Décembre 2012
" Eh bien, merci jeunes gens, à la semaine prochaine... " terminait Violetta
en rangeant déjà le classeur dans son cartable de professeur d'Histoire-Géographie.
A ses mots, un vacarme insensé de chaises qu'on tire, qu'on pousse, qu'on traîne,
s'éleva du sol raclé, comme une explosion, suivie d'un tremblement de terre,
et d'une vague d'adolescents de 4ème revenus d'entre les morts, qui montait
et allait déferler sur la porte de la salle de classe pour s'engouffrer dans le couloir.
Violetta se laissa prendre par le courant, et ne sortit du flot qu'à l'extérieur du collège,
pour gagner sur le parking sa 2CV bleu pâle garée près du portail automobile.
Elle reconnut Pascal qui fit clignoter sa voiture à distance. Qui lui avait posé un lapin.
" Je t'ai attendu hier soir... " lui lança-t-elle en essayant de sourire.
Le jeune prof de sport sembla d'abord n'avoir rien entendu. Puis il leva les yeux vers elle.
" Ah, Violetta, bonjour. Tu m'as... quoi ? fit-il sans se détourner de sa trajectoire.
- Je t'avais proposé de venir dîner à la maison, tu te rappelles ?... "
Elle avait jeté son cartable à l'arrière et se tenait debout devant la portière ouverte,
attendant vaguement une explication du jeune homme avant de s'asseoir au volant, qui,
de son côté, progressait vers son véhicule en regardant par terre comme s'il la cherchait.
" Oh, c'était hier soir, je... j'avais un entraînement tu sais, j'ai fini tard et...
Je ne t'ai quand même pas promis d'y être, ça m'étonnerait, s'enquit-il soudain,
j'ai cet entraînement tous les jeudi, je ne sais jamais à quelle heure je finis et...
- Oui, tu m'avais dit, mais tu aurais pu m'appeler. Enfin, ce n'est pas grave.
- On remet ça à une autre fois si tu veux... sourit-il approximativement.
- Bien sûr, t'inquiète, y'a pas mort d'homme. "
Le visage de Violetta vint s'éteindre dans le pare-brise étroit de sa Citroën
alors qu'elle tournait la clé dans le contact avant de faire ronfler hystériquement le moteur.
Elle agita sa tignasse frisée comme le tic de quelqu'un qui veut se reprendre,
qu'elle avait toujours avant d'enclencher la marche arrière.
" Y'a pas mort d'homme... oui, pour l'instant. " songea-t-elle.
Clémentine prospectait dans les rayons de la librairie.
Vaporeuse comme l'encens qui brûlait sur le bureau de Carolina.
" Vous cherchez quelque chose de précis mademoiselle ?... demanda l'hôtesse.
- Je ne sais pas trop... Vous avez quelque chose sur les pierres et les cristaux ? "
Carolina réajusta son poncho en se levant pour venir rejoindre sa cliente.
" Regardez derrière vous. Tout est là. Lithothérapie. Vous voyez ?...
- Oh ?... J'étais proche ! s'illumina Clémentine une main sur son décolleté.
- On n'est jamais très loin de ce que l'on cherche vraiment vous savez.
Voyez. Vous avez le Nora Fischer, ici. Le Barbara Wall et son encyclopédie.
Angelo Gabrielli et son dictionnaire, très bien fait. Et ça, vraiment, c'est la bible.
Si vous voulez l'alpha et l'oméga sur la question, je vous recommande celui-ci. "
Clémentine feuilleta l'énorme volume que Carolina avait sorti de son étagère.
" En effet, celui-là semble très détaillé. " Elle lisait pour elle-même.
Propriétés énergétiques des pierres et des cristaux.
" C'est pour vous ou pour offrir ?...
- Pour moi qui n'y connais rien, s'excusa Clémentine.
J'ai toujours aimé les pierres. Les bijoux. Vous voyez. J'aime les porter.
Mais une amie m'a parlé des vertus de certaines d'entre elles, et, cela m'a impressionnée,
d'autant que j'ai eu le sentiment bizarre de savoir déjà ce qu'elle m'en disait.
Comme si c'était un savoir que je portais sans le savoir.
- On n'est jamais très loin de ce que l'on cherche vraiment.
- Et des cristaux, vous en vendez ?... "
Carolina dévisagea la jeune femme. Un sourire vint se dessiner sur son visage.
" Vous n'allez pas être déçue... suivez-moi. "
Philippe LATGER
Décembre 2012 à Perpignan
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