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2012

Dans un verre d'eau

Publié le

La mer est bleu marine. Comme on pouvait s'y attendre.
Je viens la respirer. En plein janvier.
Le ciel est bleu azur. La plage couleur sable.
Et tout est à sa place. J'ai vérifié.
Toi tu es dans mes poches, où je serre mes poings.
Tu es le seul présent qui me revient.

Qui brûle sur ma peau et qui brise la glace
qui se noie dans un fond de verre d'eau.
Le large est bleu horizon. Voilà. Comme on pouvait s'y attendre.
Je suis venu le prendre. En plein janvier.
Un bleu ciel outremer, où j'ai dressé ma table.
Et tout est à sa place. Je t'y attends.
L'hiver prend le soleil, installé en terrasse.
Je retrouve sa morsure et le goût des roseaux.
La route a roulé des hanches entre les vignes pour m'y conduire.
Et me voici, avec mes bleus, et mon fond de verre d'eau.

L'incendie de Los Angeles. Sur Santa Monica Boulevard.
L'ivresse dans les jambes et dans les joues.
Et je parle d'un temps où le temps passait plus lentement.
Le motel sur la plage. Une Ford en dedans. Le bleu Klein dans les voiles.
La marijuana, comme dernier cliché, pour s'étourdir un peu, ou bien pour décrocher.
Pour arracher aux dents la rage de survivre. L'orphelin cuvait dans les bras de Morphée.
Aux collines de Hollywood, elle était déjà là, ronde comme sur le Mont des Oliviers.

Suspendue dans un coin à me rappeler le peu de chose que nous sommes.
Le peu de chose que je suis.
Aux collines de Hollywood, comme sur le Mont des Oliviers, aux premières loges,
pour assister, sur son orbite, aux retrouvailles préméditées.
Aux marées qui me gagnent, à la montée des flammes, je me croyais perdu,
quand je vous retrouvais, au fond de mon verre d'eau où les glaces craquaient.

La montée de ma mère. La montée des sanglots. Angèle était planquée. Là, à L.A.
Los Angeles. California. Dans la musique de Manuel de Falla au Bowl de Hollywood.
Bandini en bandoulière, j'ai demandé à la poussière. Et ma mère a répondu.
J'avais cherché partout, voyagé, dans les livres, dans la foi, dans l'alcool, au-delà des rivages,
cherché à la trouver, sans avoir pensé à chercher en moi que j'avais sous la main.
Comme on cherche partout les lunettes que l'on a sur le nez. J'avais cherché pour rien.
J'étais allé trop loin. Pour trouver ce qui m'attendait bien sagement dans mon corps. Bien vivant.
Moi qui portais ses gènes, de sa chaîne ADN, je l'enlevais au néant, la prolongeais encore.
L'héritage génétique et son supplément d'âme se sont réveillés de concert à la Danse Finale.
La Jota du Tricorne. Et je portais ma mère comme elle m'avait porté. Et j'ai ressuscité.
La lune pouvait bien se moquer de moi. Aller chercher si loin ce que j'avais sous mon toit.
Une partie de moi n'était pas morte avec elle. Une partie d'elle vivait encore avec moi.
J'ai reconquis mon enfance. A Santa Barbara. Jusqu'à San Francisco. L'Espagne maternelle.
John Fante sous le coude. La clandestine en soute. Quand j'avais son sourire et le goût de la foi.
L'espoir des retrouvailles. Au-delà du désert. Tout au bout de la route.
Puisque rien ne se perd pour qui sait regarder.

Aux marées qui me rongent, à la descente en flammes, je me croyais perdu,
quand je te retrouvais au Mont des Oliviers où la glace craquait.
Puisque tu es l'autre personne à qui je dois la vie.
Et que 13 ans plus tard, peut-être jour pour jour, de juillet à juillet, la lune était présente.
Deux miroirs face à face pour créer l'infini. La fusée éclairante. Et j'ai ressuscité.
J'ai reconquis mon enfance. Le bonheur. L'innocence et la foi. Le goût de l'existence.
Que j'avais cherchés partout. Que j'ai trouvés chez moi.

Et la lune à nouveau se foutait de ma gueule.
Dans ce bain de soleil, dans ce bain de jouvence, le cœur reconstitué a trouvé son jumeau.
Sur mes terres arides comme désert Mojave, j'ai fait fondre la glace au fond d'un verre d'eau.
La vie m'a promené jusqu'aux quais de Floride. Les quais de la Garonne et ceux du St-Laurent.
Je l'ai cherchée partout et cru l'avoir perdue. Quand je l'ai sur le nez depuis trois fois 13 ans. 
Avec elle, le mort-vivant de Montmartre pensait avoir perdu la foi. Quand elle n'était pas loin.

Une partie de moi n'était pas morte avec elle. Une partie d'elle avait l'espoir de toi.
Une fois déployées, mes chances d'être heureux prenaient de l'altitude.
Vu d'en haut, on le sait, le monde devient tout petit...
Et depuis, je le crains, je n'ai pas atterri.

La fin du jour est bleu nuit. Comme on pouvait s'y attendre.
Tu viens l'illuminer. En janvier.
Et j'écris sur le sable, couleur plage :
Bleue, la mer à boire ensemble.
Bleue, ma peur quand ma main tremble.
A celle de te perdre. A celle que je tiens.
Une vague se retire. Fait place à la suivante.

Qui est toujours la même. La même qui revient.
Dans ce monde minuscule, ce verre d'eau,
où rien ne peut se perdre, je n'ai plus peur de rien.

 

Philippe LATGER
Janvier 2012 à Perpignan

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Il était une fée

Publié le

Le mobile tourne au plafond d'une chambre d'enfant.
Le cliquetis métallique d'une boîte à musique se déroule comme un ruban.
L'enfant sait qu'il va être abandonné l'espace d'une nuit.
Déjà, on a éteint la lumière.
Il n'y a plus que celle du couloir, allumée, par l'entrebâillement de la porte.
Qui est encore assez ample pour voir les traits de maman dans l'obscurité.
Elle affiche son sourire le plus doux, le plus calme, le plus tranquille.

Alors qu'elle caresse les cheveux de l'enfant d'un geste régulier.
" Il faut dormir " dit-elle. Avant de poser un baiser sur le front de son fils.
La silhouette s'éloigne dans la chambre, emporte sa chaleur, et son parfum avec elle,
avant de réduire le rai de lumière au strict minimum, pour laisser la porte ouverte.
La fée a raconté une histoire, chanté une chanson à voix basse, et s'est envolée
sur ces dernières paroles : " fais de beaux rêves " ...

L'enfant sait bien qu'elle n'a fait que sortir de la pièce. Il sent sa présence dans la maison.
D'ailleurs, de son lit, il entend la musique d'un film à la télévision, du bruit de vaisselle dans la cuisine,
le passage de l'eau dans les canalisations à l'ouverture des robinets, de l'évier, ou du lavabo.
L'enfant porte son doudou sur son nez comme un masque au moment de l'anesthésie.
Respire à fond les odeurs familières du carré de tissu qu'il a mâchouillé toute la soirée.
Attentif aux bruits dans la maison qu'il identifie.
La chaise tirée de quelqu'un qui s'est levé de table. La porte du placard. Le bruit des couverts.
Le timbre grave de la voix d'un homme. Monocorde. Celle de papa. Le bruit de la machine à café.
Dans la chambre, la lumière timide jette un éclairage qui déforme le visage de peluches,
qui deviennent étranges, presque vivantes, qui peuvent paraître bienveillantes comme inquiétantes.
L'enfant s'accroche au son qui atteste de la présence de ses parents et garantit sa sécurité.
Tant qu'il entend la télévision, le bruit des pas, de la vaisselle, il sait qu'il n'est pas abandonné.
Et il ferme les yeux pour ne penser qu'à ça, et oublier le regard effrayant des peluches,
comme les ombres qui s'étirent sur les murs de la chambre qui pourraient le menacer.
Le son et l'odeur de son doudou. Comme une bulle où il peut se replier en position fœtale.
Personne ne viendra le prendre à ses parents. Ces derniers ne partiront pas sans lui.
Quand il a quelques années encore pour comprendre que papa et maman
ne sont pas ses parents biologiques. Et qu'on ne l'a pas abandonné

une seconde fois.

 

Philippe LATGER
Janvier 2012 à Perpignan

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L'avenir m'appartient

Publié le

J'ai assez travesti d'alexandrins dans le corps de mes textes.
Des bas résille sur des jambes d'homme. Voyez-vous ça...
Je peux écrire autrement. Je m'en persuade. Quand le rythme me tient.
Mon amie a retrouvé le foyer où je gardais sa fille, aux longs cils et aux yeux noirs fantastiques,
et j'ai pu dévaler, le cœur léger, ce quartier de St Jacques où la nuit était déjà tombée.
J'ai traversé la ville, heureux de retrouver le Castillet sans les décorations tapageuses que Noël

lui avait infligées, mais avec le rouge du sang et le jaune de l'or d'un éclairage sobre et valorisant.
Sa silhouette épaisse plantée au coin de la Basse m'assurait que la période des Fêtes était loin.
Quand le jour ronge la nuit chaque jour davantage. Et que mon cœur enfle avec lui.
La passerelle de bois du Quai Vauban est le ponton d'un port de plaisance, à cette heure désert.
Le glacier Espi, la brasserie 1902, et les cafés en suivant ont rangé leurs terrasses.
Et seul le navire du Palmarium est ancré, animé, posé comme une carapace de tortue,
au bout d'une perspective mille fois inspirée, aux poumons que j'emplis de caresses nocturnes.
Les mains dans les poches de mon caban, j'effectue mon catwalk sur un podium de papiers gras,
de journaux, de cartons que le vent a tirés d'on ne sait où, les vestiges d'une journée laborieuse,
qui attendent avec moi le passage des machines de la voirie, quand la rue entière a baissé le rideau.
Je suis de bonne humeur. Et les conversations de l'amour habillé y sont pour quelque chose.
Bien sûr, je pourrais me plaindre. Pas assez de temps. Pas assez de travail. Pas assez d'argent.
Et ces andouilles du Sénat qui ont voté la loi sur le Génocide Arménien. Quelle honte...
Le plombier ne viendra que demain. Je dois encore ouvrir et fermer l'eau chaude à l'aide de pinces.
Mais rien n'est vraiment grave. J'ai du sucre. Le meilleur café du monde. Les meilleurs amis du monde.
De l'amour plein les pores. Plein la bouche. Plein les mains. Une santé de fer. Et j'aime être vivant.
Je trouve ça génial. Et je ne m'y fais pas. Les étoiles en pagaille dans un ciel de mystères.
Et le bonheur largement suffisant de vivre à Perpignan.

Je ne suis pas encore à Paris. Ce sera dans quinze jours. Ok. Ce sera vite là.
Je me prendrai la ville entière en pleine tronche à la sortie de la Gare de Lyon.
L'émotion sera aussi grande qu'elle. Quand je serai roué de coups aux pavés de Montmartre.
Puisque je ferai le pèlerinage jusqu'au Square Carpeaux. Pour retrouver mes grilles.
Les fenêtres alignées de mon appartement. Où je ne ferai que passer, un boulet dans la gorge.
Non. Je n'y suis pas encore. Je suis place de la Loge. Et je rentre chez moi.
Retrouver l'odeur de la lessive à mes taies d'oreiller. Trois carrés de New York découpés sur le mur.

Le grand écran vierge pour les projections des phares automobiles. Le miroir à dorures de la maison.
Le bureau en bois de noyer. Mon fauteuil de ministre. Mes mugs d'Amérique. Mes derniers livres.
Le buste du Chemin des Etroits qui m'a suivi partout et dont je ne me séparerai plus.
Mes deux rectangles de lumière orange, aux proportions idéales, sur la sécheresse de ma ville.
Je vais rentrer pour écrire autre chose que des alexandrins. Je finis par m'ennuyer moi-même.
Me défendrai d'épiloguer sur ma colère au vote regrettable du Sénat. Quand il y a mieux à faire.

Retrouver le silence. Où je ne m'ennuie jamais. Et l'empreinte d'un corps qui est presque le mien.
Je ferme les yeux. Mes doigts sur les touches du clavier. Le visage est connu dans le moindre détail.
Le pli de la bouche. L'épaisseur des lèvres. L'arête du nez. Les grains de beauté. Un. Deux. Trois...
J'en connais les contours. Et la dissymétrie. Les ténèbres du regard. Soyeux. Voluptueux.
Avec des cils aussi longs que ceux de la petite fille que j'ai gardée tout à l'heure.
Nous sommes à Perpignan. L'Espagne n'est pas loin. Ni l'Afrique du Nord. Ni le Moyen-Orient.
La Méditerranée brune offre ce qu'elle a de plus harmonieux. Sensuel. Erotique.
Et je baigne dans ce corps comme dans mon élément. Celui où je suis né. Celui où j'ai grandi.
Où ça sent le Gitan, l'Andalou et l'Arabe, la guitare et la lune, les Mille et une nuits.
Les charmeurs de serpents et les danses du ventre. Les pur sang. Les taureaux.
L'éventail aux arènes. Et toutes les processions. La passion. Amoureuse. L'obsession.
Les jets d'eau de Grenade. Manuel de Falla. Le fouet des castagnettes. Et l'appel du muezzin.
A la Vierge Marie sur ces montagnes d'or. La prière du soir aux bulbes des synagogues.
La Sardane endiablée au cœur de Barcelone. Le Flamenco rageur des amours empêchées.
Au centre de mon lit. Au milieu de ma chambre. Suspendue au platane. Au pied du campanile.
Dans cet appartement planqué, au coude d'une ruelle, venue s'aventurer dans l'humble médina.

J'ai attendu vingt ans pour m'en rendre compte. Perpignan est d'un érotisme torride.
A la rue du Jasmin, un palmier fantastique se hisse vers le soleil aux caresses du cayrou.
Défiant les arcs brisés des Carmes catholiques. Cette épave gothique échouée sous le ciel.
Sur le flanc de l'église, entre ses culées, des maisons sont construites, nichées comme elles ont pu,
où un peuple des Indes est venu se loger, chanter d'une voix rauque et se tordre les poignets.
Des gamins s'échappent de partout comme volées de moineaux. Riant comme des baleines
pour avoir fait un coup. Et la pente des rues se tortille dans le marbre jusqu'aux eaux de la Basse.

Des plateaux de makrouds aux plateaux de rousquilles. Des amandes à l'anis. La figue. Et le citron.
Des platanes somptueux, qui respirent la sagesse, font de l'ombre aux vieux venus refaire le monde.
Et je chasse les jardins lovés dans les passages. Et les traces de nous aux moindres sons de cloches.
Ailleurs, la voûte romane est plus douce. La croyance plus modeste. Et je peux aimer Dieu.
Tout cela tient les murs de mon immeuble bancal. Où je peux retrouver l'usage de mes sens.
Mon derme multiculturel, multiconfessionnel, multiethnique. Le monde autour de moi.

Qui fait de la musique. Quand une vague de Salsa accélère dans ma rue à ses vitres baissées.
Pour prendre le relais du grand orgue de St Jean que j'entends de chez moi.
Au coeur de l'organisme, je palpite avec lui. Prenant tout de plein fouet, Tramontane comprise.
Et c'est là qu'au secret s'ouvre mon lit-bureau, entre vivants qui dorment et fantômes réveillés.
Un lieu où je peux t'enlever à ta réalité pour t'emmener où ça me chante.
Puisque l'auteur est libre comme l'air, libre d'imaginer ce voyage avec toi à New York.
Des vacances dans une maison de la Costa Brava ou d'Ibiza. Pavée de schiste comme il fut dit.
Ou des vieux jours, tranquilles, où la Mort n'inquiète plus personne quand on a réussi sa vie.
Au visage que j'embrasse dans le vide, je remplume l'avenir. Quand il me réconcilie avec la source.
Qu'en m'attachant à lui, je renoue avec le passé, et l'enfance, son réseau de racines. Tentaculaire.
Je le dessine de mémoire. Les yeux fermés. J'en ai la chair de poule. Le désir est bandé.
Et je ne pleure plus sur le temps que j'ai perdu à le chercher dans mes circonvolutions.
Quand sur le Quai Vauban j'ai la grâce de ceux qui assument leurs choix et savent ce qu'ils font.
Je peux hurler de rire aux considérations vénales, aux logiques commerciales, à la consommation,
aux plans de carrières, aux statistiques, aux modes arrogantes, et aux petites gloires.
Je suis libre. Et je sais parfaitement où je vais.

A Paris, en effet. Dans quinze jours. On sait.
Où j'ai écrit " Enfin libres ", au plus profond de la dépression.
Comme si, à ce moment critique où je n'avais plus le sou pour seulement manger,
je ne m'attendais pas à trouver la délivrance dans un contrat de travail, une situation économique,
une opportunité professionnelle, une feuille de salaire et son pouvoir d'achat.
J'attendais une histoire d'amour. J'en avais envie. J'en avais besoin. Comme seul salut possible.
C'était bien la seule chose au monde qui pouvait m'empêcher de disparaître ou de mourir.

Un massage du myocarde. Réactiver la pompe quand je ne sentais plus rien.
Je mourrais à petit feu de ne plus être aimé. Comme je crevais de ne plus être amoureux.
Le manque de soleil. Le manque de lumière. Je m'étais enterré vivant de ne pas te connaître.
Il m'a fallu partir, habiter ma fenêtre. Celle sur les remparts et le parc de ma ville natale.
Le retour dans le ventre de ma mère. Sans me rendre compte que je touchais au but.
C'était un soulagement que de voir à nouveau les étoiles dans le ciel et de sentir les arbres.

Je n'aimais pas encore, mais je n'étais pas mort. Il suffisait d'un rien pour devenir vivant.
Un sourire à distance, pendu au téléphone. Au premier rendez-vous où je n'avais qu'à me rendre.
Pulvérisé par l'évidence. Le Big Bang. Enfin libre. De tout recommencer. La naissance du monde.
Le choc électrique. Défibrillation. Pulsation dans la cage thoracique. Poum Poum. Poum Poum.
Coordination des contractions auriculo-ventriculaires. Révolution cardiaque. J'étais sauvé.
On me mettait au monde une seconde fois. Dans cette terre rouge où le sang peut enfin circuler.
Et je vois désormais chaque chose avec les yeux d'un miraculé.
Au Diable la liberté d'expression mise à mal par le parlement de mon pays désorienté.
Au bonheur insolent, il faut de l'égoïsme. Et reconsidérer l'ordre des priorités.
Je n'ai pas rebroussé chemin. J'ai cessé de tourner en rond. En trouvant la sortie. Par le haut.
Que j'invoquais sans doute dans le chaos pathétique de la rue du Square Carpeaux.
Je n'ai plus peur de rien. Je suis bien dans ma peau. Quand le mot bien est celui qu'il te faut.
Comme contraire du mal. Qu'on ne se fera pas. Le bien comme richesse. Le bien que tu me fais.
Même quand tu n'es pas là pour m'en faire. Puisque tu ne me quittes jamais. Où que j'aille.
Je n'ai qu'à fermer les yeux pour être dans les tiens. Et trouver la paix pour m'aider à dormir.
J'ai pardonné au monde. Même à nos sénateurs. Je suis bien dans ma ville. Je suis de bonne humeur.
Je vais me coucher tard. Profiter de la nuit. L'avenir appartient à ceux qui l'envisagent,
à ceux qui le programment, à ceux qui l'imaginent et le rendent possible.

Il commence à l'instant et tient ce qu'il promet.

 

Philippe LATGER
Janvier 2012 à Perpignan

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L'amour habillé

Publié le

L'amour habillé, c'est quand tu as des doutes, ou une idée en bouche, et qu'il nous faut la tordre,
que tu veux l'épuiser, et ne pas en démordre. C'est lorsque nous parlons. Aux mégots que j'écrase.
Que nous nous répondons. Que nous nous regardons pour mieux finir nos phrases.
C'est quand on se demande. Qu'il faut bien s'expliquer. Que je dois t'approcher et garder le contrôle.
C'est vérifier des choses sur les murs de Facebook, ou dans les téléphones, c'est quand tu es à côté,
que les choses s'éclaircissent, ou qu'elles s'assouplissent, et que je sens soudain ta tête sur mon épaule.
C'est l'odeur de lessive à mes taies d'oreiller. Lorsque tes bras croisés ne sont plus si sévères.
Qu'ils se ferment sur moi aux preuves avancées. Que tu serres mon cœur quand tu le sais sincère.
L'amour habillé, c'est quand il faut débattre, confronter nos pensées et délier nos langues,
exposer nos valeurs comme nos points de vue, c'est ouvrir des dossiers et passer aux aveux.
Les gestes mal perçus. Les choses mal comprises. D'une histoire d'amour qu'on ne veut pas exsangue.
Qui reprend des couleurs à nos ajustements. Et que ton poing fermé s'ouvre dans mes cheveux.
Ce sont tous les moyens pour plaider le non-lieu. Le passé à extraire des pages d'agendas.
Ce qu'il faut exprimer. Ce qu'il faut démontrer. Et scruter des regards qui ne nous trompent pas.
L'amour habillé, c'est le silence heureux d'après la discussion, blottis l'un contre l'autre,
quand on a fait le tour de tous nos arguments, de toutes nos phobies, de nos paranoïas,
de toutes les promesses, et des engagements, quand cet instant ravi peut être enfin le nôtre.
C'est quand tu reconnais le garçon qui t'a plu. C'est quand tu me retrouves. Que je ne te perds pas.
Le moment espéré où le diamant intact du respect mutuel et de notre confiance peut briller à nouveau.
Comme à mes yeux humides qui surprennent tes yeux, que je vois un peu flous et nets comme jamais.
A la noirceur intense où je peux me dissoudre. Que je veux pour demeure. Que je veux pour caveau.
Où je passerai ma vie à me plaire tout seul. Dans tes pupilles immenses et émues d'être aimées.
C'est quand il faut se taire. Que l'on se dit enfin ce que les mots trop faibles sont impuissants à dire.
Que l'on s'explore au front, à tes cils, nez à nez, étonné, amoureux, comme on ne peut l'écrire.

La confrontation n'est pas une scène ou un champ de bataille.
C'est l'exigence d'une histoire qui veut être à la hauteur de ce qu'elle pense incarner.
Celle de deux êtres en panique d'avoir pu se tromper. D'avoir pu se méprendre.
Quand tout semble trop beau pour être vraiment vrai. Quand on cherche à comprendre.
Il n'y a pas de colère. Deux âmes qui croient rêver. Qui ont besoin de voir et de s'accompagner,
aux flambeaux des passions, au bout de labyrinthes qui ne font qu'un dédale pour mieux se retrouver.
L'échange est épuisant. Des amants qui se testent. C'est l'amour habillé. Le temps de la parole.
Quand le corps et le sexe ne disent pas assez. Peuvent dissimuler des intentions coupables.
Que l'on doit se méfier des pulsions de la chair. S'assurer que la tête est en adéquation.
Que le cœur y a sa place et qu'il a ses raisons. Et que les trois ensemble ont la même ambition.
Il est bon par moments de prendre de la distance, comme on prend de l'élan avant de s'embrasser.
Vérifier qui est l'autre. Vérifier qui l'on est. Mes yeux brûlent au bonheur de recouvrer les tiens.
De regagner le cœur de l'endroit désolé où nous nous étions laissés. Quand nous n'étions pas loin.
Et je plonge dans ton cou pour respirer la chair, dont je ne prendrai rien que l'effluve vitale.
La base d'une chevelure où je sens ton parfum. L'érection est soudaine mais ne menace en rien.
Quand je n'entrerai en toi qu'à la force du regard que je viens planter sous tes sourcils dessinés.
Que ma bouche a frôlés dans le chapelet de petits baisers furtifs dont on couvre toujours
pieusement les objets de nos dévotions les plus farouches. Disséminés dans mon adoration.
Je te vois dans mes yeux. En train de me regarder. Mon silence te hurle de ne pas t'inquiéter.
Et nos corps habillés oublient nos vêtements dans la force de l'étreinte. La plus chaste de toutes.
Quand ils s'oublient eux-mêmes. Pour ne fondre qu'une âme. Et s'aiment en vérité.

 

Philippe LATGER
Janvier 2012 à Perpignan

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Coup de vent

Publié le

Tramontane, tu me fatigues.
Nous te devons ce ciel bleu fantastique, sans doute.
Mais tu ne me laisses aucun répit. Quand il me faut sortir de chez moi.
Je traverse la place Gambetta, entre de jeunes oliviers vulnérables,
me fraye un chemin à travers la foule des week-ends de soldes,
au milieu de mes Perpignanais décoiffés, lorsque j'aime te prendre de face.
J'arrive à la Loge, suis tenté d'ôter ma veste pour la poser sur les épaules de la femme nue
qui trône parmi les cactus sur son triangle de marbre rose, aux jolis seins et aux poignets délicats.
C'est que malgré le beau temps, la température est fraîche. Et le vent amplifie la sensation de froid.
Qui vient tendre les chairs de mon visage. L'agréable lifting. Le brushing radical.
Lorsque dans mes voiles, tu m'emporterais presque jusqu'aux plages de juillet qui me manquent.
Où tu pourrais déplacer ce petit monde en masse, jusqu'au rivage, le déshabiller et le plaquer au sol,
pour le laisser respirer en maillots de bain, allongé sur le sable à prendre le soleil avec désinvolture.
Je pose ma veste sur les épaules de la sculpture de Maillol et trace ma route jusqu'à la Barre.
Des courses à faire. Je dois manger. Et affronter tes morsures pour mériter ma pitance.
Janvier n'a pas dit son dernier mot. Le Printemps est encore sous d'autres parallèles.
A la terrasse de la Bourse, je ne reconnais personne. Ce n'est plus ici que ça se passe.
C'est Place de la République, désormais, que l'on se donne en spectacle.
Combien d'heures et de journées de cours ai-je fait sécher ici ? En bonne compagnie.
Le lycée était trop loin. Hors de la ville. Quand j'étais affamé de rencontres et de chair humaine.
Manger de la viande. Je dois faire des courses. Il ne s'agit pas de soldes. Mais d'alimentation.
Je ne cherche pas les bonnes affaires. Je cherche à me nourrir. Pour tenir la distance.
La Bourse de mes 17 ans ne réveille aucune nostalgie particulière. Je suis indifférent.
Quand Perpignan, sans cesse balayée, ne retient rien de nous aux jours de tramontane.

L'escalier de l'immeuble est raide comme une échelle de meunier.
Je m'y suis engouffré, débarquant de la rue, comme on saute d'un train en marche.
Laissant le vent hurler derrière la porte. J'ai des provisions et la promesse d'un repos.
Sur le souffle furieux, j'ai ajouté le grésillement laborieux de la minuterie qui va m'accompagner.
Jusqu'au pas de ma porte où j'agite un jeu de clés. Je ne m'attends pas à te trouver chez moi.
Nous ne vivons pas ensemble. Mais ta respiration derrière les murs menace de tout arracher.
D'emporter le vieux bâtiment en haute mer, dans l'œil de ton cyclone, au-delà de la ligne d'horizon.
Voilà pourquoi nous avons construit des maisons. Pour nous mettre à l'abri. Cela s'expliquait soudain.
Comme aux pluies torrentielles. Comme au froid de canard. Nous avons trouvé la parade.
Un foyer douillet où l'on se met à l'aise. Où je peux aller nu en plein mois de janvier.
Quand ma veste est restée sur la Loge, aux épaules de bronze de la reine des cactus.
Avec mes souvenirs des années de lycée. Effilochés sans doute aux bourrasques du diable.
Mon appétit de sexe a pu y être attisé. Le désir secoué aux zones de turbulences.
Aux rafales en séries qui font tourner la tête quand on ne la perd pas.
Lesté par le poids des années, l'expérience, le vent pourrait tout prendre, s'emparer des garde-fous,
décrocher la façade et soulever le toit, faire tomber les dernières défenses, je ne broncherai pas.
Tu me fatigues. Mais tu ne m'impressionnes pas. Je te connais pour être fait de toi. Je resterai droit.
Ton hululement sinistre ne m'empêchera pas de dormir. Mieux que ça. Il viendra me bercer.
Me renvoyant à l'enfance, une chambre à Bompas, torturé par l'école et non par tes assauts.
J'ai bientôt quarante ans ma vieille. Je ne suis donc pas né du dernier coup de vent.
Quand je sors par derrière, par le haut bien souvent, te voler un baiser,
et m'envoler dedans.

 

Philippe LATGER
Janvier 2012 à Perpignan

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Jusqu'au point

Publié le

Je sens une présence derrière la vitre.
Je me redresse. A la fois inquiet et enthousiaste.
Cela me fait frissonner. Ou frétiller. Comme lorsqu'on sonne à la porte quand on n'attend personne.
C'est toi ? Je sens ce regard comme celui insistant que l'on a la sensation d'avoir sur soi.
Je range ce qui est en désordre, à la hâte, du linge qui traîne, des papiers, mes cheveux.
Oui, bien sûr, même si c'est toi. Surtout si c'est toi !
Je regarde à travers la vitre. J'essaie d'apercevoir quelque chose ou quelqu'un.
Geneviève ? Alexandre ? Nancy ? Martine ? Je m'approche pour tenter d'y voir plus clair.
Je plisse les yeux pour forcer la distance. A travers un rideau de mots. Michel peut-être ?
La lumière orange me fait délirer. La Tramontane me fait perdre la tête. Perpignan. Dernier asile.
Le silence aussi pourrait me fourvoyer. Je regarde autour de moi. Personne. L'immeuble est vide.
Personne ne lit par-dessus mon épaule. J'avais bien organisé ma vie pour ça. Et pourtant.
Je sens ce regard qui suit chaque mot aligné, côte à côte, pour le conduire au bout de la phrase.
Revenir à la ligne avec moi, pour aller ici au bout de la suivante. Là. Et s'arrêter au point.
Je suis suivi pas à pas. Cela terrifie le parano et flatte la midinette. Suivez-moi jeune homme.
Alors, j'aurais ce pouvoir ? D'emmener ce regard où je veux. De l'orienter à ma guise.
De l'inviter à se poser là plutôt qu'ailleurs. Tiens... par exemple. A Rome... Vous connaissez ?
L'explosion de couleurs, de scooters, de fontaines, de la Piazza Navona. Le soleil au plus haut.
C'est midi. C'est l'été. La chaleur étouffante. L'Italien est chantant. Et nous cherchons de l'ombre.
Et vous n'avez pas le choix, je vais vous traîner jusqu'au Campo dei Fiori, parce que je l'ai décidé,
qu'il est vital pour moi de vous conduire aux pieds de la statue fantastique de Giordano Bruno.
Ok, vous pouvez me lâcher en cours de route. Mais si vous me suivez... tiens... où d'autre ?...
Hong Kong. L'air est aussi épais qu'humide. Il sent le poisson et le pétrole. Tout est poisseux.
Nous descendons une ruelle escarpée entre les tours d'habitations, les échafaudages de bambou...

Attendez... Véronique ? Michel ? Anne ? Geneviève ? Alexandre ? Qui est là ?...
Vous ? Dont je ne connais pas le nom ? Et dont je n'ai pas même idée de l'existence ?
Tu parles d'un pouvoir. C'est ce regard qui a un ascendant sur moi. Qui me dicte ces mots.
Je me redresse. Je rentre le ventre. Je m'éclaircis la voix comme si j'allais dire quelque chose.
Quelque chose d'important. Quand il me faut ouvrir la porte. Ne pas vous laisser de l'autre côté.
Je prépare du thé, du café. Entrez, entrez ! Installez-vous, faites comme chez vous. Welcome !
Je n'ai pas l'habitude de recevoir, mais j'ai tout ce qu'il faut, si vous avez faim ou soif.
Servez-vous. Open bar. Je vous laisse le meilleur fauteuil que je n'ai pas mais que vous imaginerez.
A votre convenance. Variateur de lumière. La musique. L'ambiance. C'est vous qui décidez.
Qui me menez par le bout du nez jusqu'au bout de la phrase, de la ligne, jusqu'au point.
On oublie Rome et Hong Kong. Je suis avec toi. Peu importe l'endroit.
A ton regard à toi, que je reconnais soudain, au travers de la vitre, qui me glace le sang,
me donne un coup de chaud, je devine l'envie de comprendre où je veux en venir.
Je sens tes yeux sur l'écran qui suivent ces quelques lettres, auxquels j'aimerais plaire.
Lorsqu'à travers la vitre d'un ordinateur, d'une tablette, d'un téléphone, il y a des personnes.
Des univers singuliers. Des montagnes de joies, de paniques, d'émotions et de doutes.
Que je veux embrasser, le plus fraternellement du monde, que j'aimerais soigner ou distraire,
que je cherche à apprendre pour m'apprendre moi-même, et qui m'obligent à faire ce que je fais ici.
Je fronce les sourcils. J'essaie de percer la fenêtre. Je m'approche pour voir qui est là. Qui me lit.
La distance entre le regard et l'écran, des deux côtés n'est pas grande. Et je vous sens si proches.
Si c'est toi mon amour, je t'écris que je t'aime. Et si tu es quelqu'un d'autre, je te l'écris quand même.

 

Philippe LATGER
Janvier 2012 à Perpignan

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Sur mesure

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Dans dix ans. Dans vingt ans. Je serai encore en écharpe. A ton cou comme un paresseux.
Avec mes bras pour étole. Mes baisers en pendentifs. Ma peau comme manteau.
L'avant-bras te ceinture. Mes mains comme un gant où tu glisses la tienne.
Tu pourras te vêtir de mon corps décousu. T'y envelopper pour nous tenir au chaud.
Ma bouche est un col châle. Mes cheveux le manchon pour les soirées d'hiver.
Où tu passes tes mains en pensant au chemin. En songeant à demain. Le soir à la veillée.
Au coin du feu, repriser mes mâchoires. Me recoudre la tête. Repasser mes épaules.

Dans vingt ans. Dans trente ans. J'aurai un peu fané. Rétréci au lavage. Mais toujours à ta taille.
Mon corps dans son carton comme fond de vestiaire. Il faut le voir sur soi. Ravi aux essayages.
Il faut le voir sur toi. Quand il colle à la peau, qu'il épouse tes formes.
Tu me sors du placard. Me jettes sur le lit. Je viendrai t'embrumer comme un déshabillé.
Gorgé comme une éponge. L'éponge du peignoir. Je m'enroule à tes hanches à peine déplié.
Je resterai léger. Que tu puisses me porter. Le vieux pull favori pour rester à rien faire.

T'emmitoufler dans ma chair en guise de polaire. Quand de tous mes tissus je viendrai t'embrasser.
Dans trente ans. Dans quarante. Je serai ce patchwork cent fois raccommodé.
Dont tu n'auras pas eu le cœur de te débarrasser.

 

Philippe LATGER
Janvier 2012 à Perpignan

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A bon chat bon rat

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C'est un gros chat qui ronronne dans mon lit. Dans mon lit-bureau. Lit-bateau. Lit-radeau.
Un gros chat que je caresse. Se laisse caresser. Semble se plaire là où il est.
Le chat, ça change des chiens. Animaux prétendus fidèles.
Je n'ambitionne pas de devenir propriétaire d'un être vivant. Quel qu'il soit.
J'aime l'indépendance. Et ceux qui aiment leur liberté. D'ailleurs, le chat s'en va. Assez joué.
Monsieur considère qu'il a mieux à faire ailleurs. Soit. Je respecte. Je souris. J'éclate de rire.
Je ne veux rien retenir. Lorsqu'on me le reprocherait ensuite. Je ne veux rien contraindre.

Ne veux pas faire à d'autres le chantage affectif que je n'aimerais pas qu'on me fasse.
Chacun son truc. Chacun son rythme. Son modus vivendi. Je ne le prendrai pas perso.
Tu veux, tu restes. Tu veux plus, tu t'en vas. Je n'en mourrai pas. Tout sera bien pour moi.
Je préfère qu'on soit bien chacun de son côté que mal ensemble.
Je n'aime pas qu'on se force. Que l'on fasse semblant. Allez. Allons. Ne perdons pas de temps.
Impressionné par ceux qui se jurent fidélité pour la vie devant Dieu. Le sens de l'engagement.

Encore plus impressionné par ceux qui s'y tiennent. Qui respectent le contrat à la lettre.
Jusqu'à la mort. Droits dans leurs bottes. Je ne les envie pas. Je les admire.
Le mariage. Quelle drôle d'affaire. Voilà bien une chose qui me dépasse.
Pour moi qui suis un chat. Qui mange quand il a faim. Qui dort quand il a sommeil.
Qui s'en va quand il s'ennuie. Qui aime bien qu'on lui foute la paix.
Je ronronne dans mon lit-panier. Dans mes ronds de fumée. Et j'observe le temps.
Pas tant le temps qu'il fait. Le temps qui passe. Que je regarde passer. Qui ne fait que passer.
Qui s'en va. Lui aussi. Décidément. Que je ne retiendrai pas. Je respecte. Je souris. J'éclate de rire.
Oui. Je trouve ça drôle. Tout est drôle. Quand la même chose serait capable de me rendre triste.
Je vais continuer à vieillir. Si ma santé le permet. Et je suis d'humeur à trouver ça formidable.
Devant Dieu, je jure que je t'aimerai jusqu'à la mort. Même si la vie nous sépare.
Cela ne me pose aucun problème. Je suis sûr de moi. Parce que je n'oublie rien ni personne.
Je peux le faire parce que j'aime bien pouvoir tenir mes promesses.
Et que je sais être fait de tout l'amour que j'ai reçu. Je suis fait de toi. De la même façon.
Tu es donc avec moi même quand tu n'es pas là. Tu es avec moi tant que je suis avec moi.
Et tu le seras encore quand je me serai quitté.

C'est étrange comme on entre dans la vie de quelqu'un.
Sans savoir la place qu'on nous donne. Sans savoir avec qui l'on cohabite.
Pour ma part, pas besoin de m'ouvrir la porte pour entrer ou sortir. Une chatière suffit.
" Non, ne vous dérangez pas... je connais le chemin. " Pas de punition pour qui aime sa liberté.
On sort de là, et la vie recommence. L'aventure continue. Tout redevient possible. Ouvert. Infini.
En rôdant dans les rues, en faisant les poubelles, il m'arrive de penser à tous mes hôtes.
Quand je fais mon poids de tous ces visages, que je pèse de tous ces sourires. Emouvants.

Un rat me regarde faire. Il fume une clope assis sur le trottoir. " Tu cherches quelque chose ? "
Faut-il que ça deale ans ce quartier... " Merci. J'ai ce qu'il me faut. Et toi ?... "
Je m'approche en balançant ma queue et me poste devant lui. " Et toi. Qu'est-ce que tu cherches ? "
J'ai posé mon cul de chat sur le marbre un peu frais et il m'a parlé, parlé, parlé, toute la nuit.
Un rat et un chat peuvent fraterniser. Il était entré dans ma vie. Quoi... l'espace d'une nuit ?
Je crois que ça lui a fait du bien. Et ça ne m'a pas fait de mal.

Quand nous cherchons tous un peu de chaleur animale.
Oui, c'est drôle de rencontrer les autres. D'entendre une voix qui n'est pas la sienne. Y répondre.
Mener une conversation. Toujours truffée de malentendus même lorsqu'on croit s'entendre.
Je me suis fait des gens des images inexactes. Même de mes proches. De mes propres parents.
Quand on se fait toujours des autres les images qui nous arrangent. Ou celles que l'on peut.
Nous sommes seuls à bord pour tirer des conclusions sur l'être qui nous parle. Qui nous répond.
Seuls à nous faire une opinion. Quitte à nous tromper. Il n'y aura personne pour nous reprendre.
Corriger les copies de nos intimes convictions. Lorsque se tromper n'a pas grande importance.
Dans la mesure où les autres pareillement, se trompent toujours sur vous.
Ce qui est amusant, c'est qu'à force d'erreurs il arrive que l'on se trouve.
Qu'il y ait une concordance des images fausses que l'on se fait de l'autre. L'un et l'autre.
Et j'imagine que c'est cette fusion d'illusions convergentes qui esquisse ce que l'on tient pour vérité.
Je suis surpris d'entendre des amis parler de moi à d'autres. Est-ce vraiment de moi qu'ils parlent ?
Il y a des aspects du portrait dans lesquels je peux me reconnaître, et d'autres totalement inventés.
Je comprends que, de la même façon, j'imagine de mes amis tout autant que je ne sais vraiment.
Et avec toi ? Mon amour ? Quelle est la part de ce que je sais, et celle de ce que je fantasme ?
Nous nous racontons la même histoire qui n'est fatalement pas la même, parce que tu es toi,
parce que je suis moi, mais cela n'empêche pas le miracle de nous sentir à l'abri, éternels, et heureux,

miracle qui peut être illusion, mais n'en existe pas moins. Pour être perçu par deux.
Je reviens par la chatière m'étirer sur le lit. Je n'ai aucun maître. Mais je n'ai pas sept vies.
J'en ronronne une avec toi. Pour décupler sa force. Libre d'en avoir besoin ou simplement envie.

 

 

Philippe LATGER
Janvier 2012 à Perpignan

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La fièvre de l'hippodrome

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La campagne commence à me happer.
Comme chaque fois, je me dis que je passerai à travers, que j'irai juste faire mon devoir.
Mettre un bulletin dans l'urne, le Jour J. Et zapperai les débats avec indifférence.
Quand c'est toujours la même chose. Que le monde politique est prévisible.
Et que j'aurai mieux à faire que de suivre les escrimeurs dans leurs joutes truquées.
Les combats ressemblent moins à la boxe qu'au catch américain, bien plus ostentatoire,
exubérant, où tout est surjoué, pour le spectacle, lorsqu'on s'embrasse en coulisse avant d'aller dîner.

Je me dis blasé d'abord, aux premières rumeurs, et hermétique aux sondages auxquels je ne crois pas.
Convaincu, au point où nous en sommes, que la démocratie est une pure arnaque.
Et qu'il n'y a qu'une révolution, un soulèvement, la violence, qui pourraient changer les choses.
A quoi bon aller voter si ce n'est pour honorer la mémoire de ceux qui se sont battus pour ce droit.
Je pourrais voter blanc. Quand je n'ai pas envie de cautionner les arrangements entre amis qui suivront.
Il faut bloquer le pays. Occuper les bureaux. Couper les voies de communication. Tout casser.

Changer la classe politique trop installée et vermoulue. Repliée dans le népotisme et la consanguinité.
Tabula rasa. Le temps - toujours trop court - de régénérer les élites, avant qu'elles ne sombrent
fatalement, tôt ou tard, dans les mêmes travers de façon humaine ou mécanique.
Et puis, comme toujours, des candidats se déclarent. Et mes résolutions vacillent.
Les annonces et les dépêches commencent à pleuvoir. Certaines me font bouillir.
J'essaie de faire face, de ne pas céder. Mais la passion s'enflamme pour être réveillée.
Chaque fois, j'envoie valser ma posture dédaigneuse, abstentionniste, lorsque je me trouve un favori.
Plus que cela : le candidat qui porte radicalement ma façon de penser. Qui l'incarne. La défend.
C'est un réflexe qui relève de l'addiction. Du besoin. Et j'ai la faiblesse de ne plus résister.
Mes doutes sur le pouvoir réel des élus s'évaporent. J'ai à nouveau envie de croire. De faire confiance.
Et je me précipite avec gourmandise sur l'évolution de mon champion au feu vert que je me donne.
Il peut peut-être y avoir une révolution tranquille, qui ferait l'économie de la vengeance et du sang.
Une alternance comme la France n'en a plus connue depuis 1981. Un changement de cap.
Il s'agit peut-être de donner une chance à la démocratie. Tant que le peuple n'a pas encore faim.
Puisqu'à ce point de non-retour, autour duquel nous dansons dangereusement, dont on s'approche,
dont on se sert, plus rien ne pourra contenir la rage de survivre.


 

Philippe LATGER
Janvier 2012 à Perpignan

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De Bérou à Baillerou

Publié le

Bayrou ? Ce n'est pas le désert qu'il a traversé pendant cinq ans, mais le pays.
Les médias pouvaient feindre de s'inquiéter pour lui, quand on l'a laissé sans députés au parlement,
sans aucun succès du MoDem aux élections intermédiaires, et qu'on ne le voyait nulle part en ville,
ni à l'étage du Flore, ni à la Closerie des Lilas, si ce n'est retranché avec Marielle rue de l'Université.
Beaucoup ont été trop occupés à charger le Président de la République sans penser à la suite.
Et il ne restait plus qu'à mettre en scène des Primaires socialistes, où il était manifeste que seuls

Arnaud Montebourg et Manuel Valls avaient quelque chose à dire.
Pendant cinq ans, l'opposition n'avait pas travaillé,
comptant plus sur le rejet de Nicolas Sarkozy que sur la très espérée candidature de DSK,
lorsque la presse, dans son ensemble, a tout fait pour pousser l'opinion dans ces deux sens.
La critique systématique, souvent outrancière, du chef de l'Etat, parfois limite d'une part,
et les débats, chroniques, ou éditoriaux, sondages choisis à l'appui, où le Tout-Paris piaffait
d'autre part, avec foule de journalistes et commentateurs se tortillant de désirs comme des érotomanes,
qui voulaient enfermer Dominique Strauss-Kahn à l'Elysée sans même lui avoir demandé son avis.
Malheureusement pour eux, et l'on fut témoin de la panique horrifiée de tout ce petit monde,
bien mal contenue, aux images de leur héros menotté à New York, l'Amérique avait cassé leur jouet.
Eux qui l'avaient tant désiré... comment une vulgaire femme de ménage avait-elle pu lui dire non ?
Toujours est-il qu'il était devenu urgent de tout miser sur l'impopularité du Président Sarkozy.
Lorsque le show des Primaires aurait lieu sans leur champion. Et que personne n'avait rien préparé.
Montebourg et Valls, décidément trop brillants et trop jeunes, ont été renvoyés à leurs études.
Et, comme l'avait annoncé Denis Jeambar remarquablement en avance, Hollande l'a emporté.
Un homme d'une grande qualité sans doute, mais qui a l'inconvénient d'avoir été choisi par défaut.
Le relooking de circonstance, la vraie fausse bonne idée du pacte générationnel, quelques vannes,
l'imitation de François Mitterrand devenue mimétisme, et l'expérience de la synthèse ne suffiront pas.

Le PS, pour peu qu'il veuille vraiment le pouvoir, parie donc sur l'effondrement de Nicolas Sarkozy.
Le centriste, lui, même seul, est à sa place. Mais pas immobile. Il a creusé son sillon. Ce depuis 2002.
Il avance à son rythme. Ne se laisse pas distraire. Avec une détermination farouche. Indécrottable.
L'homme prend le temps de lire. De rencontrer les Français. De penser. Et d'écrire. En retrait.
Deux livres notamment. Depuis sa prétendue disparition politique de l'après 2007. Il écoute. Observe.
Lorsqu'il n'hésite pas à monter au micro de Bourdin ou Aphatie, non pas pour accabler Sarkozy,
mais pour dénoncer les erreurs d'analyse, les fautes, les manquements de son gouvernement.

Il a soixante ans. Un bel âge. Presque pensé. Assez vieux pour être sage, pas assez pour être gâteux.
Quand les Français ont eu le temps de s'attacher à ce Béarnais à l'élocution singulière,
touchés par la rage de dépassement d'un bègue, enfant de la République, fier de ses origines rurales,
agrégé de lettres classiques, auteur d'une biographie d'Henri IV saluée par tous, catholique assumé
qui défend âprement la laïcité, amoureux des chevaux, ministre honorable de l'Education Nationale
pour, s'il n'a pas été aimé à ce poste, n'avoir pas été détesté, et nous avons suivi son parcours,

distraitement d'abord, jusqu'à cette fameuse gifle que nous avons tous gardée en mémoire.
On aurait pu craindre pour son image. Surprise. Cette réaction a contribué à son capital sympathie.
C'était en pleine campagne présidentielle. Et commença ce sport national qui fut de se moquer de lui.
Puisque, aujourd'hui encore, il est de bon ton de le railler. Sauf que sur dix ans, les lignes ont bougé.
Et l'on se rend compte, sur les principes républicains comme sur la dette, que l'idiot du village
avait la bonne vue de ce qu'il advenait, et si nous continuons à rire de lui, nous n'en pensons pas moins.
Même sa caricature aux Guignols le présentant comme un enfant obsessionnel participe au charisme,
comme la marionnette de Chirac, à l'époque, où, sous la plaisanterie, le sarcasme cède à l'affection.
Obama avait une histoire personnelle propre à séduire l'Amérique. Une chose à ne pas négliger.
Bayrou, comme Mitterrand, n'en déplaise au PS, appartenant autant aux lettres qu'à la terre,
a tout pour parler intimement à l'inconscient collectif des Français.
Capable de colères qui peuvent faire sourire, ce qui est ridicule de sa façon d'être et de s'exprimer
disparaît à la justesse de ce qu'il dénonce, lorsqu'on devine la haute vision qu'il a de la République.
La séparation des pouvoirs. Le multipartisme. La Justice. L'Education. La Laïcité.
L'homme a des valeurs. Du courage. De la suite dans les idées. Une cohérence.
Et l'on trouverait en lui une force tranquille, qui lui donnerait presque une allure présidentielle.

Il fallait bien dix ans pour que les deux parties en présence soient prêtes. Lui. Et les Français.
Lorsque c'est le candidat, parce qu'indépendant, seul, sans machine électorale archaïque,
qui use le moins d'éléments de langage et de langue de bois, qui leur parle le mieux.
Ce point de rencontre n'est peut-être pas un coup de foudre.
A la hauteur de celui que l'Amérique a eu pour Obama. Certes.
Ici, la popularité de cet homme s'est construite sur la durée, lorsqu'il fallait comprendre.
Comprendre pourquoi refuser l'alliance avec l'UMP. Pourquoi dissoudre l'UDF.

Pourquoi rompre avec cette habitude de la Vème République de voir le centre pencher à droite.
Il y eut une confusion tenace pour ceux qui persistaient à ne pas voir les lignes de fracture.
Les mêmes. Au PS comme à l'UMP. Pour ou contre l'Europe. Bayrou avait changé le cadre.
Lorsque le clivage historique droite/gauche avait déjà sauté au référendum sur Maastricht.
Qu'à celui sur le Traité Constitutionnel, c'est le PS qui avait failli exploser en vol.
Quand les uns disaient oui. Que les autres disaient non. Et la droite était aussi coupée en deux.

Bayrou est ce paradoxe que je partage, qui est celui du fédéralisme européen :
dans le désordre de la mondialisation, reconstruire une souveraineté à la France d'une part
avec une VIème République où Montebourg aurait sans doute son mot à dire, et ajouter
d'autre part, une souveraineté européenne, complémentaire, scrupuleusement démocratique,
pour défendre nos intérêts et nos emplois face aux pays dits émergents avec deux trains de retard.
Souveraineté nationale ET européenne. Ce n'est un paradoxe que pour ceux qui n'y croient pas.
Lorsqu'on sait déjà pourtant, à échelle nationale, conjuguer Départements, Régions et Etat.
Et donc attribuer des prérogatives différentes à différents échelons de l'administration.
L'Etat a déjà été dépouillé avec la décentralisation. Il faut redistribuer les cartes plus clairement.
Réorganiser le territoire pour que ça marche, en abandonnant le Département par exemple.
Ce qui sera fait dans le cadre de nouvelles institutions, d'une nouvelle République.
Pour épouser au mieux un fédéralisme dont nous aurons besoin, notamment au moment où
Obama annonce qu'il redéploie la force militaire américaine en Asie, au détriment de l'Europe,
et que nous aurons sans doute à nous préoccuper d'assumer notre propre défense bientôt.
La crise des dettes souveraines nous hurle de les mutualiser au plus vite.
Et nous avons, dans la construction de cette Europe politique, pris un retard préjudiciable.

Comment les journalistes, en 2007, ont-ils pu à ce point faire semblant de ne pas comprendre ?
" Mais alors ? Vous êtes où ? Ni à droite, ni à gauche ? Les deux à la fois ? "
Fallait-il à ce point insulter notre intelligence en ramenant la pensée dans ce tiroir manichéen,
hors de propos, plus rétrograde que conservateur, lorsqu'on veut sortir de la crise par le haut.
En effet, ce fédéralisme est défendu par beaucoup, de Delors à VGE, de Moscovici à Hervé Morin,
séparés par une ligne de front, désormais désuète. Celle creusée par la Vème République.
Il n'y a qu'à voir qui se dit pour l'Europe et qui se dit contre pour situer le nouveau clivage.

Sachant qu'être pour l'Europe sous-entend que l'on souhaite une Europe fédérale.
Pour remettre le droit et la loi face aux mafias et aux lobbies. Face à la finance en somme.
Quand ces derniers ont déjà changé d'échelle depuis longtemps.
Une majorité autour de Bayrou est donc tout à fait possible. Quand elle est déjà faite.
Lorsqu'il serait plus confortable pour lui, à l'heure actuelle, alors qu'il bénéficie de si bons sondages,
d'engranger quelques ralliements venant de gauche, pour compenser ceux, assez spectaculaires,

d'Arnaud Dassier et de Philippe Douste-Blazy.
Nous voyons bien, avec ceux, à gauche comme à droite - puisqu'il y en a des deux côtés -
qui disent vouloir sortir de l'euro pour ne pas dire sortir de l'Europe, qui ne soutiendra pas Bayrou.
Considérons que les autres, et cela ne semble pas effrayer Eva Joly, pourraient travailler avec lui.
Il s'agit de rassembler. Et si François Hollande a cette expérience utile de la synthèse,
qui a réussi à tenir ensemble au PS tant de courants contradictoires, notamment sur l'Union,
Bayrou pourra rassembler, du fait de sa position, bien au-delà des centristes et des écologistes.
Puisqu'il ne prône pas l'union de la gauche, mais le plus grand rassemblement possible.
En rupture avec la politique affairiste et oligarchique de ces dernières années.
Reconstruire la démocratie française et construire enfin une démocratie européenne.
Puisque ce sont les outils indispensables pour permettre par la loi et l'impôt l'harmonisation sociale,
pour obliger les hors-la-loi - au sens littéral - à accepter des règles et participer à l'effort collectif.
Sans quoi toute tentative de réindustrialisation serait vaine. Quand il nous faut produire des richesses.
Les Bouddhistes ne le disent-ils pas ? La voie du milieu est la voie de la sagesse.
Celle de la réconciliation. Et à l'épreuve de ce qu'il nous faut accomplir, il n'y aura pas d'eau tiède.
Le sondage d'aujourd'hui est plus qu'un frémissement en faveur de François Bayrou.
En phase avec les Français. Quand, il n'y a pas de mystères, il a passé cinq ans à les rencontrer.
Quand sa traversée n'a pas été celle du désert, mais du pays tout entier...
qui n'en est pas encore un.

 

Philippe LATGER
Janvier 2012 à Perpignan

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