loin.
Et le Talgo usé, du bleu de mon enfance, me dépose au milieu du désordre.

L'appart de la Calle Canuda. Et ses doubles rideaux.
C'est pour mieux y grimper mon enfant.
L'appart de la Rambla de Catalunya. Le merveilleux attique.
Où le verre, où les cœurs, furent maintes fois brisés.
Le whisky se retire pour mieux laisser éclore des fleurs syphilitiques.
J'ai perdu au Metro l'enfant de huit ans qui suivait ses tantes au Corte Inglès.
" J'ai le souvenir qu'il sniffait déjà l'eau de Cologne. " La Lavanda Puig. Si Señor.
Pouvais-je encore le voir à l'arrière de la DS monter au parc d'attractions de Montjuïc ?
Le barman au regard ravageur offre le dernier verre.
Etions-nous descendus au Jazz ou au Sant Agusti ?
Penelope Cruz est en ville. Pour le tournage de Sahara.
Dominique Blanc dîne à côté de nous aux Carmelitas.
La suite du Hilton sur la Diagonal est déjà de l'histoire ancienne.
Et je sais dans ma chair, au dilemme amoureux, que la balance penche du côté du Julius.
Taxi ! Direction la Barceloneta. Ai-je vraiment pu y faire livrer des fleurs ?
Des week-ends entre amis. Je n'ai pas assez de doigts pour les compter.
La maison de Castelldefels est celle d'une autre vie. Quand je suis jeune adulte.
Au Schilling aussi, on me sert du whisky comme succédané à mon eau de Cologne.
Le barman au regard ravageur offre le dernier verre.
Et la Plaza Real sent le teuch à plein nez.
Cap sur la Terrraza au Pueblo Español pour me faire voir un moment.
Je fends la foule, les yeux vitreux, les lèvres irritées, le sang à fleur de peau,
comme après le poppers, la tête immense, et en hauteur, je me poste pour observer la faune.
" Qu'est-ce que tu fais ? Tu pars déjà ?... " Pas convaincu. Trop mou. Trop sage.
Je n'ai qu'une envie : las Torres de Avila. Me faire défoncer la poitrine par les basses.
Un lieu merveilleusement étrange. La confusion des genres. Les passerelles.
Les drags. Les drogues. Les pelles et les pipes faciles. Le cœur bat sous mes yeux.
Adopte le tempo martelé d'une techno lascive. Où je me laisse caresser par tout le monde.
Le miracle est christique. J'ai changé mon sang en whisky.
Mister Hyde a son côté gothique. Rien n'est assez bizarre pour le rendre curieux.
J'ai laissé des amis à leur disco de plage, et sombre avec délice dans un manoir de monstres.
Le Fellini était trop gentil, trop tranquille. J'aime la décadence et les sensations fortes.
A mon bal des vampires, on me mord, on me suce, j'ai des frères pour escorte,
des hallucinations.

L'enfant de dix ans qui mangeait des churros à l'entrée de Pryca,
a vu venir la Fira et le Nick Havanna, son dôme et son pendule.
17 ans et le goût du désir des adultes qu'il fallait exciter.
Et les années passant, la fête devint un art, un brin dégénéré.
La conduite de la voiture qui grillait les feux rouges et cherchait Rossello ou Provença.
Et me voici au port, entouré de mes putes, dont certaines n'étaient pas bien rasées.
Aux rideaux du Rembrandt, mon cœur est amoureux. Et j'emplis mes poumons.
J'ai appris que le sexe, régulier, avec une même personne en qui l'on a confiance,
permet l'exploration favorable à l'orgasme. Patiente. Voluptueuse. Attentive.
Et que l'équation est simple : avec des sentiments, et le respect de l'autre,
et le respect de soi, le sexe devient grandiose. Une révélation.
C'est une découverte. S'installer dans le temps. Synchroniser le plaisir.
Jouir au même moment. L'explosion nucléaire.
Le balcon où je bronze sent le gel et le sperme. Et la crème solaire.
La Plaça de la Vila de Madrid comme décor et ses tombes romaines.
Les paupières gonflées. Epuisé d'avoir baisé ou ronflé. Un petit-déjeuner.
Sous les arbres de la Plaça del Bonsuccés. Ravissante.
L'odeur du pavement mouillé ou lavé à grande eau.
La magie de ce soir où l'on me présentait à Juliette Gréco.
La dame sortait de scène. Celle du théâtre grec. En plein air.
Thierry Suc en costume de lin blanc avec son panama qui fumait le cigare.
Les jardins qui épongeaient la chaleur d'un été tropical quand j'avais de la fièvre.
Il y eut des étoiles et des feux d'artifice. Dans une ville faite pour la fête.
Où quand le cœur est lourd l'ambiance est un supplice.
Quand il y a peu de place pour la mélancolie.
Il faut serrer les dents. Se forcer à sourire.
La nuit impitoyable détecte les faussaires.
Mister Hyde a la carte. Et son taux de cynisme.
Quand la route fut longue. Du Paseo Tramuntana à la Plaça de Catalunya.
Du petit Tenis Park aux nuits du Baja Beach. Des bars de Playafels à la suite du Ritz.
Le bureau du notaire, Paseo de Gracia. Le hall du Majestic. Et la gare de Sants.
L'hôtel AC Vilamari. Hôtel Ciutat de Barcelona. Prestige Hotel. Hôtel Advance.
Et autant de nuits agitées. De rencontres. De ruptures. D'accidents.
Dans une ville qui m'a connu à l'âge de trois mois pour un premier été.
Qui m'a vu grandir d'une année sur l'autre. Rituellement. Et que j'ai vu changer.
Je m'y suis installé. Je l'ai perdue de vue. Et dois la retrouver.

 

Philippe LATGER
Mars 2012 à Perpignan

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Gueule de bois

Publié le

Le soleil s'est levé sur une ville en cendres.
Les décombres d'une nuit pathétique où tout s'est effondré.
La station orbitale est tombée sur la terre.
Une balle d'argent logée dans ma poitrine. En plein cœur.
J'ouvre les yeux. J'ai la gueule de bois.
Je vérifie mes mains, mes pectoraux, ma ceinture abdominale.
La lune n'était pas pleine. Je n'étais pas transformé. N'étais pas loup-garou.
La balle n'a procuré que le choc de l'impact. N'a pas été fatale.
Une main sur mon sexe pour compter mes testicules.
Une main sur ma pomme d'Adam. Sur mon front. Je suis toujours vivant.
Le soleil de midi me ramène à mes normes. Le besoin de café. Le besoin de tabac.
Perpignan s'agite à mes fenêtres, indifférente aux torpeurs de mes nuits.
Le platane est stoïque et le marteau-piqueur. Tout me pousse sous la douche.
Debout camarade. Tu n'as pas dit ton dernier mot.

Bien sûr, d'un même évènement,
il y a autant de versions que de gens pour en donner.
Deux témoins d'une même scène ne racontent jamais la même histoire.
Et je sais bien que nous n'avons, toi et moi, pas passé le même week-end.
Je me trouve déterminé, au milieu de ce jour, à garder ma propre perception.
A ne pas exposer aux doutes mon illumination. Et mon bonheur vorace.
Je me battrai pour protéger ce souvenir parfait d'un second coup de foudre.
Malgré les coups de griffe et les complications.
Après tout, à l'espace des fenêtres, il n'y a que ma personne.
Et seul en ma demeure, c'est encore moi qui gouverne.
J'ai le droit, sans offenser quiconque, de sublimer le temps qui fut passé ensemble.
De le voir sous l'angle positif de ses meilleurs aspects qui n'ont jamais manqué.
Que je sois amoureux ne dérange personne.
Et personne ne peut me reprocher de vouloir être heureux.
Je repousse les assauts de toutes les idées noires, qui cherchaient cette nuit,
à me faire sombrer, à m'abattre dans la rue, à me faire la peau.

J'époussette la lune, le ciel de ses orages, avec la volonté de faire place au soleil.
Il est là. Et même mes scrupules n'ont le droit de venir le voiler.
Je n'ai rien fait de mal. N'ai pas à m'en convaincre.
Et quitte à être seul, que je prenne la barre, celle de mon navire.
Que j'ai laissé aux remparts partir à la dérive.
Je reprends les commandes et mes résolutions.
De t'aimer fermement, contre vents et marées, contre toi s'il le faut,
qui est le meilleur endroit pour retrouver la paix.

En effet, être encore plein de toi ne gêne pas ton programme,
tes devoirs, ta journée, et tes obligations.
Ce que je vis ici peut rester à ta porte, sans t'envahir, t'embarrasser,
quand tu peux aussi bien n'en savoir pas grand-chose ou le mettre de côté.
Si je suis libre, tu l'es aussi. Je ne demande rien et n'ai rien demandé.
Si cela t'intéresse, tu sauras, d'une manière ou d'une autre, que je te remercie.
Que je suis ébloui. Et que je n'ai pas l'intention de salir notre histoire.
Même s'il y a des voluptés aux sombres déchirures, aux tourmentes nocturnes,
aux furieux mélodrames, aux chagrins fantastiques, je choisis le soleil.
Je choisis le printemps. Mon arbre qui bourgeonne. Le ciel bleu.
Le désir de lumière et le rire des enfants. Je choisis la vie. La vie.
Le chat de cette nuit n'était pas loup-garou. A fait son tour de piste.
Et celui qui s'étire aujourd'hui accepte tout de toi pour être indépendant.
Tu viendras quand tu veux. Je prends ce qu'on me donne.
Je sais qu'il y a du bonheur qui m'attend, à Paris, Perpignan, bientôt à Barcelone,
que l'été est devant, et tout ce que j'affectionne, et cela m'en procure, maintenant,

au point de chanter sous la douche Gainsbourg ou Jil Caplan.
Tu as de ton côté, tout ce qu'il faut pour être bien. Qui ne serait comblé ?
A tenir tant de choses si bien faites et construites.
Sans moi, tu as déjà l'équilibre parfait dont tout le monde rêve pour se réaliser.
Je serais misérable de venir le compromettre. Loin de moi cette idée.
Je te préfère solaire sans moi que lunaire avec moi.
Je ne me pardonnerais pas d'abîmer ta lumière.
D'éteindre de mes mains celle qui me nourrit.

En fait, c'est cela. T'aimer ici, comme je le fais,
ne coûte rien à personne, et ne dérange rien.
Cela me fait du bien sans autres conséquences.
Ça ne t'engage pas. Ne chamboule en rien l'ordre du monde.
C'est ma force souterraine et mon conditionnement.
Pour ouvrir la saison irradié de confiance.
Et ce jour qui commence.
Qu'il me reste à créer.

 

Philippe LATGER
Mars 2012 à Perpignan

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Tranchant sur la muraille

Publié le

Les verres vides sur les tables de café au soleil.
Les bouteilles de Coca-Cola. Font des éclats.
Aux lumières rasantes. Aux lunettes de soleil.
C'est la mer qui scintille on dirait.
Est-ce qu'on jouit mieux des choses lorsqu'on est deux ?
Sur ma rampe gothique, c'est la nuit qui est tombée.
Le jour du changement d'heure. C'est ma nouvelle année.
Une date essentielle qu'il me fallait fêter. Seul ou accompagné.
C'est le point de bascule. Vers la saison solaire.
Une date pour moi bien plus importante que celle de mon anniversaire.
Avec celle du printemps. Qu'elle vient confirmer. La rampe vers l'été.
Quand il fait encore jour à l'heure du JT.
Avec mes potes les chats, j'erre dans les ruelles profitant de douceurs.
Que l'air du soir apporte après les fortes chaleurs.
Il me fallait marcher. Me dégourdir les jambes. Saluer mon tombeau.
Au Mont des Oliviers. Où le ciel se prêtait aux cours d'astronomie.

Est-ce qu'on jouit mieux des choses lorsqu'on est amoureux ?
Un fin croissant de lune, sur le dos, s'offrait à l'étoile du berger, un peu pâle,
il est vrai, comparée à la lueur effrayante de la station orbitale.
J'ai pensé à Tintin. L'étoile mystérieuse. Une odeur de fin du monde.
Dans ma ville déserte écrasée par l'espace.
Au lieu d'un premier baiser, j'ai fumé une clope.
Avec l'allure du gars qui sort le chien après dîner.
Ce que je sors c'est l'ombre de moi-même.
Et j'invoque le ciel pour me reconstituer.
La lune me sourit. D'un sourire inquiétant.

Je ne sais pas ce qui s'est passé.
Puisqu'à vrai dire, je ne sais pas ce qui se passe.
Le silence. La distance. Laissent bien de la place aux questions.
Que je refuse de me poser. Un soir de fête.
Quelque chose peut-être s'est cassé. Sans que je m'en rende compte.
Et peut-être saurai-je le fin mot bien assez tôt.
Egoïste pour égoïste - ai-je le choix ? - c'est moi qui m'occupe de moi.
Je me sors aux étoiles et au baume érotique d'un après crépuscule.
Est-ce qu'on jouit mieux des choses lorsqu'on est heureux ?
Que je rentre un peu tard ne gênera personne.
Je n'ai pas à me justifier d'un texto à quiconque.
Et, comme il fut entendu, en effet, je fais ce que je veux. Tu es libre.
Oui... Je le suis. C'est ce que me dit cette lune pincée. Toute mince.
Comme un dessin d'enfant sur les toits de St-Jean.
Libre d'être heureux ou d'avoir mieux à faire.
Ici je m'évertue à jouir de la matière.

C'est un vertige étrange de n'être attendu par personne.
De n'avoir aucun compte à rendre. Aucune obligation.
Se dire : je pourrais mourir là, maintenant, qui s'en rendrait compte ?
Au bout de combien de temps ?...
Cette idée me fait rire. Quand c'est la seule école.
L'école pour apprendre à mourir. Quand nous mourrons tous seuls.

L'escalier est superbe. Tranchant sur la muraille.
Je dois être philosophe. Accepter que tout a une fin.
Je l'ai vu de mes yeux à la mort de ma mère.
Je l'ai vu de mes mains à la mort des amours qui se sont succédé.
J'ai survécu à tout, même aux pires douleurs qui ne furent pas grand-chose.
Est-ce qu'on jouit mieux des choses lorsqu'on est ambitieux ?
Quelle est mon ambition ? Si ce n'est d'exister.
Mon but n'est que de vivre tant qu'on me le permet.
Le bonheur n'est une fin que pour les magazines.
On en vend les recettes dans toutes les librairies des aires de service.
Je suis prêt à souffrir si l'heure est au supplice.
Ce sera vivre encore. Mais d'une autre façon.
Faire les mêmes choses dans d'autres conditions.
Les voir différemment. Avec un regard neuf.
Je passerai mon chemin si je suis inutile.
J'ai pu faire mon temps. Je peux ne plus servir à rien.

Je dois être philosophe. Rien n'est indispensable.
Quand le monde tourne encore même avec tant de morts.
Je sais qu'il n'y a qu'à moi que je ne pourrai pas survivre.
Et en jouissant des choses, de la nuit, de ma ville, de la lune,
je peux bien accepter l'idée d'être oublié.

Je ne vis pas pour être aimé. Je n'écris pas pour être lu.
Je n'oblige personne. Ni à me lire. Ni à m'aimer.
Est-ce qu'on jouit mieux des choses lorsqu'on est vaniteux ?
Je réalise que je n'ai rien demandé à qui que ce soit.
Puisque, comble de l'orgueil sans doute, c'est ma seule politique.
On me prend. On me jette. Je continue ma route.
Qu'il est doux d'être seul au-dessus des marasmes,
débarrassé de cette peur panique qu'est celle d'être abandonné.
J'imprime à nouveau le décor des remparts.
Avec cette impression d'être passé ce soir pour lui dire au revoir.
C'est comme à Paris cette façon d'aller rue du Square Carpeaux.
Saluer les lieux où j'ai su être heureux, malheureux, peu importe.
Un lieu où j'ai vécu. Un lieu où j'ai été.
Il n'y a que toi qui sais si c'est l'heure du départ.
Je garde toujours en moi les gens que j'ai aimés.
Ils peuvent disparaître, ils ne s'éloignent pas, ne me quittent jamais.

Libre comme je le suis, je le suis de garder de nous deux le meilleur que l'on puisse.
Les souvenirs choisis de la fougue, du brûlant, de l'intense et du tendre.
Ces heures à regarder le regard l'un de l'autre. A s'y perdre. A s'y attendre.
Quand je te dois tant qu'il me semble impossible de rendre la pareille.
A la hauteur sans doute de ce que l'on doit à ses propres parents.
J'ai une dette envers toi aussi insurmontable.
Mes parents m'ont donné la vie. Et tu me l'as rendue.

Je pense au contresens d'une lecture ancienne.
Ce n'est pas à ma mère que je dois la magie de ce monde.
Mais à toi qui as su lui en donner.
Dieu qui peut revendiquer cette œuvre que tu as rendue parfaite.
En effet. Je confirme et je signe. Même si tu dois me jeter.
Jamais je ne pourrai te rembourser le ciel, la terre, le vent, la mer, et l'univers entier.
Tout ce que tu as réveillé en moi, peut-être malgré toi, et le bonheur adulte.
Et je peux bien entendre n'avoir pas su donner tout ce bien en retour.
Quand j'ai toujours été inquiet, désireux de comprendre ce que diable
je pouvais t'apporter d'équitable.
Si vingt lunes suffisent, la première pour moi était inespérée.
A la seule rencontre, tu avais déjà ma reconnaissance éternelle.
Sans demander mon reste. Je n'aurais pas osé songer un seul instant à un seul lendemain.
Quand j'étais déjà redevable pour un cœur réanimé et le désir revenu dans mes veines.
Je l'ai dit, chaque fois, j'acceptais des bonus, semaine après semaine.
Sur mon chemin de ronde, au sourire de la lune, je prépare mes affaires.

Est-ce qu'on jouit mieux des choses quand on est courageux ?
Je m'endors avec toi. Et le bien que ça fait.
Quand je n'ai d'autre choix d'être encore égoïste.
Sans savoir ce qui se passe. Ou ce qui s'est passé.
Fin prêt à parer à toute éventualité.
Avec en moi cette révélation ou vieille certitude qui me crève le ventre.
Que jouir ne présente qu'un bien maigre intérêt.
Et que jouir ne vaut pas de pouvoir partager.

 

Philippe LATGER
Mars 2012 à Perpignan

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Inestimable

Publié le

Le cadeau que tu m'as fait. Inestimable.
C'est d'abord de m'avoir choisi.
Quand tu dis que tu m'as reconnu.
C'est d'avoir voulu me connaître.
C'est d'avoir décidé de m'aimer.
C'est d'avoir surmonté, contourné les obstacles.
Pour rendre possible ce qui semblait être perdu d'avance.
Le cadeau que tu m'as fait.
C'est d'avoir accepté la foudre pour ce qu'elle était.
C'est de ne pas avoir fui. C'est de m'avoir tout dit.
Quand j'ai vu, au-delà du sourire, une soif d'absolu.
Un désir de confiance. Besoin de vérité.
Une telle exigence que j'en étais touché.
J'aurais pu m'échapper en craignant les épreuves.
Les contraintes et peut-être bien des difficultés.
Quand la rigueur, l'honnêteté, ne coûtent rien aux cœurs aimants,
et qu'elles simplifient tout à ceux qui aiment être heureux.
Le cadeau que tu m'as fait.

C'est de me réconcilier avec quelques valeurs.
Avec la discipline. Le respect. Le bonheur.
Et de me faire goûter aux plaisirs qu'elles procurent.
Comme à la liberté reconquise aussitôt.

Inestimable. La lumière allumée.
Le frisson que j'éprouve à ne penser qu'à toi.
Le cadeau d'avoir pu traverser des saisons.
D'avoir pu nous sauver des ravages du temps.
De m'avoir délesté de stupides impatiences.
Et de m'avoir rendu le tempo du long terme ou de l'éternité.
Le cadeau que tu m'as fait.
C'est de me ramener sur des terres édéniques.
Où je n'ai plus besoin de trahir mes amours de peur d'être trahi.
De tromper le premier dans mes guerres préventives.
Où je peux me donner sans craindre l'avanie.
Faire confiance sans penser aux blessures d'orgueil ou aux humiliations.
Le cadeau que tu m'as fait.
De nous garder au chaud dans un lieu abrité
où aucun de nous deux ne peut perdre la face.
Où nous pouvons nous voir comme à égalité.

Et aimer l'autre pour soi comme pour ce qu'il est.
C'est un soulagement d'être aimé pour soi-même.
De pouvoir apparaître sans tricher, sans mentir et sans exagérer.
D'enlever son armure et tous ses barbelés.
D'être offert, vulnérable, et plus fort que jamais.

Je serais misérable. Meurtri. Fatalement brisé.
A l'idée d'avoir pu te décevoir un jour.
Comme à celle d'avoir pu te blesser.
Que tu penses avoir pu te tromper sur mon intégrité.
Que je me fous de toi. Que je suis désinvolte.
Quand, sans aucun mérite, je n'ai cessé de progresser,
dans l'abandon des égoïsmes stériles et des fausses révoltes.
Que mon amour grandit au fil des nuits qui passent.
De ce que je découvre. De tout ce que j'apprends.
Que mon désir s'accroît. Que mes sentiments changent.
S'amplifiant davantage. Toujours plus enivrants.
J'en suis le premier troublé. Surpris par mes ressources.
Ces réserves d'amour restées inexploitées.
Que je n'explique pas. Qui m'étonnent autant que toi.
Et que tu libères enfin en un rire complice.
Que ton regard nourrit pour que tout s'accomplisse.

Qu'au moment où j'écris, j'en suis plus que certain,
tu es ma raison d'être et l'amour de ma vie.

Il y a des distances dont je ne suis pas responsable.
Que tu as eu le courage de réduire bien souvent.
Et peut-être à me voir de plus près, y aurait-il dans tes yeux,
à fendre des fantasmes, un fond de déception.
Tu peux me juger moi. Ne juge pas mon amour.
Quand je suis imparfait. Et que lui ne l'est pas.
Je peux être faillible, maladroit, négligeant.
Avec tous les défauts de l'ours célibataire.
Qui n'a pas tous les codes de la vie conjugale.
Qui a toujours refusé de s'imposer aux autres.
Et précisément, pour ne décevoir personne, a préféré longtemps
ne pas s'aventurer dans une vie à deux.
Je ne suis pas parfait. Mais je suis perfectible.
Et je veux bien apprendre dès que c'est avec toi.
Etre à la hauteur de l'amour qui m'inspire.
Pour que le bonheur que tu donnes ne reste pas qu'en moi.

Qu'il puisse te revenir au centuple. Décuplé au prisme de ma foi.
De mon envie de nous. De mon admiration.
De la fougue volontaire qui brûle dans mes doigts.

J'ai brûlé tout le long de mon observatoire.
Amoureux comme un chien et heureux comme un prince.
Quand j'ai eu ce cadeau de respirer ta vie au centre d'elle-même.
De te voir te coucher. De te voir te lever. Et de t'offrir aux autres.
Je suis fier de t'aimer. Et fier comme personne.
Je dois te remercier pour tout ce que tu donnes.
Les cadeaux, un à un, que tu m'as apportés.
Je ne te décevrai pas par mon ingratitude.
Trop conscient de ma chance. Ta générosité.
Quand j'ai pris dans la gueule un second coup de foudre.
Pour l'âme magnifique qui avait déjà changé tout le cours de ma vie.
Je suis chat de gouttière, sans gamelle et sans maître,
qui aime aussi fort son indépendance qu'il déteste
l'impression d'envahir, de gêner ou d'être un parasite.
Dont l'égoïsme est aussi vrai que la peur d'être un poids.
Qui commence toujours par dire au téléphone : " excusez-moi de vous déranger... "

A l'égoïsme, on ajoute l'orgueil, quand c'est aussi la marque de mon éducation.
Ainsi donc, pour ne nuire à personne, j'ai choisi d'être seul.
Ne prenant plus le risque que de me décevoir moi-même.
Mais pour un peu, mon amour, si cela se pouvait, si on me le permettait,
je serais prêt à prendre le risque de te décevoir mille fois.
Quand je ne pourrais vivre avec personne d'autre que toi.

Le cadeau que tu m'as fait. Inestimable.
C'est d'être la plus belle personne du monde.
La plus talentueuse. La plus gentille. La plus responsable. La plus sensuelle.
C'est d'être l'être idéal. Auquel on croit sans y croire comme on peut croire en Dieu.
Qui est conceptualisé. Mais qu'on ne peut attendre.
Le cadeau que tu m'as fait. C'est d'exister.
Même loin de moi. Même sans moi. Savoir que tu existes.
D'autres ont trouvé le Graal.
D'autres ont trouvé Jésus. D'autres ont trouvé leur voie.
J'ai eu la foudre de ces révélations en ne trouvant que toi.
Quand tout ce que tu es me touche. Quand tout ce que tu fais me touche.
Et je l'écris simplement. Si te décevoir serait une catastrophe,
il y aurait pire à mes yeux, c'est que tu me déçoives.
Je survivrais à l'idée que tu ne m'aimes plus.
Pas à celle que tu n'existes pas.
Pas à celle selon laquelle j'aurais tout inventé.

Tes regards dans le noir. Ta silhouette érotique. Et ton sens de l'humour.
Tes angoisses bouleversantes. Tes visions insolites. Et toutes tes gravités.
Ta peau faite pour la mienne. Ton goût pour la droiture et pour l'éternité.
Le cadeau que tu m'as fait.
C'est cette raison de croire que je n'ai pas rêvé
tous ceux qui ont précédé, et qui sont incroyables.

 

Philippe LATGER
Mars 2012 à Perpignan

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Le dieu liant

Publié le

Le soleil comme liant. Entre tous les hommes.
Au pied de mon campanile disparu sous ses échafaudages.
Où des percussions résonnent contre les façades de la place de la cathédrale.
De la danse africaine. Des quinquas en boubous bariolés s'en donnent à cœur joie.
Célèbrent le retour du printemps entre les oliviers disposés sur le parvis.
Une foule de badauds hésite entre les terrasses et les boutiques.
Que je fends jusqu'à la rue de la fontaine froide. Je disparais rue des abreuvoirs.
Sans pull. Sans caban ni blouson. En bras de chemise. Sourire aux lèvres.
Un œil sur les vitrines de la Maison Quinta d'où sortent des doñas cramées aux UV.
Visages mangés par des lunettes noires Gucci, Prada, Dolce & Gabbana.
Avant de m'installer au coin, au dos du Castillet caressé franchement par une lumière estivale,
à une table ensoleillée du Café de la Poste, pour me noyer dans le peuple du monde.
Le drapeau catalan sur la porte monumentale de la ville est parfaitement immobile.
Il n'y a pas un souffle de vent. Et la chaleur vient se précipiter sur moi sans l'ombre d'un obstacle.
Entre deux platanes satisfaits qui s'étirent de bonheur aux assauts voluptueux du ciel bleu.
Je ferme les yeux au baiser du soleil. Tends le menton. La tête en arrière. Calé dans mon fauteuil.
Pour mieux éprouver la jouissance d'être en vie sur la planète Terre.
Autour de moi, il y a des Catalans prétendus de pure souche. Des pieds-noirs. Des Gitans.

Catholiques. Musulmans. Juifs. Arabes. Juifs arabes. Marocains. Algériens. Tunisiens.
Des Celtes venus des îles britanniques venus dans le fief de l'USAP, ce haut lieu du rugby.
Et j'embrasse la ville où les hommes sont en paix. Et ce pays génial où l'on peut vivre ensemble.
Où le soleil fédère ceux qui aiment la vie.

Une chaîne humaine défile devant moi, passe sous la Porte Notre-Dame,
emmenée par R.Can, le rappeur de ces dames dans son petit tee-shirt,
en tête d'une sardane linéaire qui rend hommage au chanteur Jordi Barre.
Main dans la main, des hommes et des femmes de tous les âges, de toutes les générations,
de toutes les origines, passent devant ma terrasse dans un esprit de fête et de rassemblement.
Il y a de la musique. Des commentaires sportifs. Des familles qui charrient leurs poussettes.
Et je rends grâce à l'intelligence des hommes qui profitent du beau temps qui leur est imparti.
Je pense à Toulouse, à Paris, à Limoges. Imagine que ce doit être la même foule réjouie.
Au soleil de la Place de la Motte. Aux Buttes-Chaumont. Ou bien Place St-Georges.
Qu'après l'effroi, la vie reprend ses droits. Quand il faut se faire du bien pour mieux vaincre le Mal.
Je bois mon café en pensant aux jeunes Gitans que j'entendais parler dans la rue.
Lundi soir. En rentrant de chez Laetitia. En plein quartier St-Jacques.
" Les Juifs, ils sont gentils. Y'a des Juifs, ils sont gentils. Ils sont pas méchants. "
Le jeune homme était sincère. Semblait vouloir convaincre ses camarades.
Et des larmes montaient devant la Médiathèque,
quand je traînais mon ombre au pied de l'Hôtel Pams.
Oui mon frère. Les gentils sont gentils. D'où qu'ils viennent. Quoi qu'ils croient.

Et les méchants des gentils qu'on a abandonnés.
Les larmes sont revenues, sur le bord de mes cils, quand je rouvre les yeux.
Au soleil du week-end offert à ma conscience. Sur mon visage usé.
Qui crie au monde entier. Je suis Juif. Musulman. Mi-croyant. Mi-athée.

Ma ville est frontalière. Perpignan. Catalane. A la fois espagnole et française.
Et je suis comme elle. A son image. Le cul entre deux chaises.
A la fois espagnol et français.
Et le soleil brille pour les deux versants des Pyrénées.
Comme pour les deux rives de la Méditerranée.
Ma mère castillane et son profil berbère. Mon père toulousain et son regard kabyle.
Notre Dieu ne saurait être l'otage d'un bâtiment et de ses quatre murs.
Quel que soit le nom que l'on donne à l'édifice. Quel que soit le rituel.
Dieu est ce soleil qui me roule des pelles. Fait ouvrir les platanes, les palmiers, et mon coeur fatigué.
Je le remercie pour l'espoir qu'il nous rend. Sa chaleur bienfaitrice. Féconde. Et réconciliatrice.
Le bronzage atténue mes blessures. Et quelques cicatrices. Ma façon de prier.
Je porte la kippa et un croissant de lune. L'étoile de David et l'amour de l'Islam.
Les lumières des esprits ouverts à l'univers, une seule Création pour une même extase.
Celle d'être vivant. Et mortel. Au soleil qui rend fier, qui rend humble.
Nous rend frères de lait. Nous rend frères de sang.
C'est sur le quai Vauban que je pose mes fesses. Fais durer le plaisir.

Des gens dansent à côté. La musique est cubaine.
Et je veux témoigner d'appartenir au monde.
Au Palmarium, des gamins de cités se retrouvent au fast food.
Face à une boutique où une famille chinoise vend des chaussures.
La Salsa est parfaite. Et j'aime Perpignan.

Le soleil comme liant me connecte à la somme
de toutes les cultures, de toutes les histoires, celles de tous les hommes.
Le Rap, le Flamenco, pour mieux nous mélanger.
J'ai le sourire hindou d'un Gitan rassuré. Prêt à faire confiance.
Je reviens d'Istanbul, de Damas, de Tanger,
de Venise, Tel-Aviv, du Caire ou de Valence.
J'ai le rire andalou, sicilien, aux vagues des vacances.
Qui aime les amandes et les danses du ventre. Quand la mer m'a vu naître.
Que l'été m'accompagne. Aux frontières des corps que je peux tous aimer.
Je salue le printemps qui pourrait être arabe. L'amour de l'existence et de la liberté.
Les rythmes de Cuba comme minutes de silence. Pour bénir les enfants qu'on nous a enlevés.
Et ce des deux côtés. Pour peu qu'il y en ait deux. Enrayer la violence. L'automutilation.
R.Can et son chapeau mènent une farandole sous la porte qui reste de remparts démontés.
On a détruit les murs qui enfermaient ma ville. Perpignan est ouverte. Et je m'ouvre avec elle.
Quand des gens de partout apportent leur sourire, leur art, leur savoir-faire,
leur talent, leur science, comme leur énergie, pour nous porter plus haut,

plus loin dans l'atmosphère, quand seul le métissage permet l'évolution.
La nature a besoin de toutes ses différences. Un homme et une femme.
La première mixité. La différence utile, nécessaire à la vie ou la procréation.
Les gènes ont leur sagesse et leur leçon brillante, autant de tolérance que de combinaison.
Et je ris sur le quai aux alliances superbes, aux alliages solides, à tous les assemblages,
qui font l'humanité et l'honneur de s'y fondre.
Au soleil qui me porte, depuis l'Est jusqu'à l'Ouest, du matin jusqu'au soir,
je peux vaincre la mort, pour être un bout du Dieu qui aime tous ses enfants,
n'en sacrifie aucun, se respecte lui-même, que je veux triomphant.
Quand il sert la justice.

 

Philippe LATGER
Mars 2012 à Perpignan

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L'épiderme

Publié le

La Mosquée Bleue sur le Bosphore.
Le théorème de Pythagore.
Big Ben. L'Empire State Building.
La jungle de Rudyard Kipling.
Il suffit de fermer les yeux.
J'ai la médina de Tétouan.
Un estuaire face à Royan.
Le Colisée et l'Acropole.
Los Angeles. Mégalopole.
Et la baie de San Francisco.

Pour tout retrouver sur ma peau.

 

Philippe LATGER
Mars 2012 à Perpignan

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Parapluies

Publié le

La Charente est maritime.
La Corderie royale.
Et la pluie qui s'installe est glaciale.
La façade Art Déco d'un ancien cinéma.
Rue Jean Jaurès. Et toutes ses maisons basses.
Pour des rencontres éphémères à l'archet d'un alto.
Violons et contrebasses. Pour des vagues de cordes.
Qui m'emportent au Colbert pour quelques Marlboro.
Les parapluies ne sont pas de Cherbourg il me semble.
Pas de Michel Legrand aux Moulins de mon cœur.
L'Atlantique est ailleurs. Quand tes yeux lui ressemblent.
Quand ils se font rieurs. Que je me sais vainqueur.
Sur la pointe des pieds, à l'heure de nous rejoindre,
quand la ville endormie n'offre que le silence,
il y a des va-et-vient aux couloirs de la nuit.
Sur un terrain miné où la porte est secrète.
La passion de phosphore doit se faire discrète.
Et je dois me reprendre ou simuler l'ennui.

Moi aussi j'enregistre. Ce que l'on défenestre.
Et je me réveille seul. Comme un chef mutilé.
Sans pupitre. Sans orchestre.
Avec le goût amer des histoires impossibles.
Tes mains à mes poignets comme des bracelets.
Qui ont frotté leur crin à mes cordes sensibles.

 

Philippe LATGER
Mars 2012 à Perpignan

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Comme une goutte d'eau

Publié le

Il pleut sur la Côte Pavée.
Le jour s'est levé. La lumière artificielle s'est éteinte dans le quartier.
Les façades lavées par la pluie. Comme les camions de police. De pompiers.
Les dossards fluos et les uniformes. Les caméras de télévision disposées à distance.
Un ciel gris se boursoufle sur la ville de Toulouse. Et l'on retient son souffle.
Dans l'humidité poisseuse sur des portails, des clôtures et des sapins bleus.
Le danseur, sur ses talons noirs, avance, tête baissée, vers le miroir de la salle.
Il se regarde par en-dessous. Les sourcils froncés. Les narines dilatées. Lentement.
Lance la pointe d'un pied. Puis l'autre. Sur le parquet. Comme un taureau prêt à charger.
La guitare s'est tue. Les mains ont cessé de battre leurs palmas. Laissant place au silence.

Un jeune homme vérifie ses armes. Assis sur le sol de la salle de bains.
Lève la tête vers le ciel. Ferme les yeux. Recommence à prier.
Il ne veut pas penser à sa mère. Aux gens qu'il va laisser. Pense à la cause.
Les caméras en place ne cessent de tourner. Dans la rue. A quelques mètres.
Derrière un dispositif militaire. Le jour se lève à Toulouse. La nuit s'évapore.
Des journalistes lisent ou tapent des textos sur leurs smart phones.
Le danseur, les épaules en arrière, avance toujours, cambré comme un coq,
frotte le talon sur le bois du parquet à chaque pas qu'il fait.
Se fixe dans le miroir. Commence à lever les coudes. Les bras. En marchant.
Comme un albatros prêt à s'élancer pour s'envoler. Déployant ses ailes.
Maîtrise chaque geste. Sa respiration. Une rage contenue.

Des enfants furent conduits à l'école. Les parents leur sourient à la grille.
La une des journaux affichée sur la devanture du bureau de tabac.
Des images tournent en boucle. Sur BFM TV. Sur LCI. Où il ne se passe rien.
Le matin avance sur la ville. Dans le clapotis morne et sinistre de la pluie.
Comme le toréador aux yeux sombres, sur ses talons flamencos, au parquet de la salle.
En équilibre. Les coudes levés au niveau des oreilles, les mains pointées comme des cornes.
Sur la pointe des pieds. Un pas. Et puis un autre. La jambe tendue. Les jambes croisées.
La chaussure dessine un demi-cercle sur le bois. Se plante devant l'homme.
Une fois à droite. Une fois à gauche. S'approchant davantage de lui-même.
La lumière s'est amplifiée dans l'appartement. Une lumière grise et maussade.

Qui coule comme de l'eau sous la porte de la salle de bains.
Dieu est grand. L'arme en main. Assis par terre. Les genoux relevés.
Adossé au mur. Il a tenu des heures. Prostré dans le noir et le silence.

Le danseur s'arrête. Se redresse. Se raidit. Plante un coup de talon. Sec.

Sur le parquet de la salle. Un coup. Deux coups. Espacés.
Des hommes entrent dans l'immeuble. Accèdent aux fenêtres.
Le talon claque. Une troisième fois. Puis une quatrième.
Le gamin ouvre les yeux. Extirpé de ses prières. Tourne la tête vers la porte.
Le danseur, cambré, ne se lâche pas des yeux. Il vrille son buste. Il fait claquer ses mains.
Sur le côté. Les pieds joints. Plante à nouveau, comme un cheval, un talon dans le sol.
Des hommes armés montent dans les escaliers. D'autres sont postés à l'arrière.
Des journalistes s'emparent de leurs micros. Des agents font signe de reculer.
Les coups secs dans le parquet s'intensifient. Se rapprochent. Le tempo s'accélère.
La pluie tombe sur la Côte Pavé. Et les coups pleuvent sur le parquet de la salle.

Le danseur garde ses épaules et sa tête immobiles, quand ses jambes se dissocient.
Seuls les pieds pris de frénésie martèlent le sol de plus en plus vite.
Les cuisses et les mollets bandés. Genoux et chevilles serrés. Les talons crépitent.

On défonce la porte. On se répartit dans l'appartement. On entre par les fenêtres.
La cadence infernale aux bottines flamencas. Tout claque et tremble comme au passage d'un train.
Le danseur pris de transe. Le bilboquet transformé en Tac-Tac aux boules de plastique.
Le tacatac des mitraillettes devant le miroir. Et les mains qui virevoltent. Et les poings fermés.

Coups de feu échangés. La tête tournée d'un côté. Puis de l'autre. Les cheveux en volées.
Les giclées de sueur. Et le gamin qui tire. Riposte. Les mains claquent. Les tacones.
Qui trépignent. Font vibrer le plancher. Le tremblement de terre. La trotteuse de la montre.
C'est un déferlement. Presque insoutenable. Et le danseur s'arrête. D'un coup.

Au ralenti. Le jeune homme tombe du balcon et tire dans sa chute.
Le danseur immobile, écumant, respire à pleins poumons.
Et le temps suspendu. Qui s'étire. Qui s'allonge.
Au silence. Assommant.
Le gosse est abattu.
Le repos.
Amorti. Sur le sol.
Comme une goutte d'eau.

 

Philippe LATGER
Mars 2012 à Perpignan

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Colera

Publié le

C'est toi que je vois.
Quand je ferme les yeux sur la baie de Collioure.
Sur les vignes de Banyuls. Sur l'anse de Paulilles.
C'est toi que je vois.
La voiture s'engage dans une boucle au-dessus de la mer.
Pour plonger sur Cerbère. Sa grille ferroviaire.
C'est toi que je vois. Mon amour.
Les murets de schiste. Les vignes en terrasses.
La Côte Vermeille. Que je longe.
Pour revenir sur nos terres.

Passer la frontière.
C'est toi que je vois.

Je ferme les yeux sur le pare-brise.
Et c'est toi qui conduis. Et ta main sur ma cuisse.
Je respire ton cou. Tes cheveux. Et les draps du matin.
Je suis en cavale. Sous la pluie. Dans la nuit.
Bonnie and Clyde. Nous nous sommes sauvés.
Et j'arrive à Portbou.
J'arrive à Colera.
Et c'est toi que je vois.
 

 

Philippe LATGER
Mars 2012 à Perpignan

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Isabelle

Publié le

Sur ses talons hauts, elle me regarde.
Par en-dessous.
En contre-plongée, je m'envole et me hasarde.
Le nez se colle à ses dessous.
Isabelle est une pute.
Que je paie pour lui faire du bien.
Elle qui en fait aux autres.
Je veux l'en remercier.
Ma tête sous la jupe. J'ai baissé sa culotte.
J'inspire une ligne odorante qui me fait saliver.

Haut perchée, Isabelle écarte les jambes.
Je baise son pubis. Joue avec son clito.
D'un geste synchronisé, ses deux bras, déployés comme des ailes
retirent d'un même mouvement la robe d'Isabelle.
La tunique légère. Pour la retrouver nue. Sur de hauts escarpins.
Massage du périnée. De la chatte à l'anus. Tout sera lubrifié.
Elle se cambre et se palpe les seins. Finit par s'accroupir.
Et je m'affaire à la faire gémir.

Allongé sur le sol, sur le dos, j'ai son corps qui s'affaisse.
Ses talons aux oreilles. Elle s'assied sur ma gueule.
Ma gueule de petit chat qui lape son bol de lait.
La dame se déhanche sur la barbe du menton.
Ma langue devient queue. Fait quelques incursions.
Elle rejette sa tête en arrière. Joue avec ses cheveux.
Et je laisse Isabelle s'occuper à son rythme de ses propres tétons.
Je veux lui faire plaisir. Je cherche ce qui fonctionne.
Et toujours accroupie sur ma bouche, elle s'y plaît et se touche.
Elle se penche soudain sur la boucle de ceinture, triture ma braguette.

Je l'empêche de libérer mon sexe. Pas pour le lui refuser.
Mais qu'elle sache qu'elle n'est pas obligée.
Je ne l'ai pas payée pour prendre du plaisir.
Mais pour lui en donner.

Isabelle, déchaussée, même avec son chewing-gum
ne peut plus vraiment me regarder de haut.
Je la fais basculer sur un lit ridicule à baldaquin qui grince
où je n'ai pas l'intention de me conduire comme un homme.
Avec elle, Isabelle, je vais me faire femme. Et nous serons lesbiennes.
Frictions en surface. Etreintes lascives. Full body saphique.
Nous nous exciterons en bonnes clitoridiennes.
Si ma bite est de trop, je la cale vers l'arrière en contrariant sa courbe.
La serre entre mes cuisses pour n'offrir qu'un pubis pour le frotter au sien.
Je n'ai pas l'intention de prendre du plaisir.
Je n'en prendrai vraiment qu'en lui en donnant un peu.
Je la paie pour qu'elle me fasse croire qu'elle en prend furieusement.
Elle surjoue son ivresse quand je guette un frisson.
Je lui ai dévoré la bouche. Et je me trouve ainsi avec du rouge à lèvres.
" Pourquoi diable fais-tu ce métier ?... Isabelle... Pourquoi ? "
C'est la question que mes yeux lui posent expressément.
" Quand tu dois tout lécher des hommes jusqu'à leurs excréments.
Des vieillards urophiles. Des malades. Des violeurs. Des violents. "

Mes poings dans le matelas. Mes poings à ses oreilles.
Les bras tendus. Au-dessus d'elle. Je cherche dans ses yeux.
Des réponses qu'elle me refuse.
Isabelle a trente ans.

Cette sainte s'occupe des maris mal baisés.
Des pervers. Solitaires. Des puceaux. VRP.
Du marin alcoolique. Du routier esseulé.
Offrant même sa chatte aux manchots, aux muets.
Un ou deux culs-de-jatte. Comme à tous les damnés.
L'étudiant maladroit. L'amoureux répudié. Le looser méprisé.
Isabelle fait œuvre de salut public. Qu'elle en soit remerciée.
Au-delà d'un billet je lui dois un orgasme.
J'y travaille. Laborieusement. Consciencieusement.
J'essaie d'être plusieurs. Au four et au moulin. J'essaie d'être être humain.
Isabelle est très belle, surtout quand elle simule.
En se tordant sans cesse sur ce lit ridicule.
" Prends un bain ma jolie. Repose ton corps gracile. "
Le vernis de tes ongles est comme du sang séché.
Je ne te foutrai rien d'autre que la honte ou la paix.
Je t'embrasse les mains. Je te baise le front.
Et je te laisse seule. A ta seule condition.
 

 

Philippe LATGER
Mars 2012 à Perpignan

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