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textes

Natochka

Publié le

" Does anyone, on this earth, still remember Bette Davis ?
- Tu plaisantes ?... Les jeunes ne savent même pas qui est Elton John.
- Judy Garland ?...
- I'm really, really sorry darling.
- Has the time erased everything ? Everyone ?... "
Le rouge à lèvre vint graisser une pellicule de buée sur le verre de vodka.
La boule à facettes tourne sur une piste déserte.
" Where the fuck has my audience gone ? Tell me. Tell me please.
Did they go off to applaud those... clowns ? Really ?... Shitty drag queens. "
Karaoke. Somewhere over the rainbow ... Faux cils. Poudre de riz.
L'impayable Natochka Myers a pris du poids.
" All the men where at my feet... you know that, right ?
- Yes I do Natochka. I remember. "
Elle menace de s'effondrer de son tabouret, se reprend, et se penche,
dangereusement, en équilibre, sur mon oreille.
" Take me to those drag queens whores... I want to see, to see their show, please.
I need to understand baby, you understand ? Please. I'm very serious. "
Le boa dans la bouche, il fallut dégager un talon du repose-pied du tabouret.
" Tu es sûre ?... Ok, doucement. On va y aller doucement. "

 

Philippe LATGER / Février 2026

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Détachement

Publié le

La fureur s'éloigne, celle des nuits agitées, tempêtueuses,
pour laisser la place à ce silence intérieur qui s'installe lentement,
mais sûrement, dans l'habitacle de ma voiture, dans ma poitrine,
dans mon crâne et dans mon ventre, dans mon parebrise, et me voilà qui sors,
pour faire quelques pas sur la plage, où me sera promis un spectacle connu.
C'est l'aube qui vient poindre. Une lumière monte depuis derrière le monde.
Les noirceurs fuient au galop comme un troupeau fuit l'incendie.
Elles fuient vers l'Ouest, emportant la nuit avec elles, et je reste debout,
face à la mer, pris d'une gravité tranquille, qui me pousse à m'asseoir ici,
dans le sable encore froid, en tailleur, prêt pour la cérémonie.
Le jour se lève.
Et j'oublie qui je suis.
Le soleil brûle à l'horizon comme je brûle de disparaître.
Et de façon synchronisée, un double mouvement s'opère.
Le soleil se détache de l'horizon à mesure que je me détache de moi-même.

 

Philippe LATGER / Février 2026

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Le faune et le moine

Publié le

J'ai passé 50 ans à tout prendre.
J'aurai donc 50 ans pour donner.

 

Philippe LATGER / Février 2026

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L'alexandrin du mois

Publié le

12

 

Philippe LATGER / Janvier 2026

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L'alexandrin de l'année

Publié le

Jan fev mars av mai ju, jui aoû sept oc nov dec.

 

Philippe LATGER / Janvier 2026

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Work in progress

Publié le

Les doigts sur le clavier déjà, déplacent de l'air pour créer un mouvement invisible.
L'énergie n'est pas perdue pour tout le monde, quand elle est mécanique d'abord.
Les mains dans leur sur-place, s'activent de leurs dix doigts, sur le piano comme sur l'ordinateur.
Ce n'est pas le mouvement paresseux d'un index qui scrolle, commandé par un cerveau anesthésié,
mais celui frénétique d'une volonté d'arriver à quelque chose par ses propres moyens.
Créer un nouveau monde.
Pas un monde de substitution qui viendrait concurrencer l'œuvre de Dieu,
quand ce dernier n'a vraisemblablement rien créé en 7 jours et continue sans cesse de le faire évoluer,
mais un monde qui participe humblement à cette évolution, quand nous sommes de ses exécutants.
S'il nous a vraiment faits à son image, c'est pour nous associer à cette œuvre qui n'est pas finie,
qui est infinie certes, dans sa dimension spatiale, mais aussi dans sa dimension temporelle,
comme nous le laisse envisager l'intuition du Big Bang dans son essence dynamique de mouvement.
C'est en cela que nous sommes des parcelles microscopiques de Dieu, des parcelles à l'ouvrage,
qui individuellement contribuent à l'œuvre collective dans toutes ses dimensions, morales comprises.
Nous composons le monde. Chacun à sa place, à son piano, à son ordinateur, à son chevalet,
chacun à son téléphone, à son pupitre, à son estrade ou à son bureau, nous créons le monde.
C'est une volonté étrange à nous-mêmes parce qu'étrangère à nous-mêmes, qui nous dépasse.
Les musiques et les textes, les tableaux, les récits, les danses et les chants, tout participe.
Puisque l'Humanité fait partie de la chose, et que la chose est Dieu, nous sommes une seule équipe.
Et l'œuvre inachevée est en perpétuelle urgence d'être en chemin, d'aller vers quelque chose,
toujours inatteignable, aux fins qui reculent à mesure que nous avançons, et nous courrons tous
dans ce devoir de produire pour exister, quand nous ne sommes rien d'autre que ce que nous faisons.

 

Philippe LATGER / Janvier 2026

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Prière d'aimer plus fort

Publié le

Le chat pelait une orange
et tu as bu une infusion,
le mariage sut être étrange
et l'amour faire illusion.

 

Philippe LATGER / Janvier 2026

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Ainsi de suite

Publié le

J'ai déjà suivie, cette lumière au bout du tunnel. Dont tout le monde parle.
Elle était merveilleusement attirante, éblouissante, et je l'ai suivie en confiance.
A ce moment où je suis venu au monde. A ce moment où je suis né.
J'existais déjà, avais déjà une existence propre dans le ventre de ma mère.
A l'abri. En sécurité. Et cette existence devait prendre fin.
Et je pensais mourir au moment où je suis né.

 

Philippe LATGER / Janvier 2026

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Centrifugation

Publié le

Prostré, il se répétait cette question, qui devint obsédante, monstrueuse,
qui se répandit en lui comme l'univers en formation au chaos du Big Bang.
A quoi ça sert tout ça ? ...
A quoi ça sert tout ça ? ...
A quoi ça sert tout ça ? ...
La tête dans les mains. Au milieu de toute sa vie qui défilait.
Au milieu de toutes les vies qui défilaient.
Celles des morts et des vivants.
A quoi ça sert tout ça ?
Et tout tournait autour de lui. De plus en plus vite.
Dans une centrifugeuse. Maléfique. Bénéfique. Malveillante. Bienveillante.
Les bonnes pensées. Les mauvaises pensées. Les bonnes actions. Les mauvaises actions.
Les joies et les colères. Les bonheurs et les drames.


A quoi ça sert tout ça ?
A quoi ça sert tout ça ?
A quoi ça sert tout ça ?
A quoi ça sert tout ça ?
A quoi ça sert tout ça ?
Il perdit l'équilibre. Il sortit de son corps.
Il oublia son corps. Il se perdit lui-même.


A quoi ça sert tout ça ?
A quoi ça sert tout ça ?
A quoi ça sert tout ça ?
A quoi ça sert tout ça ?
A quoi ça sert tout ça ?
A quoi ça sert tout ça ?
A quoi ça sert tout ça ? 
A quoi ça sert tout ça ?
A quoi ça sert tout ça ?
A quoi ça sert tout ça ?
A quoi ça sert tout ça ? 
A quoi ça sert tout ça ?

 

Philippe LATGER / Janvier 2026

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Je fais l'amour à mon lit

Publié le

J'étais remonté des profondeurs, et les lumières scintillaient à la surface
comme pour m'indiquer la sortie.
Le sommeil desserrait son étreinte et me laissait revenir à moi.
Il n'y a rien au monde que j'aime davantage que la grasse matinée.
Entortillé dans les draps, le corps me remercie de lui accorder ce sursis paradisiaque. 
Le nez dans l'oreiller, je respire l'intime, les souvenirs d'enfance, ceux de mes nuits d'amour,
où la volupté du réveil fut partagée si souvent avec ceux que je voulais aimer.
Je contractais par jeu les muscles de mes jambes, cuisses et mollets, dans un étirement paresseux,
avant de me retourner dans le désordre du lit, avec ce plaisir merveilleux de n'avoir rien à faire.
Pas de réunions. Pas de rendez-vous. Pas d'obligations. Aucune contrainte. La liberté absolue.
Je pouvais rester au lit sans avoir mauvaise conscience. Aucune urgence à sortir de la chambre.
Le premier café pouvait attendre. La douche pouvait attendre. On ne m'attendait nulle part.
Et ce sentiment confus de disparition, au lieu de m'inquiéter, me remplissait de bonheur.
Quel bonheur de disparaître. Quel bonheur d'échapper au monde. Tout à moi. Rien qu'à moi.
Des restes de rêves derrière les paupières, je me rendormais, me réveillais à nouveau,
gentiment, ne sachant plus trop où j'étais, où ce matin prenait place exactement,
si j'étais à Perpignan, à Toulouse, à Barcelone, Paris ou Montréal, dans quelle chambre était-ce ?
Chez mes parents à Bompas un dimanche matin ? Où je pouvais percevoir l'odeur du pain grillé ?
A Castelldefels, dans la pinède en plein été ? Au château de Caladroy, en plein confinement ?
C'était comme si toutes mes grasses matinées se mêlaient à celle-ci, les plus heureuses,
les plus tendres, amoureuses, libidineuses, érotiques, les plus solaires, les plus chastes,
à l'abri du monde, à l'abri de tout, avec en prime, une victoire incontestable sur le temps.
Le nez dans le traversin, je ronronne. Le temps n'a aucune prise sur moi. Je suis libre.
Personne ne va m'appeler. Aucune notification sur le téléphone. Aucun message WhatsApp.
On me fout une paix royale. Et je remercie Dieu d'être vivant. Je le remercie pour tout.
Ce bonheur de l'enfance. En Espagne et en France. Le bonheur du jeune homme.
Celui qu'il me permet de vivre à l'âge que j'ai. Merci pour la Méditerranée. Pour l'été.
La lumière catalane. Et les neiges du Québec. Et la pluie parisienne. Et les rues de New York.
Merci pour tous les hommes que j'ai aimés. Pour ceux que j'aime encore.
Pour ce corps qui est toujours sensible. Mes cuisses. Et mes mollets. Mes articulations.
Je travaille mes chevilles. Les doigts de pied. Je fais l'inventaire. Je fais l'appel.
Pectoral gauche ? Présent ! Pectoral droit ? Présent ! Abdominaux ? Présents !
Mon corps ronronne dans le baume de mille nuits d'amour, de mille matins amoureux,
de baisers, de regards, de caresses, dont ma peau garde l'empreinte avec mille mercis.
Mes couilles ? Présentes ! Mon sexe est présent. Et avec lui le plaisir qu'il me procure.
Et je remercie Dieu de nous avoir donné un sexe, de nous avoir donné le sexe.
De nous avoir donné le plaisir. Qui ne s'acquiert pas qu'avec le corps.
Mon esprit flotte. Mon âme hésite entre l'envie de rester dans un rêve agréable,
et celle d'ouvrir les yeux pour savourer ma chance. Celle d'être vivant.
Mes jambes s'entortillent lascivement au cadavre de la couette, je fais l'amour à mon lit.
J'embrasse le coussin que je retiens captif dans mon bras. C'était lui. Ce sera toi.
C'était toi. Ce sera lui. Quand le passé et l'avenir se confondent. Entre deux eaux.
Les souvenirs et les souhaits. La mémoire et l'espérance. Tout se mélange dans les draps.
Barcelone et Paris. Caladroy et Bompas. La chambre du château. Et les chambres d'hôtel.
Je remercie le bonheur d'exister. Je remercie Dieu d'exister. Et l'univers. Et ce bas-monde.
Délicieux.

Le paradis existe. Le paradis terrestre. Il est là. Dans mon lit. Hors du temps.
Il n'y a rien au monde que j'aime davantage que la grasse matinée.

 

Philippe LATGER / Janvier 2026

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