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2012

Pour quelqu'un

Publié le

Je ne me rappelle pas pourquoi on m'avait envoyé voir cet homme.
Je ne me rappelle même plus dans quel quartier de Paris il vivait. Attendez...
Si, ça y est, ça me revient. La côte pour monter au Vingtième théâtre.
Où la programmation ciblait souvent les gays. Ce drôle de théâtre. Qu'étais-je allé y voir ?
J'y étais allé bien deux ou trois fois, dont une avec Mathieu Rosaz que j'avais accompagné.
Ce n'était pas Yvette Leglaire. Mais ce devait être dans cet esprit. Parigo-sordido-déglingos.
Genre travelo-pathétique en guise de clown triste. J'en ai gardé une sensation désagréable.
Je revois Notre-Dame de la Croix devant laquelle je passais. A l'aller. Au retour.
Ménilmontant bien sûr. La rue de Ménilmontant. Et sa fameuse côte.
Je sortais au métro du même nom, au bout du boulevard de Belleville où j'avais des souvenirs,
de cette époque où mon frère habitait à Couronnes, et, au lieu de descendre dans Oberkampf,
il me fallait mériter cet entretien, au fond d'une cour intérieure dont je me rappelle les portes,
l'interphone, l'escalier, et cet homme qui m'ouvrait et me proposait aussitôt un café.
Spécialisé dans les métiers du spectacle. Il y avait des affiches partout. Des disques. Des livres.
Il recevait chez lui. Nous devions traverser sa cuisine pour accéder à son bureau.
Quel était son job au juste ? Pourquoi m'y avait-on envoyé ? Je n'ai jamais été intermittent.
De toute façon, aux impôts, à la Caisse d'Allocations Familiales, au Pôle Emploi,
personne n'a jamais compris quel était mon statut exact, quand aucune case ne correspondait
à auteur sous contrat dans les éditions musicales de l'industrie du disque.
Le système de l'exclusivité, des avances, des droits récupérés auprès de la SACEM.
Vous déclarez vos avances ? Vous déclarez vos droits générés à la SACEM ?
Mais comme salaires ? Autres revenus ? Moi-même, j'en perdais mon latin.
Mon éditeur ne m'avait plus fait de chèques depuis un moment. Besoin d'argent.
Une référente quelque part dans un bureau, m'avait envoyé voir cet homme.
Je pouvais toujours faire quelques piges bien sûr. Pour la presse ou la télévision.
Comme ces fiches de lecture, ces synthèses de bouquins dont Ruquier ferait la promo,
à l'époque de On a tout essayé. Un bon plan que je devais à mon ami Gary.
Mon petit Gary. Comme je l'aimais ce garçon. Comme je l'aime.
Nos promenades du dimanche aux jardins du Luxembourg. Nos cafés aux Abbesses.
Les séances de cinéma à Clichy. Les soirées. Les théâtres. Les bars. Les boîtes.
Nous nous occupions bien l'un de l'autre. Il me manque beaucoup.
Bref. J'imagine que cet homme, avec une telle spécialité, devait m'aider à réfléchir
à ce que j'allais bien pouvoir faire de plus pour payer mes factures et mon loyer.
Il y avait sans doute des écoles de spectacle où j'aurais pu donner des cours,
des structures, municipales comprises, où j'aurais pu animer des ateliers d'écriture.
C'est de cela qu'il s'agissait. Vraisemblablement. Aider les artistes. Ces grands rêveurs.
A se tenir à des projets viables. Et rémunérateurs. Des choses concrètes. Sérieuses.
Etudier la faisabilité du projet. Ne pas exclure le fait d'être salarié. Le public. Le privé.
Les filières culturelles de la Mairie de Paris. L'éducation. L'encadrement des jeunes.
Nous buvions un café ensemble et nous bavardions. Voilà ce que nous faisions.
Et si je ne me rappelle pas pourquoi cet homme me revient à l'esprit maintenant,
je me rappelle très bien ce qu'il m'a dit un jour, avec une bienveillance évidente :
" Vous me disiez que votre mère est morte quand vous étiez plus jeune... eh bien,
pourquoi ne commenceriez-vous pas par lui écrire tous les jours ? Ce serait un bon début. "

Maman.
Depuis mon retour à Perpignan, à vrai dire, pas grand-chose n'a bougé.
Je me suis fait poser ma première couronne dans la bouche. Une chose que j'ai mal vécue.
J'ai déménagé très vite pour prendre enfin de la hauteur, avec un simple premier étage,
quand j'étais fatigué des rez-de-chaussée après plus de quatre ans rue du Square Carpeaux.
J'ai retrouvé famille et amis que je ne voyais plus qu'occasionnellement.
Si, tout de même... Je suis retourné aux études. Je prépare des concours administratifs.
Même si je n'ai pas eu les moyens de revenir à la fac, n'ayant pas devant moi
les mille euros que coûte la scolarité dans cette université française réputée être gratuite,
et que je n'ai pas voulu emprunter pour ne pas m'endetter davantage,
je vais assidûment dans un centre de formation où j'ai pris mes marques, en autonomie,
pour réviser chaque programme et passer les épreuves des annales en conditions d'examen.

Une remise à niveau qui, elle, est prise en charge par le Conseil Général.
Côté écriture, quelques personnes ont encore daigné s'intéresser à mon travail.
Claude Burneau, et son équipe, pour le petit livre paru au printemps dernier.
Véronique Sauger, qui a enregistré pour la radio, la lecture d'un texte où je parlais de toi.
Geneviève Colonna, qui ne sait pas quoi faire pour m'aider et me promouvoir.
Alexandre Laborie, auteur lui-même, une belle plume, une belle personne, une belle amitié.
Qui m'encouragent, parmi d'autres, à alimenter ce blog d'où je t'écris ce soir.
Et puis. Tu le sais. Je suis tombé amoureux. Ce n'était pas arrivé depuis longtemps.

J'entends la sonnerie si particulière qui annonce la fermeture des portes.
Dans les veilles rames pots de yaourt du métro parisien. Le loquet à soulever. L'odeur.
La moquette rase et poussiéreuse des dossiers. Le strapontin. Les vitres griffées.
Le regard planté dans la noirceur du tunnel. Ligne 2. Pas de changements.
Selon l'humeur, je descendrai à Pigalle ou à Blanche. Je finirai à pied.
Pour gagner la rue Damrémont. Retrouver mes commerces. Mes immeubles. Mon quartier.
La porte vitrée, chez moi, est encadrée de décorations sobres sculptées dans la pierre.
Façon Art-Déco. La concierge a déjà tiré les rideaux. J'entends sa télévision.
Le couloir. La petite mosaïque claire déroulée comme un tapis au sol. L'ascenseur.
Dans sa cage. Autour de laquelle s'enroule l'escalier. Et ma porte. Presque en face.
Les clés. Serrure du haut. Serrure du bas. Ma porte est vernie. Je l'ouvre enfin.
Mon parquet sombre. Ma petite entrée. Ses rayonnages de bouquins. Ma bibliothèque.

Elle sent le vieux livre. Le vieux papier. J'adore cette odeur. J'avais une bibliothèque.
Mon manteau à la patère. J'entre dans LA pièce. Chambre-salon. Sa large baie-vitrée.
Le coin cuisine, de côté, qui a sa propre fenêtre, qui se détermine à son sol carrelé.
Le parquet court partout ailleurs, sur lequel j'aime marcher pieds nus. Les murs sont blancs.
Comme à cet autre rez-de-chaussée, à Montréal, boulevard René-Lévesque. Berri-UQAM.
Parquet et murs blancs. What else ? J'ai installé mon bureau dans l'alcôve.
Elle aussi a sa propre fenêtre. A l'opposé de la cuisine. Ce devait être une chambre.
J'y ai installé la table de Bompas. En noyer. Sur laquelle je travaille depuis des années.
J'adore son plateau ovale. J'aime le bois. Je veux dire sensoriellement. Le toucher.
Je marche pieds nus sur le parquet. Ce bois que j'aime nourrir et cirer. Il me rassure.
J'allume la télé et me laisse tomber sur le lit. Où je n'ai pas ramené tant de monde que ça.
Tout en zappant, j'y réfléchis peut-être. Je compte. Oui. Voilà. J'ai quelques noms.
Je me trouve bien sage. Vais me laver les mains. Ah, j'avais oublié ça. Bien sûr.
D'autres noms me reviennent. D'autres visages dont je n'ai pas les noms.
Des situations précises, pour lesquelles je n'ai même pas les visages.
Bon. Ok, ça fait du monde.

" Il y a toujours eu du monde. A Perpignan, à Toulouse, à Bordeaux, à Montréal... "
Dans les Années 90. 2000. Vingt ans de voracité sexuelle. En effet. C'était super.
" Alors ? Tu es vraiment amoureux ? " J'ai arrêté de boire.
" Tu as arrêté parce que tu es amoureux ou tu es amoureux parce que tu as arrêté ? "
Réponse b votre honneur. J'avais arrêté de boire avant.
" Mmm... C'est venu comme un bon point alors. La récompense ! Le susucre ! "
Si l'on veut absolument être moral, oui, pourquoi pas.
Ce coup de foudre aurait été impossible dans ma vie d'avant.
Je n'aurais jamais rencontré cette personne dans mes nuits agitées ou sur internet.
Je n'aurais jamais cru à la sincérité de son sourire dans la paranoïa de l'alcoolisme.
" Tu étais parano ? " A mort. Oui. Je mordais le premier de peur d'être mordu.

A mes yeux, tout était perdu d'avance. Je prenais ce qu'il y avait à prendre. Et salut !
" Tu étais déjà plus romantique que cynique au fond... Je me trompe ? "
Quand je pense à ce zombie en Versace et Kenzo qui titubait pour monter dans son taxi.
J'étais surtout pathétique. Même si j'avoue que j'y prenais un certain plaisir.
" Cela se voulait... rock&roll. Les sensations fortes ! " Oui. J'ai eu ma part.
Je débats dans mon lit. Avec moi. Je me fais la conversation. Au pied de la cathédrale.
Je me rends compte que le whisky ne me manque pas. Pas plus que Mister Hyde.
Même si j'ai toujours une certaine tendresse pour le gars qui se débattait pour être heureux.
" La barre était haute... je veux dire... avec l'enfance que nous avons eue. "
Je ne te le fais pas dire. Mais maintenant... nous y sommes ! Banco.
" C'est comme retrouver le paradis perdu. Alors, c'est bon, on peut mourir ! "
Qu'est-ce que tu racontes ? J'ai pas dit mon dernier mot ?
" Attention aux pierres que tu vas remuer maintenant, le bonheur est fragile.
Tu as déjà renoncé à certaines pistes, cet été, qui étaient plus que prometteuses.
Je n'ai pas rêvé, n'est-ce pas ? C'était bien parce que tu craignais de perdre ce paradis ?...
Cela force le respect d'ailleurs. De telles opportunités... faut-il que tu sois heureux ici... "
Je pense avoir trouvé la bonne option. Le bon compromis.
Avant, c'était plus facile. Je n'avais rien à perdre.

Maman.
Je ne sais pas pourquoi je repense à ce type qui m'avait conseillé de t'écrire tous les jours.
C'est ce que je fais en écrivant quotidiennement. Depuis le mois de novembre dernier.
Puisqu'on s'écrit toujours un peu à soi-même. Et que tu fais partie de moi.
Je peux écrire des horreurs, comme dans ce texte récent où je t'ai déterrée,
où j'ai installé ton cadavre dans un fauteuil de la maison pour passer un moment ensemble.
J'imagine ta tête. Puisque c'est celle que j'ai faite moi-même en l'écrivant. Les yeux au ciel.
Mais c'est toujours un moyen de rester en contact. De te maintenir vivante. Même morte.
D'ailleurs, j'ai fait un oubli tout à l'heure, dans le bilan de mon retour en province.
Je ne bois plus ! Et je m'en félicite, puisqu'on n'est jamais si bien félicité que par soi-même.
J'ai vidé toutes mes bouteilles de whisky dans les chiottes, avec ce désir débile de réussir,

de devenir un nom, même discret, ou quelqu'un, de briller dans un microcosme parisien,
tout en gardant une part de mystère ou une distance aristocratique, et autres conneries du genre.
J'ai rempli des sacs-poubelle de fringues et de titres de gloire. Au moment de partir.
Me suis délesté de toutes les merdes que j'avais accumulées en vingt ans d'existence.
Toutes ces choses dont je pensais qu'elles me structuraient, qu'elles me définissaient.
J'avais une bibliothèque. En effet. Une discothèque monstrueuse. Tu te souviens.
Sans parler des photos. Des souvenirs de voyage. Des traces d'aventures amoureuses.
Ce que j'ai pu collectionner. Franchement. Fallait-il que je sois si peu sûr de moi ?...
Papa a raison. Lui qui veut toujours tout fiche en l'air ou passer au feu.
Ne s'embarrasser de rien. On est tout sauf libre sur son tas d'or et de conquêtes.
J'avais fait l'erreur de suivre la pente sur laquelle on veut nous précipiter tous.
Celle selon laquelle on ne s'épanouirait qu'en consommant et possédant.
Toi, tu es morte. Tu échappes donc à ces règles aussi triviales qu'absurdes.
Ici-bas, la pression est telle qu'il est difficile d'y échapper,
autrement que par le suicide, la folie, le couvent, ou la création artistique.
Le mal que l'on se donne, que l'on se fait, à courir après l'argent, tout le temps,
pour assurer ces deux prétendus obligations de consommer et de posséder.
Le clochard philosophe a trouvé son suicide. Sa sortie du circuit.
Jamais je n'avais été aussi heureux que depuis que j'ai renoncé à courir.
Depuis que je n'ai plus rien.
Même l'amour de ma vie ne m'appartient pas.
Et cette façon d'aimer est la plus belle de toutes.
Il n'y a plus le poison de la jalousie, de la parano, ni ces blessures d'orgueil.
L'idée de possession rend insupportable l'idée que l'être aimé aille voir ailleurs.
Qu'un étranger puisse se servir d'un objet qui vous appartient. C'est mon territoire !
Quelle drôle d'idée. Nous ne sommes pas des objets ni même des lopins de terre.
On peut reprocher à quelqu'un de nous avoir menti, pas d'être allé voir du pays.
Et je suis heureux d'être moi-même le pays que l'on va voir quand on en a envie,
plutôt que la parcelle constructible de banlieue où l'on montera des murs de clôture.
Le bien que ça fait. Le repos que cela procure. D'être aimé pour de bonnes raisons.

La rue de Ménilmontant bien sûr. J'avais complètement oublié. Et j'ai ouvert une boîte.
Qui n'est pas la boîte à chaussures pleine de souvenirs planquée au fond de la penderie.
C'était quelque part. Lorsque je n'ai pas idée de ce qu'est devenu cet homme.
Je ne me rappelle ni son nom, ni son visage. N'ai pas couché avec lui.
Ai bu le café avec lui contractuellement pour qu'on me verse une allocation.
Ce n'était pas bête. On écrit toujours mieux, ou du moins toujours plus,
lorsqu'on décide d'écrire pour quelqu'un.

 

Philippe LATGER
Novembre 2012 à Perpignan

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Swing States

Publié le

Couché à 5 heures du matin. Tenu par le suspense des Swing States.
Je vais et je viens entre BFM et CNN. Anderson Cooper dans ma chambre à coucher.
François Durpaire, à Paris, semble confiant. La Côte Ouest devrait être acquise.
Les résultats tomberont plus tard dans la nuit. Wolf Blitzer interrompt la conversation.
L'Arizona est pour Romney. 11 grands électeurs pour le candidat républicain.
On attend les projections pour la Floride et l'Ohio.
Bien sûr. L'Ouest va inverser la tendance. Mais pour l'instant, ça ne paraît pas si simple.
Et puis, en grappe, de petits Etats viennent faire la différence.
La grosse Californie tombe dans l'escarcelle d'Obama, comme on pouvait s'y attendre,
mais on n'a toujours pas les estimations de la Floride qui devient décisive.
Les médias américains sont prudents. Depuis l'affaire de l'élection de Bush Jr en 2000.
Ils n'ont pas l'intention de vendre la peau de l'ours. Attendent d'être certains.
La Floride, c'est 29 grands électeurs d'un coup, lorsqu'on ne sait pas vraiment,
contrairement à d'autres grands Etats, de quel côté la pièce va tomber.
Blitzer annonce : " we have another projection to make right now ". Obama prend l'Oregon.
Et 7 grands électeurs de plus. L'écart se creuse. Le Président distance son challenger.
Mais rien n'est perdu pour ce dernier. Blitzer annonce un nouveau résultat.
Romney prend 10 grands électeurs avec le Missouri, et passe la barre des 200
quand il en faut 270 pour être élu. Ou réélu. Suffrage universel indirect.
J'ai compris le principe et reste sur CNN.
Pour avoir les estimations à la source, en temps réel,
alors que l'Empire State Building garde encore à son sommet
les deux couleurs, rouge et bleu, des deux camps qui s'affrontent.
Imperturbable, Wolf Blitzer annonce une nouvelle projection.
Obama sera réélu. Il a l'Ohio. Plus besoin d'attendre les résultats de Floride.
Même si cette dernière se révélait gagnée par le candidat républicain.
Les 18 grands électeurs de l'Ohio suffisent. L'Empire State se colore de bleu.
Explosions de joie à Chicago. A Times Square.
L'affaire est pliée et je peux dormir.

 

Philippe LATGER
Novembre 2012 à Perpignan

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Les réveils difficiles

Publié le

J'étais avec toi dans une crique de la côte, nous remontions de la plage.
Au slip de bain, peut-être, qui devait me serrer la bite, à la chaleur des éléments,
aux corps dénudés qui étaient les nôtres, au tien qui était terriblement sexy,
j'avais d'agréables sensations, qui n'étaient pas de l'ordre d'une vulgaire érection.
Quelque chose de plus diffus, de plus général, comme si mon être entier était devenu sexe.
Sexe ou désir. Quand ce n'était pas vécu dans son aspect le plus cru et le plus mécanique.
C'était comme une brume libidineuse. La matière était un concept. Et ma chair aussi.
A la lumière aveuglante de l'été, aux couleurs de la mer, turquoise près de nous,
et bleu marine au large, les impressions aussi se formaient comme des halos impalpables.
Je te regardais rire et marcher, et le désir qui montait était celui de purs esprits.
Débarrassé de la pesanteur des corps. De l'inconfort des volumes et des articulations.
Je ne sentais pas les mille pressions, picotements, pincements, démangeaisons, griffures,
qui existent bel et bien même si nous n'y faisons plus attention, à chaque mouvement,
comme je remarquais n'avoir plus le poids habituel de mes os, de mes muscles, de ma peau.
Nous étions toi et moi, comme deux superbes spectres sexués, jeunes et beaux,
heureux d'être ensemble, et l'attirance pour toi était d'une onctuosité inédite.
Quelque chose qui n'était plus localisable aux seuls outillages génitaux,
ou d'autres zones érogènes, ni à aucun organe quel qu'il soit, quelque chose d'incarné
avec toutes les aspérités dont il faut se satisfaire, lorsque toutes les limites étaient tombées,
qu'il n'y avait aucun obstacle à cette énergie sexuelle pure, entière, et miraculeuse.
La séquence fut assez courte. Mais j'étais bouleversé par son intensité quasi divine.
Le désir était orgasme. Et l'orgasme désir. Ne faisant qu'un. Comme inépuisable.
Le début et la fin mêlés. Comme le point zéro. A l'intersection du néant et de l'infini.
Des bruits de plage en plein été. Les vagues. Des cris d'enfants peut-être.
Penser te faire l'amour était déjà le faire. Et nous ne cessions de le faire.
Quand nos corps à distance montaient dans un sentier de schiste.
Dans les figuiers de barbarie.

Je te regardais, à contre-plongée, rire sur le ciel bleu.
Et tu pouvais me lécher les couilles, manger mon sperme,
sans que ce dernier n'ait eu à s'écouler d'un pénis que je ne sentais plus.
Que je n'avais probablement pas, malgré le paquet dans mon slip, cette bosse,
qui devait être comme celles de ces mannequins dans le vitrines ou les Ken de Barbie.
Et nous arrivions déjà, tous les deux, sur la terrasse d'une maison magnifique,
où le bien-être que j'éprouvais changea radicalement de nature.
Il y avait mes parents et un couple qui aurait pu être les tiens.
Tout le monde semblait se connaître. L'ambiance était douce et sereine.
Il y avait des enfants aussi, que l'on entendait rire mais qu'on ne voyait pas.
Je sentais leur présence. Comme celles d'amis que je savais joyeux et insouciants.
Le climat n'était plus du tout lascif ou lubrique, mais toujours érotique et sensuel.

Lorsque les éléments, le soleil, la pinède, les aliments disposés sur une table...
Tout nous invitait à rester dans l'harmonie des sens avec ceux que nous aimions.
Les parents étaient témoins de notre complicité solaire.
Nous nous sommes embrassés et je fus surpris de voir des sourires approbateurs.
Qui nous couvaient au lieu de nous juger. Comme si l'amour avait fait boule de neige.
Cette énergie continuait à rayonner partout. Dans le décor. Jusqu'au moindre détail.
Quand je ne sais plus vraiment si nous étions encore deux personnes distinctes.
Je cherchais ton visage que j'ai perdu de vue. Sans panique. Puisque tu étais là.
Que je sentais ta présence. Que tu étais en moi. Dans autre chose que mon corps.
Tout était limpide. Et je n'avais pas l'ombre d'une angoisse face à l'éternité.
Nous étions. Hors du temps et des trois dimensions. Nos deux essences.
Sorties de la logique du passé, du présent, du futur, qui étaient autre chose.

Dans mon sommeil agréable, je pouvais ronronner en savourant mon rêve.
Comme lorsqu'on est bien conscient de rêver, que le rêve nous plaît,
que l'on y resterait davantage s'il ne fallait pas fatalement, s'éveiller tôt ou tard.
Un caillou dans la chaussure. Sans doute l'idée, précisément, de devoir ouvrir les yeux.
Malgré mes efforts psychiques pour prolonger la scène et rester dans ce paradis,
un mécanisme s'était déclenché contre lequel je ne pouvais rien faire.
Que j'associais à ce corps dont je m'étais libéré, avec ses satanés réflexes.
Cette gêne qui vint gâter le tableau, l'assombrir, le dénaturer, c'était celle, physique,
de l'enveloppe matérielle que je réincarnais dans ma phase de réveil.
Au stade où j'en suis, je ne m'inquiète pas encore de savoir où je vais ouvrir les yeux.
Je vois juste mes parents s'éloigner, avec la maison, et le ciel virer au gris, à l'orage,
avec le regret déchirant d'avoir à les quitter déjà, lorsque tu m'échappais avec eux.

C'était comme se laisser remonter à la surface de l'eau, poussé par deux forces combinées.
Deux actions automatiques et indépendantes qui œuvraient dans le même sens.
Et contre ma volonté. L'eau qui rejetait un corps étranger et mon instinct de survie.

La menace d'être noyé vint soudain m'envahir.
Je sentais l'air manquer. Et le temps aussi. Qui redevint une règle implacable.
Tout s'accéléra à cet instant. Les images et sensations oniriques furent balayées.
Oppressé. Mes efforts psychiques désormais devaient se concentrer sur une urgence.
Réincarner mon corps. Au plus vite. M'accrocher. Rassembler toutes mes forces.
Quand je sentais une ombre effroyable à la dimension de ce que j'étais en train de risquer.
Quelque chose d'irréparable. Auquel je ne voulais pas me frotter. Je devais déguerpir.
Me réveiller en somme. Me sauver.
J'ai ouvert les yeux comme au point d'impact d'une longue chute dans le vide.
Ouvrant mes bronches avec ma bouche et mes paupières. Dans le monde matériel.
Comme prenant mon inspiration à la surface. Le visage immobile. Horrifié.
Incapable de me réjouir de m'être tiré d'affaire. Sous le choc. Glacé d'effroi.

Il était trop tôt pour rire de l'aventure. Trop tôt pour me réapproprier un lieu ou une vie.
Quand je devais d'abord me réapproprier ce corps dont j'étais sorti pour un temps.
Je devais réapprendre à respirer calmement. Retrouver une pulsation cardiaque de croisière.
Mes poumons s'étaient ouverts violemment comme des parachutes.
Il fallait dans l'ordre, que je chasse la panique, et reprendre mes esprits.
Voir ensuite ce qui m'avait empêché de me débattre dans la débâcle.
Etais-je dans une mauvaise position ? Retenu par des internes dans un bloc opératoire ?
Que fout l'anesthésiste ?... Mon coude heurte quelque chose. J'ai dû dormir contre le mur.
Trop près du corps. Quelque chose vient s'encastrer dans ma poitrine avec épouvante.
Quand il m'est impossible aussi d'ouvrir mon autre bras. Et qu'un nouveau réflexe,
à la sensation d'enfermement, me fait me dresser sans y parvenir non plus,
lorsque mon front vient heurter un obstacle qui ne me permet pas de m'asseoir.
Parfaitement allongé, je dois essayer de comprendre. Suis-je vraiment réveillé ?
Je retente l'expérience sur les côtés. Mon cœur recommence à s'emballer.
Je peux à peine écarter le coude de mes côtes, le soulever, sans pouvoir tendre le bras.
A droite. A gauche. Dans un étau. La claustrophobie. Je ne peux même pas me retourner.
Le lieu bas-de-plafond, où je vais manquer d'air, me rend dingue à m'arracher la peau.
Des spasmes. Une crise. Hurlant dans ma camisole. Six pieds sous terre.
Je me suis réveillé dans mon propre cercueil.

 

Philippe LATGER
Novembre 2012 à Perpignan

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The U.S.

Publié le

C'est drôle, ces initiales pour désigner ce pays. The United States.
Ce US qui peut dire nous. We, the people...
Bien sûr, je n'ai pas suivi les débats avec la même fièvre qu'en 2008.
Lorsque nous avions suivi aussi les débats internes des primaires un an plus tôt.
Avec l'idée générationnelle d'avoir notre Kennedy.
Invité par le comité de soutien français, j'avais assisté à une conférence à Sciences-Po,
animée par Ali Baddou, où Olivier Duhamel, à domicile, avait pu proclamer sa préférence
à une audience acquise, malgré quelques heurts sur les concepts de négritude et de métissage.
Ainsi, alors que les orages de toutes les crises s'amassaient inexorablement sur l'Occident,
nous débattions sur la véritable couleur de peau du candidat démocrate à la Maison Blanche.
Qui a d'abord cueilli le monde entier avec un charisme. Un sourire et une voix.
Dont j'avais gardé l'empreinte, ébloui par son discours à la convention de 2004.
John Kerry avait perdu face à G.W. Bush. Et la victoire de ce dernier avait été franche.
Refusant en bloc tous les aspects positifs - et il y en a eu - de deux mandats républicains,
restant arc-boutée sur la brouille à propos de l'Irak, la France qui a toujours, de toute façon,
et souvent contre ses propres intérêts économiques, préféré les Démocrates,
voyait en Obama l'incarnation inespérée d'un alternance révolutionnaire.
Pour ma part, si je voyais mal comment il allait pouvoir mettre au pas Wall Street,
et autre lobbies qui avaient financé sa campagne, j'étais ravi à l'idée de tourner la page Bush,
et avec elle, celle d'un antiaméricanisme unanime, débridé et systématique depuis 2003.
Egoïstement, je savais que cela me ferait des vacances et m'économiserait bien des colères.
Impressionné par le discours du Caire. Qui à lui seul méritait le Prix Nobel de la Paix.
Au même titre que la réflexion posée par le Président des Etats-Unis sur les paradoxes
propres à la Démocratie dès qu'il s'agit de sécurité. Peut-on cautionner la torture ?
Lorsque le principe était de reconnaître des droits, même à nos pires ennemis.
Ensuite, si le bilan d'Obama est sans doute mitigé, il y a un point qui force le respect,
même si le débat n'est pas clos, y compris chez nous, c'est sa victoire politique étonnante
sur la réforme du système de santé américain.
Au fond, pour tout dire, je ne suis pas certain que nous ayons intérêt, en Europe,
à ce que Barack Obama soit réélu. Que savons-nous de son challenger au juste ?
Le fait que Romney soit mormon par exemple, a à peu près autant d'importance pour nous
que la couleur de peau d'Obama, et c'est pourtant un aspect que nous n'avons cessé de pointer.
Le fait qu'il soit riche n'indique en rien quel parti il prendra dans cette guerre intestine
que nous vivons depuis des années entre capitalisme financier et capitalisme entrepreneurial.
Ses positions sur l'avortement semblent électoralistes, variantes, assez libérales à l'arrivée,
lorsque ces sujets ne concernent pas vraiment la bonne santé de la société française.
Ce que nous savons des Républicains en revanche, c'est qu'ils sont moins protectionnistes
et plus favorables au libre-échange que les Démocrates, ce qui n'est pas toujours bon
pour les ouvriers américains, mais qui arrangent nos affaires, à nous, concurrents européens.
En somme, nous gagnerons de toute façon. D'un point de vue économique avec Romney.
D'un point de vue idéologique avec Obama.
Lorsque ce US, plus que jamais, dans une interdépendance devenue globalisation,
nous conduit à envoyer tous nos journalistes sur place, à suivre de près ce qu'il se passe.
Quand nous sommes dans le même bateau. 

 

Philippe LATGER
Novembre 2012 à Perpignan

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Coup de fatigue

Publié le

Mes yeux tombent de fatigue.
Comme des balles de ping-pong sur le clavier de mon ordi.
Comme deux glands décalottés, ils sortent ensemble de leurs orbites.
Des œufs durs. Qui se jettent de mes pommettes. Qui échappent à mes paupières.
J'ai bien senti que ça piquait. J'ai bien senti que ça tirait. Fuck le marchand de sable.
Je lui remonte le falzar. Le remercie. Le raccompagne. Je n'ai pas l'intention de dormir.
Et voilà les oisillons qui viennent percer leur coquille. Qui veulent faire leur vie.
Prendre leur envol. Tomber du nid. Et les voici qui roulent sur les lettres du clavier.
Comme les boulards d'un jeu de billes. Visqueux dans un liquide amniotique.
Deux jaunes d'œuf. Deux jeunes boules indépendantes comme au tapis vert du billard.
Ils sont sortis de leurs orbites. Ces yeux blancs veinés de rouge. Aux iris bruns.
Qui se sont jetés de ma tête. Expulsés comme des savonnettes.
Et me font rouler des pupilles. Quand je n'ai su les retenir.
J'ai bien senti que ça partait. Que ça glissait vers l'extérieur.
Mais je n'ai pas eu le réflexe. Je ferais un piètre jongleur.

 

Philippe LATGER
Novembre 2012 à Perpignan

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Trompe-l'oeil

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C'est étrange.
C'est le même arbre. La même cathédrale. La même place.
La même rue qui ouvre une perspective jusqu'aux boulevards.
Mais quelque chose a changé.
Est-ce le feuillage du platane ? Qui ne parvient plus à cacher toutes les façades ?
Peut-être est-ce cela. En se dégarnissant. Je vois des choses que je ne voyais plus.
Le vis-à-vis avec l'immeuble qui ferme le parvis, à l'opposé.
L'arbre s'est déplumé en effet. Il devrait agrandir l'espace, mais quelque chose ne colle pas.
Il fait beau. Le soleil est franc. Le ciel est parfaitement bleu. Mais quelque chose m'angoisse.
Deux heures de l'après-midi. Je suis à mes fenêtres et j'essaie de comprendre.
Je me sens écrasé. Encaissé. Oppressé. Dans une maison de poupées trop petite.
Comment diable le beau temps arrive-t-il à me déprimer à ce point ?

Il n'y a pas de vent. La lumière est splendide. Et je sais ce qui se passe.
Le jeu des ombres qui s'étirent sur le parvis m'indique ce qui cloche.
Au soleil, les contrastes sont tranchés. Mais l'éclairage n'est pas habituel.
Deux heures de l'après-midi, et c'est une inclinaison de cinq heures du soir.
Mon costume est trop petit. Il me serre la poitrine. Le col m'étrangle.
Même la rue qui s'enfuit vers le cours Palmarole semble rétrécie.
Même le ciel, bien que pur, semble plus bas quand il n'y a pas un nuage.
Le plafond a baissé. Les murs se sont rapprochés. Tout a rapetissé.
Le beau temps qui devrait me réjouir vient m'imposer un drôle de cafard.
Je me sens claustrophobe. J'ai peur de manquer d'air. Dans ce décor bizarre.
Où je dois désormais me mettre à quatre pattes pour passer d'une pièce à l'autre.
Où je crains d'être trop grand ou trop gros désormais pour passer les portes.
Pour aller à la salle de bains où je ne pourrai plus me tenir debout.
Tout s'est ratatiné, s'est rabougri, et je retrouve cette lumière de Noël qui m'étouffe.
C'est un ciel bleu qui ne m'ouvre plus les poumons et la poitrine, au contraire.
Il vient me compresser. M'écraser dans son poing. Mon souffle devient court.
La sensation de chaleur sur mes joues est à peine perceptible au soleil trop timide.
Il n'arrive pas à décoller. Son zénith est trop près de l'horizon. Sa lumière rasante.
Ce n'est plus la douche parfaite d'énergie, le plafonnier rayonnant et implacable,
qui dévore les ombres et les couleurs, vertical, englobant tout, avec cette magie
qui vous plaque au sol et vous tire vers le haut d'un même mouvement.
Je n'aime pas novembre.

Pardon mon amour. Avec toi, je n'arrive pas à faire semblant.
Je n'ai plus la légèreté et l'insouciance estivales. Je suis physiquement accablé.
Mon humeur est incertaine. Du blues me gagne que je ne parviens pas à maîtriser.
Indépendamment de nous. Lorsque ce nous, qui n'est pas la cause de mon angoisse,
d'aucune façon, vient au contraire rendre supportable ce virage de l'automne.
Je meurs avec mon platane. Je suis connecté à lui. Quand je ne veux pas mourir.
Je sais que c'est une fausse mort. Mais j'ai trop à faire pour accepter l'hibernation.
Je la refuse. Je la rejette. Quand mon corps s'y enfonce avec la logique du monde.
Je me débats contre cet ordre naturel, je lutte contre le sommeil, ce n'est pas le moment.
J'ai quelques défis importants à relever. Des choses à réaliser. Je ne dois pas dormir.
Le beau temps est ici d'une cruauté sans nom. J'aurais préféré la pluie ou la tempête.
Un temps de saison. Le vent. Le froid. Les nuages bas. Avec un peu de violence.
Ce chaos climatique aurait été plus acceptable à mes yeux que ce faux printemps d'opérette.
Cet été cheap, de pacotille, une contrefaçon pathétique, maladroite, dont je n'ai rien à faire.
L'original ou rien. Le ciel peut faire semblant. Nous ne sommes pas dupes.
Le soleil ici vient me tordre les boyaux et la gorge en me rappelant ce qu'il avait pu être.
Comme ce héros vigoureux réduit au fauteuil roulant dans sa maison de retraite.
Un crève-cœur. Quand le bonheur est remplacé par la nostalgie du bonheur.
Et que je dois m'accrocher à autre chose pour tenir jusqu'à l'été prochain.
Mon amour. Je vais m'accrocher à toi. Sans prendre plus de place.
Sans ton autorisation. Quand tu ne sentiras rien. Aucune différence.
C'est toi, avec d'autres objectifs, qui me tiendras debout dans ce tunnel de mort.
Ces modèles réduits. La maison de poupées. Ce décor de théâtre. Ces jouets inquiétants.
C'est toi qui viendras élargir l'espace, repousser le plafond et les murs, nous faire de la place,
ouvrir mes poumons et ma poitrine, et dénouer ma gorge à tes baisers profonds.

Qu'il est triste ce ciel bleu. Je n'aime pas novembre.
Qui dénature l'été et castre le soleil. Affaibli. Vieillissant. Paresseux.
Je le regrette amèrement, aux fenêtres de ma chambre.
Quelque chose a changé. Noël en embuscade. Aux jours réduits en miettes.
M'exposer au soleil devrait me faire du bien. Luminothérapie.
Pour les quelques heures où il brille au plus fort dont il est encore capable.
Mais non. C'est pire. Quand ça me serre le cœur, me fait faire la grimace.
Cette caresse tendre est celle que l'on vous fait pour vous dire au revoir ou adieu.
Je ne veux pas de cette empathie que je n'ai pas demandée, ce sentiment de pitié
qui me fait horreur et me déshonore, qu'il s'en aille s'il doit partir sans faire durer l'agonie.
Qu'il revienne plus tard, en mars ou en avril, sûr de ses sentiments, convaincu d'être ici,
au bon moment, au bon endroit, avec les bonnes personnes.
Je ne veux pas d'un soleil tiède, qui n'assume pas ce qu'il fait, ce qu'il est.
Qu'il s'en aille s'il doit partir. Qu'il nous épargne sa scène interminable des adieux déchirants.
Non, je n'irai pas me précipiter à la moindre terrasse, pour mordre le bas de son pantalon,
tenter de le retenir en l'implorant de rester encore une minute, supplier et m'avilir.
Je méprise son hypocrisie. Celle de ce ciel bleu à deux balles. De ce trompe-l'œil insultant.
La pluie est plus honnête. Si je ne l'aime pas, je peux la respecter.
Je redoute la promenade lente au sortir de la table qui s'impose toujours le jour de Noël.
La famille réunie, désoeuvrée, repue, qui aura mangé encore à s'exploser le ventre,
qui sortira marcher dans la baie de Rosas, sur le quai et un front de mer tristes,
la balade digestive, en meute, en rangs serrés, dans les parkas et les manteaux sombres,
les mains dans les poches, emmitouflés, à errer dans une station balnéaire désertée,
et un soleil sinistre qui ne parviendra pas à illuminer nos sourires. La fête est surjouée.
Et nous n'avons pas le droit de bouder le plaisir d'être ensemble.
Lorsqu'il y a cette enclume sur nos épaules. Celles des vêtements et de la nuit trop longue.
Quand je vomis la débauche de lumières en guirlandes, de décorations tapageuses,
clignotant comme elles peuvent pour compenser le manque de jour.
Je maudis Noël et le mois de novembre. Je veux la fête sincère et les sourire francs.
Jeter les pulls et les écharpes. Et aller à poil sur la plage sur la techno ou la samba.
Le soleil qui s'attarde dans la soirée. Couché à dix heures du soir.
Qui repousse les murs de l'horizon à dix mille kilomètres.
Pour nous laisser respirer.

Je vois ce qui me pend au nez. Debout dans mes fenêtres.
Je reconnais cette lumière atroce qui rampe à bout de souffle.
Ne parvient plus dans tous les recoins de la place découpée par une poignée d'immeubles.
Qui deviennent aussi tristes que mon visage décomposé. Démaquillé du dernier bronzage.
Dont la bouche se tord entre deux gorgées de café. Je ne vais pas me laisser prendre.
J'invoque les forces qu'il me reste. Toute ma détermination et mon amour pour toi.
Chaque année, le passage obligé. Que je passerai encore. A préparer la suite.
Le ciel peut s'effondrer comme un ballon qui se dégonfle. Et le soleil s'éteindre.
Nous n'avons pas dit notre dernier mot. Nous prendrons notre élan pour le prochain été.
Avec autant de projets et d'espoirs délirants. Quand il y a tout à rêver et parfaire.
Quelque chose a changé, et je sais ce que c'est, et comment me défendre.
Quand tu es la seule arme dont je disposerai.

 

Philippe LATGER
Novembre 2012 à Perpignan

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Quatre fois dix ans

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Ca tire vers le haut. Comme une chaîne de vélo.
Le monorail. Qui monte, péniblement, au milieu des néons.
Après le petit virage, l'inclinaison. A 45 degrés. Sans aucune protection.
Nous sommes juste assis. A cheval. Sur des bancs de plastique.
Loin des protections sophistiquées, impressionnantes, des grands circuits modernes.
Ce n'est pas Disneyland Paris, Port Aventura ou le parc Universal Studios. Orlando.
Sur le vaste parking du Parc des Expositions. Le long du lit large de la Têt.
Nous prenons de la hauteur. Au-dessus d'une nuée de caravanes. La fête foraine.
Il fait nuit. Il fait froid et humide. Une chance qu'il n'y ait pas de vent par-dessus le marché.
Nous nous sommes regardés. Lui et moi. Devant la caisse du manège. Sans un mot.
Et nous avons su que nous avions envie de le faire. Lui et moi.
Le boucan métallique d'une chaîne de montage d'une usine de cinéma.

Le marteau-piqueur de l'ascension. Laborieuse. Sur une pente alpine.
Qui rappelait celle du grand 8 de l'enfance. Au parc d'attractions de Montjuïc.
A flanc de colline. Barcelone. A nos pieds. Etendue comme un tapis de braise.
Dans la résine des pins et les sirènes hurlantes de la Pieuvre ou bien des Parapluies.
C'est encore cette eau de Cologne et la laque des tantes. Les vacances d'été.
Les lumières des autos tamponneuses et des maisons hantées.
Ici, c'est Perpignan. J'ai bientôt quarante ans. Mon cousin m'accompagne.
Deux ans de différence. Il est un peu plus jeune. Nous nous sommes suivis.
Une génération. Celle de Goldorak. Albator. Cobra. Les cités d'or.
Il collectionnait les figurines des Maîtres de l'Univers. Moi celles de StarWars.
Et les deux mondes se croisaient dans nos jeux. Squelettor et Darth Vader.
Luke Skywalker et Musclor. Dans les villes que nous construisions sur le toit du garage.
Nous attendions Pilou, le papillon-horloge, qui annonçait l'heure de la baignade.
Ici. Maintenant. Les filles étaient autant de témoins de notre connivence exclusive.
Son épouse et sa fille. Ma sœur et mes deux nièces. Cinq paires d'yeux sur nous.
Sans avoir à nous parler, l'affaire fut conclue. Nous allions monter dans ce souvenir.
Dans ce foutoir de cris, de poutres d'allumettes, de barres en croisillons géants.
Le wagon, bien léger, bien étroit, nous a hissés jusqu'au sommet de la structure.
Avant la première pente que nous connaissions par cœur, il y a ce plat assez court,
la boucle encore tranquille, lorsque le vacarme de la traction était enfin terminé,
où nous pouvions, en roue libre, prendre le temps de savourer la vue.
Séparée de la vraie ville par le fleuve très sombre, c'en était une autre qui brillait
de toutes ses machines du diable faites pour secouer les gens dans tous les sens,
le petit Vegas temporaire, de passage, qui crépitait à nos pieds dans des odeurs de sucre.
Ce que les Perpignanais appellent la Foire, est cette fête foraine dont certains disent
qu'elle est l'une des plus anciennes d'Europe, lorsque Frédéric Saisset, bien avant moi,
décrivait avec plus d'enthousiasme et de talent sans doute, ce qui était les attractions
de son époque, les numéros de cirque et d'illusionnisme, en l'an 1901, quand il semblerait
que la manifestation, de source officielle, ait déjà fêté ses 150 ans.
Pour ma part, après le chagrin incommensurable de la rentrée, où l'on m'arrachait à la fois
aux vacances, à l'été, à la plage, à Barcelone, au soleil, à ma famille et à notre jardin d'Eden,
l'arrivée des manèges à Perpignan constituait une douceur pour faire passer la pilule.
Celle des jours raccourcis. Du changement d'heure et de températures.
C'était une compensation. Un lot de consolation. Qui ne valait pas Montjuïc peut-être.
Mais qui offrait une bouffée de magie salutaire pour tenir la distance jusqu'à Noël.
Et si le parc d'attractions de Barcelone avait malheureusement fermé ses portes,
la foire de la Saint-Martin était revenue, cette année encore, me rappeler les contrastes,
les névroses et les délires, les angoisses et les émerveillements, comme les impressions,
de l'enfance la plus heureuse de la terre qui fut la mienne dans cette petite ville de province.
Ce soir. Est-ce que ce sont les plus jeunes, finalement, qui se seront le plus amusés ?
Quand j'ai retrouvé le rire très typé, resté enfantin, de cet ami et cousin avec qui j'ai grandi,
bien qu'à distance, lui à Toulouse, et moi ici, et que nous avions toutes les lumières,
calquées sur les pupilles, avec l'appétit de la sensation imminente de chute et de vitesse.
C'était fait. Première pente. L'estomac dans la gorge. Une vague agréable. La dénivellation.
Que nous avions dévalée avant de reprendre aussitôt de l'altitude, emportés par l'élan.
Le mouvement est souple. Malgré le tacatacatac infernal du  moindre mètre parcouru.
La seconde pente part d'aussi haut que la première. L'estomac dans la gorge. Cette ivresse.
Toujours la même. Toujours agréable. Avant de prendre de la vitesse aux courbes plus serrées.
Le wagon transformé en bobsleigh sur la dernière portion du trajet avant le coup de frein.
Le coup d'arrêt brutal, tout aussi attendu, qui participe au fun de la courte aventure.
D'un voyage dans le temps. Qui me persuade ici que je n'ai pas mon âge
mais quatre fois dix ans.

 

Philippe LATGER
Novembre 2012 à Perpignan

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Réveil sans toi

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Le visage dans les oreillers, ma main cherche à agripper quelque chose.
Elle se promène de façon autonome sur le drap housse.
S'est étalée pour aplanir la surface horizontale du matelas à mes côtés.
Alors que mon cerveau grogne, encore embrumé, entre deux rêves,
le regret d'être réveillé si tôt ou le plaisir de l'être, quand mon sexe est stimulé,
plus bas, par des mouvements et des pressions aussi agréables qu'aléatoires.
L'érection se confirme à l'idée de te trouver quelque part dans l'enchevêtrement,
de croiser une jambe, une fesse, un coude, un avant-bras à me mettre sous la dent,
quand la chaleur du lit m'a gagné jusqu'au ventre, que mes pensées confuses
ne sont pas encore sûres d'être sorties du sommeil.
La joue écrasée, mon corps s'imprime dans le support qui le tient à 40 cm du sol,
se vrille un peu sous l'effet de gonflements qu'il encourage à ne plus décroître.

Et je crois déceler l'odeur de tes cheveux, celle de ta peau, de ton intimité,
m'éclairant d'un sourire bienheureux, ravi de se trouver vivant dans cette chambre.
Je peux ouvrir un œil, les cheveux en bataille, conscient que je suis seul,
sans frustrations de l'être, quand l'idée de ton corps suffit à mon plaisir,
qu'elle sait me masturber au milieu de fantasmes que tu viens habiter.
Je t'imagine jouir, céder à mes manœuvres, te tordre lentement à mes initiatives.
Comme en répétition de ce que je ferai quand tu me rejoindras.
L'oreiller que je serre, ma bouche dans ton cou, est couvert de baisers
fiévreux et malhonnêtes, quand je sens arriver, comme une crème onctueuse,
l'écoulement permis à mes déhanchements, qui viendra lubrifier la zone ultra-sensible,
titiller tous mes sens que j'aime triturer, au délice masochiste de l'ivre délivrance.
Comme un soulagement à peine supportable, un supplice chinois que je veux faire durer,
je résiste ce qu'il faut pour accroître la violence de cette sensation qui me mord les tétons,
me donne la chair de poule, aux assauts du liquide qui vient sucer mon gland,
dans l'écume de spasmes, lorsqu'on aurait pu croire que notre affaire est faite.
L'orgasme vient après cette éjaculation, à ce moment où d'autres auraient tout arrêté.
Les défenses baissées, le corps est enfin nu, offert à un sursaut en pleine débandade.
La torture magnifique. Enduite de semence. De cet instant d'après où l'on est vulnérable.
Le repos contrarié, retardé, encore repoussé. Par un fond de plaisirs restés dans la réserve.
Le réveil voluptueux. Le cerveau se connecte. Avec cette lenteur des grasses matinées.
La journée sera belle. Elle commence avec toi.

 

Philippe LATGER
Novembre 2012 à Perpignan

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1er novembre

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Elle était assise en face de moi. Dans une bergère du salon.
" Je ne te propose pas un café. Qu'est-ce que tu boirais avec plaisir ?..."
Elle me regardait stupéfaite. Comme si elle ne croyait pas ce qui arrivait.
" On peut commencer par un verre d'eau " dis-je en essayant de plaisanter.
Cela faisait un bail. Et il n'était pas si facile de faire comme si nous nous étions quittés la veille.
Moi-même, j'étais tendu, stressé, inquiet. Et je devais dissimuler mes mains qui tremblaient.
Je suis allé dans la cuisine, où elle pouvait me suivre des yeux quand l'espace était ouvert.
En ouvrant la bouteille d'eau minérale, j'essaie d'effectuer un calcul rapide.
Mon retour à Perpignan ? 2010. Mon installation à Paris ? 2005. Mon retour du Québec ?...
Bon sang. Je verse de l'eau à côté du verre. Ca ne peut pas remonter à si loin. J'en fous partout.
Je ris nerveusement. 2001. Je m'installe à Toulouse. Un coup d'éponge. Je laisse tomber.
" C'est dingue d'être là, tous les deux, dans cette maison... " Le nez me pique soudain.
Je ne dois pas la regarder. Je lui tourne le dos pour essuyer le verre avec un torchon propre.
J'ai renoncé à compter. Cela n'a aucune importance. Je prends une grande inspiration.
Je me reprends. C'est un jour de fête. Il n'est pas question de craquer.
Pas si vite.

Nous marchions tous les trois dans les rues de Tétouan.
Nous avions pris le ferry à Algeciras. Jusqu'à Ceuta. De l'autre côté de la mer.
L'émotion était palpable. Sur le pont supérieur. Lorsque nous traversions le détroit.
La porte de notre monde. Celui des pinèdes, des oliviers, et des figues qu'elle adorait.
Le Maroc s'approchait dangereusement de nous. Mon cœur se soulevait.
La voilà. Cette côte. Qui se précise. Que je convoitais depuis la terrasse de l'appartement.
Cette bande de terre visible depuis Marbella. Qui se dépliait comme seul horizon.
Où l'on pouvait deviner du mouvement par temps clair, jusqu'aux phares des voitures.
C'était cette période où nous revenions tous les ans sur la Costa del Sol.
Depuis la résidence, nous allions à Grenade, à Ronda, à Màlaga.
Mais à table, au petit-déjeuner, comme le soir au sortir du dîner,
je scrutais le large avec un désir pour l'Afrique qui moulait mon cerveau.
Le rocher se découpait à l'Ouest, sur le soleil couchant. Celui de Gibraltar.
Avec son allure de serpent boa qui digérait un éléphant et qui n'était pas un chapeau.
Saint-Exupéry. Son livre précieux dans la bibliothèque de Bompas. Aux illustrations étranges.
Je voulais traverser. Nous devions traverser. D'une planète à une autre. En quelques brasses.
Et nous y étions. Nous accostions. A bord de ce bateau, blanc, comme les murs de la médina.
J'ai été saisi par des différences radicales. J'ai été saisi par si peu de différences.
Avec l'Andalousie. Avec l'Espagne entière. Avec ma Catalogne. La chaux et les figuiers.
Dans un labyrinthe de ruelles qui sentaient le kif.

" Oh... tu les as gardées ?... "
Je reconnais ces talons. Ses chaussures. Et ses chevilles fines.
Je prends les choses en main. C'est moi qui donne des nouvelles de tout le monde.
" Pour les Rose, à vrai dire, je n'ai pas du tout de nouvelles.
En revanche, de mon côté, je vois toujours Cédric et Virginie... et tiens-toi bien...
la meilleure, c'est que c'est Virginie qui a racheté la maison de l'avenue Cassagnes ! "
Quand je pense qu'elle y était invitée, à quoi... six ou sept ans, pour l'un de mes anniversaires,
et que je l'interviewais au micro du magnétophone comme Jacques Martin à l'Ecole des Fans...
Je dois avoir la bande quelque part. Il faut que je vérifie. Il y avait son frère bien sûr.
" C'est bizarre d'y retourner tu sais... même si maintenant, définitivement, c'est chez elle. "
Elle n'a pas touché à son verre d'eau. Je le relève sans lâcher le fil de mon rapport enthousiaste.
Je raconte mon départ au Canada avec l'argent dont je venais d'hériter. Montréal.
La rue St-Timothée. New York. Le magazine. Mes premières chroniques.
Quand il m'a bien fallu admettre que j'avais laissé tomber cette histoire de Sciences-Po.

" J'avais la moyenne ! Mais quand ils ont vu mon dossier scolaire... " J'ai haussé les épaules.
Avec le sourire du môme pris en faute, quand je savais qu'elle savait de quoi je lui parlais.
Absent. Absent. Absent. Les mots affluaient en provenance du lycée. Absent. Absent.
" Oui, voilà, j'étais à la terrasse de la Bourse. En effet... " Et me suis tapé deux terminales.
Le premier de la classe avait mal tourné. Dans le whisky entre autres choses.
" Pour ça, je suis très fier. Je ne bois plus une goutte d'alcool. Tu te rends compte ?... "
Pas besoin de vérifier dans mes carnets. Pas une cuite depuis février 2010.
J'espère que cela la rend fière de moi.

Elle se tait et m'écoute. Me regarde faire. Et cela finit par me révolter.
J'ai l'impression qu'elle me juge. Ou qu'elle attend que j'aie fini pour dire quelque chose.
J'essaie de ne pas céder à la panique. Je lui montre trois petits livres, quelques journaux.
Des photos avec des acteurs célèbres. Les albums de chansons auxquels j'ai collaboré.
Elle ne s'y attarde pas. Manifestement ailleurs, elle ne laisse paraître aucune émotion.
Cela me plonge dans une angoisse qui me rend encore plus nerveux. Encore plus prolixe.
Je parle. Je parle. Comme pour combler le vide.
Je crois que ça me revient. La dernière fois que nous nous étions vus. A Toulouse.
Bien sûr. Je vivais à Bordeaux. J'étais allé la rejoindre chez sa sœur. Bon sang...
" Oui, en revanche, je n'ai pas arrêté de fumer... " m'excusai-je en faisant craquer mon briquet.
Je ne tenais pas en place. C'était au tout début de l'année 1997. Calcul mental. Allez...
" J'ai attendu autant que j'ai pu, jusqu'à ce qu'on me donne le feu vert pour partir.
Quand j'ai été sûr que je n'avais plus rien à espérer du bureau, j'ai organisé mon retour.
Une fois de plus, en catastrophe !... " Voyons. Nous sommes en 2012. 1997...

" J'ai pris le TGV de justesse, aller simple. Avec la certitude d'avoir sauvé ma peau. "
Sa tête penchée sur le côté, le regard dans le vague, elle ne disait toujours rien.
Et je risquai de la faire sursauter soudain : " Maman, tu te rends compte ?...
Ca fait 15 ans !... "

Bien sûr, elle avait vieilli. Et j'avais vieilli aussi.
Ici, sur les images jaunies du film Super 8, elle est en maillot de bain, à Castelldefels,
ses cheveux de paille relevés en chignon, plantant ses yeux dans l'objectif de la caméra.
Elle n'aimait pas qu'on la photographie. Quand j'adorais transgresser l'interdit.
" Même histoire qu'à mon retour du Canada. Dans la débâcle, l'amour m'attendait au tournant. "
J'espérais encore une réaction au suspense que j'essayais d'établir sur une révélation importante
que je tenais à lui faire. Je me suis campé devant la baie vitrée qui s'ouvrait sur le jardin.
" Je suis amoureux, si tu savais... et heureux en amour comme jamais. "
La buée venait toujours se répandre dans le double vitrage. Les yuccas devinrent flous.
J'ai dû forcer mon regard pour ne pas les perdre, cherchais la mise au point. Autofocus.
J'avais parlé de deux histoires passées. Qui me laisseront marqué au fer rouge.
Mais ici, il s'agissait du présent. " J'aimerais beaucoup... que vous vous rencontriez... "
J'ai gardé pour moi une phrase que j'ai tenté de construire en vitesse, du mieux que j'ai pu,
qui voulait dire en substance : " vous vous ressemblez tellement. "

C'est resté dans ma gorge. Parce que ce n'était pas tout à fait exact. Evidemment.
Et que moi seul sais précisément en quoi mes deux amours se valent et se rejoignent.
Je joue avec la bague à mon doigt. L'argument était trop freudien pour être avouable.
Et recevable. Pensai-je quand je me suis finalement tourné vers elle. Epuisé.
Je me suis mordu la lèvre comme elle avait l'habitude de le faire elle-même.
Avachie dans le fauteuil, elle semblait s'être endormie.

Il y avait comme du sable ou de la poussière ici et là sur la terre cuite autour d'elle.
Que j'ai balayée grossièrement de mes doigts avant de ramasser ce qu'il restait d'une main,
pour tenter de le raccrocher à son poignet d'os au bord de l'accoudoir.
J'ai voulu aussi redresser le corps, et la tête, en particulier, qui m'est restée dans les bras.
Cette tête de mort, avec ses dents et ses couronnes toutes apparentes quand il n'y avait plus
ni lèvres ni joues pour les couvrir, et cette étrange chevelure de toile d'araignée.
Je l'ai posée en équilibre, comme j'ai pu, contre le dossier du fauteuil, au sommet du thorax.
" Qu'est-ce que tu as fait ? Mais qu'est-ce que tu as fait ?... " hurlait-elle.
Accroupi devant maman, je déplaçais délicatement les tibias pour remettre les chaussures
parfaitement parallèles, au pied de la bergère Louis XV où le cadavre trônait.
" Tu es dingue ! Tu es bon à enfermer ! Qu'est-ce que tu as fait ? Mon Dieu ! Pitié !... "
Elle s'était interrompue pour aller vomir avec des bruits étonnants assez bestiaux.
Oui, voilà. J'étais allé chercher maman au cimetière. Pour son anniversaire.
Ce n'est pas ma faute si elle est née le jour de la Fête des Morts.
J'ai galéré pour ouvrir le caveau, bien que bien outillé, et pour sortir le cercueil
qui était aussi maniable que du carton mouillé, avais tout placé pêle-mêle dans une bâche
pour être sûr de ne rien perdre en route, tout ça de nuit, pour ne pas être dérangé.
" Mais dérangé, tu l'es mon pauvre ami ! J'appelle la police... "
Me voilà récompensé de la petite réunion de famille que j'avais préparée avec amour.
" Je voulais te faire la surprise ! "

Pour la police, elle s'était ravisée. A pensé aux pompiers. Au SAMU. A cours d'idées.
Nous avons chargé le fauteuil, tel quel, dans la voiture, avec maman à son bord.
Le véhicule utilitaire était assez haut de plafond. Nous avons tout remballé au cimetière.
" C'est horrible de l'enterrer une seconde fois... bredouillai-je.
- Tu n'avais qu'à ne pas la déterrer, espèce de monstre... abject, que tu es. "
Elle parla de profanation. D'enfer aussi. Expliquant que j'y finirais assurément s'il existait.
Dit que je serais maudit et damné. Qu'elle me tuerait de l'avoir rendue complice de cet acte
inqualifiable, de cette abomination, que c'était insupportable, inhumain, etc, etc...
J'observai que le cercueil de ma grand-mère était encore bien conservé.
Evidemment. Elle nous avait quittés sept ans plus tard. Et ça faisait la différence.
" Je vais te faire interner... continuait ma conscience. Tu es malade... "
J'ai couvert comme j'ai pu mes cochonneries avec les bouquets de chrysanthèmes,
n'étant pas franchement un as de la maçonnerie. Et j'ai ramené le véhicule à la maison.
Dans le village désert, j'ai actionné les essuie-glaces alors qu'il ne pleuvait pas.
Je passais par l'avenue François Arago, qui restait pour moi le chemin de l'école.
Ne me rappelais pas avoir mis en marche l'autoradio, quand j'ai reconnu l'intro endiablée

de la Jota du Tricorne de Manuel de Falla.
" Je sais en quoi tu trouves que nous nous ressemblons... "
J'ai sursauté en la trouvant assise à côté de moi et failli nous mettre dans le fossé.
Surpris sans l'être. Elle adorait le Tricorne de Manuel de Falla.

Cette fois, elle ne refusa pas le verre d'eau que je lui ai servi.
Elle en but même deux à la suite. " J'avais soif ! " sourit-elle.
Elle était magnifique. Ses cheveux lâchés dont le gris répondait à celui de ses yeux.
Avec ce sourire pincé qui était le plus franc dont elle était capable.
C'est à son regard plus qu'à sa grimace que son visage s'illuminait d'humeurs taquines.
" Je passe sur les différences physiques, ou anatomiques, bien entendu, avait-elle poursuivi.
Mais je sais l'idée que tu te fais de l'Espagne. Et qu'elle correspond à nos images.
Il y a une posture identique, c'est vrai. Quelque chose d'orgueilleux. Je l'admets.
Et des principes non négociables. Une exigence. Qui nous ramène à l'orgueil. Décidément. "
C'était le chemin de la Mancha. Les jardins du Généralife. L'écarlate aveuglant de la corrida.
Dans les floraisons d'amandiers. Et les eaux du Guadalquivir. Jusqu'aux côtes californiennes.
" Une intransigeance... m'aventurai-je. A la limite de l'intolérance. Et de l'entêtement.

Avec des avis tranchés et définitifs sur les gens. Sur les choses à faire. Les façons de les faire...
- Et ça ne te déplaît pas. Enfin, c'est l'impression que ça donne... " trancha-t-elle en frottant
le coin de ma mâchoire mal rasée de ses doigts, avec son air aussi goguenard qu'affectueux.

Elle replaça ma chemise sur mes épaules, en épousseta les manches.
" Il y a des points communs, c'est vrai, dans notre façon d'être et d'appréhender les choses.
Mais ce que nous partageons vraiment, c'est la confiance que tu nous fais. "

Elle me sent ému et renonce à utiliser un autre mot, peut-être galvaudé ou juste embarrassant.
" C'est bien de pouvoir ne pas se poser de questions, n'est-ce pas ?

Surtout lorsqu'on cherche absolument à répondre à toutes les autres... "

Les vagues scintillent à Ste-Marie, à Castelldefels, à Marbella comme à Los Angeles.
J'ai pu le constater de mes yeux. Il y a des impressions qui ne vous lâchent jamais.
L'émotion du Mexique. C'était encore elle. Ma mère. Et la langue espagnole.
Les processions aux flambeaux et leurs vierges tragiques. Les chevaux. Les taureaux.
L'émotion de la cabine téléphonique. La proximité incestueuse. Epidermique.
C'était encore elle. Ma mère. Sous une lune suspendue comme sur le Hollywood Bowl.
Le voile sur la voix comme timbre ibérique. Les regards arrogants. Posés comme remparts.
Ce sont des caravelles lancées sur l'Atlantique. Avec tout leur bétail et leurs conquistadors.
Le Flamenco austère qui vient sentir la mort. Ce sont des mariachis qui portent les amours.
Font danser les cadavres dans les feux de Bengale. Veulent sauver des âmes.
Et cette peur touchante de n'être pas compris.
" Ce que tu as pu m'agacer. Chaque fois que tu faisais mine de douter de moi.

De ma bonne foi et de ma sincérité. Cela m'irritait et me révoltait. "
Cette sensibilité à l'injustice. Cette peur de n'être pas pris au sérieux.
" La vie n'est pas une comédie. Et l'amour n'est pas un jeu. Moi, je ne jouais pas..."
Et voilà qu'apparaît votre obsession baroque pour l'idée que vous vous faites,
catégoriquement, de votre sacro-sainte vérité.

" Moi j'écris... " ai-je répondu à ma mère.
Je ne sais pas ce qu'est la vérité. Sinon, je ne serais pas en train de la chercher.
Je ne suis pas allé sortir ton cadavre du caveau de Bompas. Je ne suis pas schizophrène.
" Mais tu me parles alors que je suis morte... " plaisanta-t-elle.
Je sais juste ce que je ressens, ce que je vis, sans être certain que tout cela soit réel.
Cela ne veut pas dire que je ne vous aime pas de tout mon être.
Et encore moins que mes sentiments sont faux.
" Nous avons toujours eu du mal à nous comprendre sur ce sujet.
Avec ta manie de toujours vouloir tout intellectualiser tout le temps...
Il fallait te suivre... et moi, je ne pouvais pas... mais sois sans craintes.
Je n'ai jamais pensé que tu jouais la comédie... c'est bien ce qui m'inquiétait ! "...
Elle se brosse les cheveux. La lumière passe dedans. Et tout disparaît.

Sauf des senteurs comme respirées à l'approche des pinèdes.
Le design de la bergère. Et les confusions propres
aux amours éternelles

 

Philippe LATGER
Octobre 2012 à Perpignan

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Frankenstorm

Publié le

A la décharge de G.W. Bush, les Etats du Nord-Est sont plus riches,
et mieux équipés que les Etats du Sud. Je pense à la Louisiane.
Lorsque cette donnée ne peut relativiser la différence philosophique majeure

qui fait véritablement le clivage entre Républicains et Démocrates.
Je l'ai répété ailleurs, nous ne sommes pas ici dans l'affrontement droite/gauche,
mais libéralisme/étatisme ou nationalisme/fédéralisme.
Lorsqu'un autre président républicain que Bush, aurait tout autant tardé
à mettre en mouvement les secours fédéraux, face aux ravages de Katrina à l'époque.
Il s'agissait moins de mépriser la ville noire de New Orleans que de se reposer
constitutionnellement sur les pouvoirs des Etats qui gardent leur part de souveraineté.
Quand il s'agit autant de respect des autonomies locales que d'économies fédérales.
La différence tient aussi au ton et à la posture. Lorsque Bush a sous-estimé l'impact.
Et qu'Obama a bien retenu la leçon en étant le père protecteur dont l'Amérique avait besoin.
Psychologiquement, la présence du grand chef à la barre, et en alerte, change la donne.
Le combat contre les éléments devient celui de la nation entière.
Et même les citoyens de Californie ou du Colorado peuvent se sentir concernés.
La ville de New York, aussi, a un statut particulier dans l'imaginaire américain, comme,

on le voit bien, jusqu'à nos propres médias français, dans l'imaginaire mondial.
Et l'inquiétude, nourrie aussi par les images de films catastrophe de Manhattan détruite,
par des raz de marées, des pluies de météorites ou des attaques terroristes,
est toujours amplifiée par le symbole universel de la métropole soudainement vulnérable.
D'autant qu'on le sait, la réalité a rattrapé la fiction avec les attentats du 11 Septembre.
Dont le traumatisme est aussitôt réactivé, désormais, de façon pavlovienne,
et pas seulement aux Etats-Unis, dès que New York connaît une situation extraordinaire.
Comme symbole de la grosse ville, et donc de la réalisation même de l'humanité,
nous sommes fascinés par l'incarnation de notre puissance soudain réduite en cendres.
Manhattan, malgré les émergences de Shanghai ou de Dubaï, reste la métropole,
dans son aspect urbain et multiculturel, la capitale mondiale et universelle
- où demeure le siège de l'ONU notamment - à la croisée de toutes les civilisations.
Plus qu'une Rome moderne, lorsque New York ne dirige aucun Etat colonial dans le monde,
quoi qu'en disent les tenants de la thèse de l'impérialisme américain qui n'a toujours été
qu'un fantasme, elle est une nouvelle Babylone, la ville condamnée à être détruite.
La cité arrogante où s'exprime le génie humain imbu et ivre de lui-même,
où l'humanité se glorifie elle-même en défiant les dieux avec un certain succès.
Capable de provoquer la colère de ces derniers et un châtiment définitif.
L'orgueil des hommes doit être puni. Et New York est le symbole de notre orgueil.
La ville que des extraterrestres viendront rayer de la carte en premier lieu.
Celle qui sera dévastée par les catastrophes naturelles en réponse à ses méfaits.
C'est dans cet état d'esprit que les kamikazes de 2001 sont venus mettre à bas
les Colonnes d'Hercule de la finance internationale, pour punir des fautes
qui sont pourtant - on l'a vu avec les crises de la fin de la décennie - reparties de plus belle,
à peine le choc épongé par le coeur de ce Grand Satan qu'est toujours l'Amérique.
Avec une part de culpabilité, conscients des dérives du monde que nous avons construit,
avec ses impacts déplorables sur la justice sociale dans le monde ou sur l'environnement,
nous prenons une certaine forme de plaisir un peu pervers à nous voir punis
de nos ambitions délirantes comme de nos inconséquences.
Et le chaos, pour la plupart d'entre nous, serait une fin qui serait aussi juste que méritée.
Lorsque nous avons cette propension, franchement mégalomane, pardon,
à tenir l'être humain comme responsable de tous les problèmes de l'univers connu.
Ainsi, New York incarne cette folie des hommes, aveuglés par leur puissance objective.
Sodome et Gomorrhe réunies sur une même île en tête de proue d'une terre de rebelles,
d'exilés, tous chassés d'un paradis terrestre qu'ils s'évertuent à reconstruire à leur sauce.
La terre de l'insoumission à l'ordre naturel des choses. Du volontarisme échevelé.
A ne pas se résoudre aux ordres établis et aux règles d'une nature qui s'en trouve bousculée.
Et bien des puritains américains, drapés dans leur paradoxe, expient d'une main les fautes
auxquelles ils participent de l'autre, conscients qu'ils prennent part à l'abomination.
C'est cette ambivalence irrationnelle que nous partageons tous peu ou prou.
Et les références bibliques abondent, même dans l'imaginaire des athées ou des cartésiens :
nous devrons tôt ou tard payer notre insolence, comme il est pensé notamment
dans les thèses environnementalistes et écologistes.
Comme nous sommes à la fois fiers de notre évolution et honteux de notre suffisance.
Comme nous sommes à la fois ivres de nos succès et friands d'autoflagellations.
Ainsi, nous attendons chaque fois, avec une étrange gourmandise, la destruction de Babylone.
Quand nous avons tous été exaltés aux images du World Trade Center, avec une certaine fièvre,
un brin malsaine et tordue, dans l'avant-goût délicieux d'apocalypse qu'elles nous livraient.
Cette liesse particulière qui nous anime collectivement dès qu'il s'agit de fin du monde.
Quand il y a, derrière la panique concernant son propre sort, d'un point de vue individualiste,
l'idée presque rassurante que nous faisons partie d'un tout, d'une communauté universelle,
et que cette notion d'humanité, aux risques de sa disparition, se révèle être une réalité.
Nous faisons bien partie d'une communauté humaine.
Et c'est aux catastrophes que cela apparaît.
Il y a donc, derrière les tragédies, une révélation qui relève de la bonne nouvelle.
Nous allons tous mourir, mais nous sommes unis. Et la mort est plus douce.

Ce n'est pas pour rien que nous ne nous intéressons pas vraiment à Dover ou à Baltimore.
Si New York concentre 9 millions d'habitants à elle seule, justifiant un focus attendu,
et légitime, on préfère montrer les images d'Atlantic City, petit Las Vegas atlantique,
Sin City de la Côte Est, ville de loisirs et du divertissement, chantre de notre désinvolture,
ou suivre l'état de centrales nucléaires perçues aussi comme symboles de nos inconséquences,
que relayer des images de Newark ou de Norfolk en Virginie.
On voit bien, aux journalistes postés devant la Statue de la Liberté sur l'Hudson,
qu'il y a une certaine fièvre à attendre le monstrueux raz de marée promis par Le jour d'après,
à espérer à la fois que la chose n'arrive pas et que la chose arrive.
Pour ceux qui vont se jeter à genoux en battant leur poitrine comme la coulpe universelle,
hurler au dérèglement climatique dont nous serions responsables, voyant ici,
une preuve de l'intensification des catastrophes naturelles avec leur "on vous l'avait bien dit !",
je suis au regret de dire que dans l'information relayée selon laquelle, une telle situation
ne s'était pas produite à New York depuis 1960, bien que parfaitement sensationnelle, en effet,
il y a l'aveu que de telles tempêtes se sont déjà produites, de mémoire d'homme de surcroît.
A ceux qui moquaient la mobilisation d'Obama et l'évacuation spectaculaire de centaines
de milliers de personnes en considérant que " les Américains en font toujours trop ",
ou qu'ils exagèrent toujours tout, bien que soulignant peut-être un trait de caractère existant,
on répondra qu'il vaut mieux en faire trop que pas assez quand il s'agit de vies humaines,
que Katrina a donné une leçon aux Etats-Unis, et que le niveau d'alerte a été ici justifié,
lorsqu'on découvre les 4 mètres d'eau qui ont envahi la pointe Sud de Manhattan.
Ce que l'on pouvait craindre est finalement arrivé, et n'est pas arrivé non plus.
Lorsque la couverture médiatique internationale montre combien nous attendons chaque fois,
plus que des inondations, des incendies, des dégâts matériels et de regrettables pertes humaines,
la destruction totale de New York.
Comparativement, alors, bien entendu, la quinzaine de victimes déplorées à cette heure,
et un simple black-out sur la capitale du monde, pourraient paraître un peu décevants.
Et nous faire considérer, vu de loin, qu'une telle mobilisation relevait du "tout ça pour ça".
Et je vois, avec une certaine affection pour mon espèce, dans toutes les réactions,
merveilleusement contradictoires la plupart du temps, à l'endroit des Etats-Unis d'Amérique
et de New York en particulier, toute l'ampleur de deux sentiments aussi forts qu'opposés,
propres à l'humanité : notre narcissisme assumé comme notre détestation de nous-mêmes.
Deux forces contraires qui s'exercent à la fois sur le groupe entier, la communauté humaine,
comme sur chacun de nous, individuellement, dans nos histoires ou nos vies singulières.
Et je trouve toujours touchant de voir à quel point, à la fois,
comme nous nous aimons, et comme nous ne nous aimons pas.

 

Philippe LATGER
Octobre 2012 à Perpignan

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