Tramontane
Le vent ventriloque,
siffle et soliloque dans le vide violent.
Et moi ? Je fume...
Le vent virevolte,
souffle et me survolte dans l'avide relent.
Et moi, je hume...
Tramontane natale,
qui me tourmente encore, où que j'aille.
Nostalgie fatale,
qui tournoie dans mon corps et mes failles.
Fallait-il que tu me manques un jour ?
Toi qui m'exaspérais et me rendais fou !?...
Le vent, ventilant les espoirs vers le large au levant,
vers l'horizon vanillé qui vacille au soleil,
vient voler mes envies et les emporte, droit devant,
avec mes rêves enlevés au nid du sommeil.
Intime tramontane chantée,
force imprévisible,
revenant d'une maison hantée
- le titan invisible -
tu ne coules pas dans ces neuves vallées
où j'avais choisi de venir m'installer.
Je ne sens plus ton râle sur ma route.
Je me suis envolé trop loin sans doute.
C'est toi qui as gonflé mes voiles,
et ma poitrine,
et mon âme !
Et dévoilé mon étoile.
Et attisé d'étranges flammes.
Transporté par ta fougue aveugle, au-dessus de la mer,
à contre-courant, j'ai remonté l'espace.
Mon bonheur, dans ta bouche était mourant.
Mon berceau endeuillé.
Je t'ai fuie sur tes ailes en un curieux suicide.
Mais tu portes mon passé dans de folles rafales,
avec ces odeurs de résine et de sable
et de pêche et d'anchois,
qui claquent sur ma peau,
dévalent ma conscience...
Et mon ivresse ici, s'essouffle puis s'affale,
dans une mélancolie écoeurante...
Tu me manques.
Ton haleine soupire dans mes veines son nectar coloré.
La noirceur parfumée du café d'un petit-déjeuner,
le ciel bleu de l'enfance et le jaune des genêts.
Le rouge à lèvres de Maman, l'odeur de la craie,
l'eau de Cologne du matin, l'encens et les vernis nacrés,
la verdure d'une haie de cyprès
et le goût du raisin mûr,
la laque sur ses cheveux,
la vigne vibrante d'abeilles et d'arômes,
et les fleurs,
et le sel de la mer...
Mes racines aériennes sont ancrées dans le ciel désormais,
et ta respiration me les porte aux narines,
me les porte aux oreilles...
et tout m'envahit comme monte un sanglot.
Maudite tramontane !
Qui me harcèle,
qui me rappelle qui je suis.
Nourrice du premier jour au premier amour.
Qui me malmène jusqu'aux terres lointaines où je cherche refuge...
Ne me laisseras-tu aucun répit ?
Je crois t'avoir semée et tu sèmes le doute.
Je ne me suis pas envolé assez loin sans doute.
Je crois être à l'abri sur d'autres continents
mais je sens ton reflux toujours impertinent.
Je t'ai prise avec moi en pensant t'échapper.
C'est en moi dans un rêve écharpé, que tu te lèves la nuit.
Et je sais que tu balaies toujours la cour de mon être,
que tu chasses mes nuages et fais claquer mes fenêtres.
Le vent ventriloque,
siffle et soliloque dans le vide violent.
Et moi, je hume...
Philippe LATGER
Montréal 1999
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