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textes

CN Tower

Publié le

Aimer fumer, malgré les avertissements de Health Canada,
une clope ou deux, et d'autres encore, au sommet de la CN Tower.
Le ciel est gris. L'état de New York se dissimule dans les brumes
de ma cigarette king size, protégeant ses petites villes arborées.
Le lac Ontario est une mer jalouse qui sépare deux univers conquis.
Le vertige m'étreint alors que la tour ondule sous le vent,
comme une tige frêle de béton.
Des bourrasques violentent cette fleur monstrueuse.
Insecte terrestre, je vois la ville qui fourmille.
Je veux descendre. Monter dans la Chrysler et filer droit devant.
Laissez-moi quitter ce faux ciel. Je veux fuir Toronto.
J'écrase ma cigarette. M'évanouir enfin dans l'ascenseur.
Retrouver le peuple des insectes terrestres, anglophones ou pas.
Le tramway ébranle le pavé. Déjà, je me sens mieux.
Déjà, il me pousse des ailes. Niagara m'appelle.



Philippe LATGER
Mai 2000 à Toronto

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Montréal - New York

Publié le

Je tourne, en rond... de fumée.
Je suis seul, mais heureux... présumé.
Je sais que tu es là, quelque part, près de moi,
dans mon cœur, mais si loin. Séparés par des mois,
et tant de kilomètres, infinis, interminables.
Je te veux maintenant et je deviens redoutable.
Je brûle de sauter dans un train, à ton cou.
Et je fume en rêvant que tu viens tout à coup,
un sourire penaud au coin de ta bouche,
" je suis là mon amour ", ton baiser est farouche.
Mais tu es de l'autre côté de la frontière,
et j'en veux d'être ici à Dieu, à la terre entière,
au lieu de t'inviter à dîner pour parler de nous,
les yeux étoilés, ma main sur ton genoux.
Te dévorer, te serrer dans mes bras, violemment,
respirer ton parfum, me nourrir de toi, seulement.
Mon désir devient féroce, et l'absence est atroce.
Je tourne en rond, et j'attends mon carrosse.
J'étreins mon traversin et lui dis les mots à l'oreille
que je n'oserai pas te dire, avec d'autres merveilles,
lorsque le hasard nous réunira, peut-être, bientôt.
Je fume en essayant de me convaincre que je suis costaud.
Mais je tourne en rond. Je n'ai qu'une idée en tête.
Elle a ton visage et ta silhouette. J'écrase ma cigarette.



Philippe LATGER
Montréal 2000

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Ensemble

Publié le

Je tremble.
Je t'attends.
J'ai peur de me tromper.
Ensemble.
C'est un beau rêve.
Tu vis à New York dis-tu ?
Je te sens si proche.
Peux-tu me toucher de si loin ?
Je tends ma main dans le vide
et je cherche tes doigts.
Dans l'espoir improbable elle s'accroche.
Je veux t'essayer.
On peut toujours essayer.
J'ai toujours la force de recommencer.
Ensemble ?
Je me relève.
Je veux avancer. Avec toi.
Prends ma main et guide-moi.
Je ne peux plus vivre sans cette idée :
ensemble.

 



Philippe LATGER
Montréal 2000

Publié dans le Damier # 2 ( Editions Feel ) 2001

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Miami

Publié le

Miami éclatée en néons et pastels,
nous avait épatés, de ses plages aux hôtels.
Les yachts sur les canaux et les phares géants.
Le puissant Delano dominait l'océan.
South Beach est incroyable, la folle polychromie,
où bronzerait le Diable, où règne la sodomie.
C'est le culte du corps, monté sur roller-blades,
loin des alligators perdus des Everglades.
Ocean Drive est fou des lignes Art Déco.
Le Streamline est partout sous les noix de coco.
Quand l'hiver est l'été pour le Tropical Style.
Le Colony bleuté, le rose du Carlyle,
se renvoient des couleurs à travers leurs hublots.
Eclate la chaleur et l'amour tombe à l'eau.
Au Breakwater, je veux mon dernier bain de mousse,
me sécher les cheveux, mon jus de pamplemousse.
On muscle les dorsaux, les cuisses et les fessiers.
J'irai au Cardozo, aux clients appréciés.
La faune est à mater, à séduire et masser.
Le désir appâté, brûle des peaux racées.
Miami éclatée en faisceaux lumineux,
sur nous a sulfaté son air libidineux.



Philippe LATGER
Montréal 2000

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Laetitia's Trip

Publié le

Laetitia aime la Floride,
sa plage et ses Cubains torrides.
De ses yeux, elle défait le bandeau,
entre dans le Saloon d'Orlando,
arpente Coconut Grove le soir
et au bar du Marlin va s'asseoir.
De Key West à Palm Beach, elle court,
elle attend du soleil le parcours.
A Vizcaya. Photos. Top Model.
Un jacuzzi ringard au motel.
And Rock & Roll is still alive.

Soirée fashion. Ocean drive.
Je l'ai retrouvée au Delano.
Drapés de Starck. Rythme cubano.

Elle rougit face à Boris Becker,
amène son cocktail à la mer.

Elle noie son rire dans un bocal
et s'endort sous un ciel tropical.
Laetitia aime la Floride,
s'ébroue et plonge dans le vide.



Philippe LATGER
Montréal 2000

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Quatre solitudes

Publié le

Elle tord l'espace, griffe le vide,
les yeux avides, et l'air griffue, ébouriffée,
elle piétine, s'élance, se retient.
Elle embrasse l'espace
d'un instant immobile,
la tempête et le soufre, le temps et la douleur.
Le corps avance, le cœur comme un boulet,
lourd, si lourd comme un pas dans la neige.
Le corps frémit, les spasmes,
puis s'envole, tourbillonne, titube, perd l'équilibre.
L'étoile resplendit puis se brise sur un rocher.
La forme. Le corps est une forme.
Ce n'est plus une silhouette, un contour,
c'est une matière, épaisse, malléable, mouvante,
qui émeut, qui est émue, déborde la peau,
transcende la chair, emplit le néant.
Son corps n'est plus une matière, c'est une arme.
Le charme érogène du mystère. Et la solitude.
La terre mouillée est pétrie sous des mains invisibles.
Façonnée, esquissée, effacée, deux coups de fusain:
la chevelure s'ébroue. Le mouvement.
Plus rien. La créature s'est figée.
Elle arrête le temps. Elle arrête la vie.
Ou la prolonge. Un sursis avant l'avalanche.
Les volutes de ses mèches enflamment les volumes.
Crise d'hystérie. Le corps se débat, il lutte, agonise.
Elle, le vide, la musique et la lumière.
Quatre solitudes.
La crinière électrique vole en éclats.
Puis s'adoucit comme l'écume mourante
sur une épaule déserte.
Ondulation.
Cambrure.
Elle s'étire, se contorsionne, se vrille, se tend.
Elle se raidit, se transforme, se liquéfie, se répand.
Elle s'escrime, chevauche, plonge et trébuche.
Elle fait l'amour à l'espace.
Chut.
L'abandon. Les spasmes.
L'orgasme.
Dématérialisé.
La bête rampe à terre, se hisse à bout de bras,
cherche la lumière, se perd...
Forte. Vulnérable.
Ce n'est plus la condition humaine,
c'est la Condition.
Ce n'est plus la comédie humaine,
c'est la tragédie.
Tourmentée. Assaillie.
Des mains crochues grouillantes de doigts,
fouillent les airs insondables,
essorent des chagrins fantomatiques,
toujours plus haut dans les hautes sphères,
déchirent l'atmosphère.
Et au moment d'atteindre le but,
elles renoncent, relâchent leurs prises.
Chut.
L'arrogance du regard fait de l'échec
la plus puissante des victoires.
Il toise les témoins impuissants.
Le corps s'évanouit, sur une chaise, des valises.
Désarticulée.
La fatigue fait ripaille du pantin.
La lassitude caresse la marionnette,
et par ses caresses la ranime.
C'est un autre souffle. Profond. Rauque.
Une respiration inavouable, insupportable.
Fascinante.
Elle glisse, patine, passe.
Un nuage dans le vent. Une brise.
Le nuage se recroqueville,
les coudes sur le ventre. A terre.
Il cherche son élément. L'eau dans le béton.
Ratisse la pierre de ses ongles.
Prisonnier de son âme, le corps veut parler.
Qui a cru en l'inverse ?
La lumière montre le chemin.
Elle relève le défi.
Elle relève le visage.
Elle comprend. Elle devine.
Les bras en croix, elle a trouvé...
une seconde, ou deux... de sérénité.
Extatique, le cœur n'est plus un boulet.
La neige a fondu.
Elle s'élance vers l'absolu.
Gracieuse, ensorcelante.
Se jette dans la folie,
corps et âme.
Désarmée.
Désarmante.
La violence est une forme de passion.
Une forme. Ferme. Brute. Splendide.
L'ingrate Margie Gillis nous salue et quitte déjà la scène.

Eclaboussés, remués, malmenés...
Elle nous rend à la lumière totale :
la plus idiote qui soit.
Celle de la fin. De la dite réalité.
Je pars, ivre, sur mes jambes incertaines.
Elles sont moins lourdes.
Ce sont les mêmes jambes,
mais la neige a fondu.

 


Philippe LATGER
Montréal 2000

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Tramontane

Publié le

Le vent ventriloque,
siffle et soliloque dans le vide violent.

Et moi ? Je fume...
Le vent virevolte,
souffle et me survolte dans l'avide relent.
Et moi, je hume...
Tramontane natale,
qui me tourmente encore, où que j'aille.
Nostalgie fatale,
qui tournoie dans mon corps et mes failles.
Fallait-il que tu me manques un jour ?
Toi qui m'exaspérais et me rendais fou !?...
Le vent, ventilant les espoirs vers le large au levant,
vers l'horizon vanillé qui vacille au soleil,
vient voler mes envies et les emporte, droit devant,
avec mes rêves enlevés au nid du sommeil.
Intime tramontane chantée,
force imprévisible,
revenant d'une maison hantée
- le titan invisible -
tu ne coules pas dans ces neuves vallées
où j'avais choisi de venir m'installer.
Je ne sens plus ton râle sur ma route.
Je me suis envolé trop loin sans doute.
C'est toi qui as gonflé mes voiles,
et ma poitrine,
et mon âme !
Et dévoilé mon étoile.
Et attisé d'étranges flammes.
Transporté par ta fougue aveugle, au-dessus de la mer,
à contre-courant, j'ai remonté l'espace.
Mon bonheur, dans ta bouche était mourant.
Mon berceau endeuillé.
Je t'ai fuie sur tes ailes en un curieux suicide.
Mais tu portes mon passé dans de folles rafales,
avec ces odeurs de résine et de sable
et de pêche et d'anchois,
qui claquent sur ma peau,
dévalent ma conscience...
Et mon ivresse ici, s'essouffle puis s'affale,
dans une mélancolie écoeurante...
Tu me manques.
Ton haleine soupire dans mes veines son nectar coloré.
La noirceur parfumée du café d'un petit-déjeuner,
le ciel bleu de l'enfance et le jaune des genêts.
Le rouge à lèvres de Maman, l'odeur de la craie,
l'eau de Cologne du matin, l'encens et les vernis nacrés,
la verdure d'une haie de cyprès
et le goût du raisin mûr,
la laque sur ses cheveux,
la vigne vibrante d'abeilles et d'arômes,
et les fleurs,
et le sel de la mer...
Mes racines aériennes sont ancrées dans le ciel désormais,
et ta respiration me les porte aux narines,
me les porte aux oreilles...
et tout m'envahit comme monte un sanglot.
Maudite tramontane !
Qui me harcèle,
qui me rappelle qui je suis.
Nourrice du premier jour au premier amour.
Qui me malmène jusqu'aux terres lointaines où je cherche refuge...
Ne me laisseras-tu aucun répit ?
Je crois t'avoir semée et tu sèmes le doute.
Je ne me suis pas envolé assez loin sans doute.
Je crois être à l'abri sur d'autres continents
mais je sens ton reflux toujours impertinent.
Je t'ai prise avec moi en pensant t'échapper.
C'est en moi dans un rêve écharpé, que tu te lèves la nuit.
Et je sais que tu balaies toujours la cour de mon être,
que tu chasses mes nuages et fais claquer mes fenêtres.
Le vent ventriloque,
siffle et soliloque dans le vide violent.
Et moi, je hume...




Philippe LATGER
Montréal 1999

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