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L'être sans précédent
C'est le liant du trop-plein, du néant, l'élément, le ciment,
du comble et du vacant, c'est le feu, c'est l'esprit, c'est le vent,
le premier mouvement, l'explosion, le départ, le moment.
C'est la lave, le volcan, c'est la bave, le boucan, le retour, le silence et le sang.
C'est le ciel, l'horizon, le soleil au levant, l'infini et la nuit. L'océan.
C'est la force. Le puissant. Le fragile. L'incessant. Le début et la fin. C'est le temps.
C'est l'après. C'est l'avant. Avant ce qui était. Autour du firmament. Le dehors. Le dedans.
Le moteur ondoyant. C'est la cause et l'effet. L'origine de tout. L'être sans précédent.
C'est jamais. C'est maintenant. C'est le sel. Le piment. C'est toujours et l'instant. C'est la mort. Le vivant.
Le mystère aveuglant. La lumière. Le penchant. La matière. Et le souffle. L'éternel. Et le champ.
C'est le doute. C'est le banc. C'est la route. C'est le plan. L'univers en entier. La graine et le présent.
Le poisson. Le torrent. Contenu. Contenant. C'est la chair et le faon. L'absolu et l'absent.
C'est le plus-que-parfait. C'est l'été. C'est l'étang. Le futur. Le printemps.
C'est plus que le bon dieu. C'est l'amour mon enfant.
Philippe LATGER / Avril 2026
Supplique
Si l'Homme est fait pour le Bien,
ne faut-il pas le convaincre
de s'y consacrer, encore et encore,
de toutes ses forces ?
Philippe LATGER / Avril 2026
Allitérations
L'uranium iranien
Philippe LATGER / Avril 2026
Le vent vandalise
Le vent vandalise
tout un ciel déchargé
de ses marchandises,
c'est le diable en danger.
Le vent m'électrise,
il cherche ton point g,
de la prise à l'emprise
dans le ciel dérangé.
Le vent scandalise
les nuages figés,
souffle ses vocalises
aux couchants orangés.
Le vent paralyse
des arbres allongés,
et défait les valises
sous tes yeux épongés.
Philippe LATGER / Mars 2026
Qui a créé ce monde ?
A l'hôpital, il faut d'abord chercher une place sur le parking de surface.
Je ne pense pas aux marches embrumées du Unity ni à celles du Queen.
La pulsation des basses pour exploser le thorax à la noirceur des baisers inondés de whisky.
Une voiture recule dans l'allée pour libérer un stationnement, et je me positionne.
Je mets le cligno et j'attends qu'elle ait accompli sa manœuvre, sans penser aux nuits parisiennes,
ni aux errances alcoolisées dans les clubs de Barcelone, d'Ibiza ou New York.
Le réveil du lendemain dans une chambre d'hôtel à Montréal, un appartement de Budapest.
Je peux garer ma voiture. Tranquillement. Un œil sur l'horloge du tableau de bord.
Je ne suis pas en retard. J'ai 52 ans. Je suis un homme. A ma place.
Chemise ouverte dans les escaliers, des hommes baissent mon pantalon puis mon boxer.
Feignant l'indifférence, je vide mon verre sans broncher. On me fait des choses.
Mais je n'ai aucune de ces images en tête lorsque je franchis la porte automatique de l'hôpital.
Les nuits épuisées au Shanghai de Toulouse. Au Cud et au Dépôt. Paris sent le whisky.
Aucun souvenir des fêtes du Playa, des rencontres nocturnes, ni des prises de risques,
lorsque je me présente à l'accueil pour demander où me rendre pour mon rendez-vous.
La cardiologie est au 4ème étage. C'est ce que l'on me dit.
Et je me rends compte que je le savais déjà pour y être déjà venu pour mon père.
Quand je me poste devant l'ascenseur, je ne pense pas aux sous-sols bordelais
où j'avais mes habitudes, ni aux gens chez qui je me suis réveillé ivre de la veille.
Aucune image des foules de mains dans le noir, ni aux foules de bouches voraces.
Au 4ème étage, je m'avance vers un guichet connu où il ne s'agira pas de mon père,
ce n'est pas sa carte vitale que je tends cette fois mais la mienne.
Le whisky coke du Splash à Manhattan. L'étreinte fraternelle des Sud-Américains.
Leurs baisers fiévreux et envoûtants. Le réveil dans le Queens et la gueule de bois.
Je ne pense pas à tout ça, il est vrai, au moment où l'infirmière apparaît et appelle mon nom.
Je me lève et je la suis dans des couloirs, sagement, sans penser aux danseurs du Campus.
Ni à tous les amants qui m'ont pris dans leurs bras, dans leurs jambes, dans leur bouche.
Le cardiologue, assis à son bureau, répond à mon sourire comme il peut.
Je lui tends la main d'autorité. Qu'il me serre. Je lui demande s'il a reçu mes analyses.
Il me dit que non. Le labo n'ayant pas fait son boulot, je les lui sors sur papier.
Je ne pense pas à tous ces sexes que j'ai essorés et épongés, à tous ces mâles désorientés
qu'il fallait faire jouir, ne serait-ce que pour obtenir la paix du sommeil au creux de l'abandon.
Le cardiologue me montre une machine dont je ne comprends pas tout de suite comment l'aborder.
J'imaginais un vélo. J'identifie un pédalier, et prends quelques secondes pour concevoir la chose.
Le dossier incliné. Le siège. L'emplacement des jambes. Comment enfourcher l'appareil.
Le cardiologue me demande de me mettre torse nu.
Au moment où je retire mon tee-shirt, je ne pense pas au nombre de fois où je me suis déshabillé
devant un homme, devant des hommes, où je me suis exhibé comme un trophée ou un sex-toy.
Torse nu devant le cardiologue et l'infirmière, j'enjambe la machine pour m'asseoir sans discuter.
Je ne pense pas au nombre de fois où j'ai fait des choses sans discuter. Je n'ai pas les images.
Mon entre-jambes sur une sorte de selle proéminente, torse nu, on m'attache les pieds aux pédaliers.
Je ne pense pas au nombre de fois où l'on m'a attaché à des machines, à des sommiers, torse nu,
complètement nu, même si j'étais plutôt de nature à donner des ordres, je pouvais en recevoir.
Je suis loin des images de ces expériences, des images de ma dépravation, lorsque je suis assis,
à moitié allongé, offert à l'infirmière qui me colle des électrodes partout sur le torse.
Je ne pense pas aux nuits chaudes de Miami ni aux clubs de Los Angeles.
Le biceps serré puis compressé dans un brassard, la tête renversée, je ne pense pas aux jeux SM,
ni à ces partenaires zélés et imaginatifs qui se donnaient tant de mal pour m'extirper un orgasme.
J'ai 52 ans. Et je passe mon premier test à l'effort.
Un malaise deux ou trois mois plus tôt. Ma sœur, un ami, m'intiment de voir un médecin.
Je savais à mon manque de sommeil et mon degré de fatigue qu'il n'y avait rien d'étonnant.
Mais j'acceptai pour rassurer ma sœur et mon ami. Va pour le médecin. Et pour le cardio.
Pour les rassurer et pour l'expérience. Je suis à l'hôpital pour l'expérience.
Pour vivre ce que vit mon père. Voir ce par quoi il passe à chaque rendez-vous.
Mais je ne suis pas obligé d'avoir hérité du cœur de mon père et de sa mère avant lui.
On me demande de pédaler. Maintenez la cadence entre 60 et 70 sur le cadran numérique.
Allongé et attaché sur la machine, je pédale. Sans penser aux excès de mes vies passées.
L'alcool et le poppers. Le whisky et la weed. L'afghan et la kétamine. La coke et le GHB.
La gonorrhée. La syphilis. Je ne pense à rien de tout cela. Je pédale de tous mes abdos.
Je ne me vois pas ivre au volant d'une voiture. Je suis à ma performance du moment.
Et je sens mes cuisses qui chauffent. La sensation est agréable. Mon corps est vivant.
Et je rends grâce à Dieu.
Rien à signaler. Pas d'arythmies. Pas d'anomalies. Mon cœur va très bien.
Idem pour les analyses. Même pas de cholestérol. Je remercie ma nature.
Je remercie mes parents pour ce capital santé insolent. J'ai 52 ans. Et je veux vivre vieux.
Revenez dans trois ans me dit-on. On me conseille simplement d'arrêter de fumer.
Je sors de l'hôpital sans penser à toutes ces cuites, à toutes ces inconséquences.
Ni à ces deux décennies où j'ai joué avec le feu. La nuit. La fête. Le sexe. L'alcool. La vitesse.
Je ne pense pas aux risques que j'ai pris ni au mal que j'ai fait quand je m'installe dans la voiture.
Je pense à mon père. Cette force de la nature. A son rapport à la mort. A ma mère qui n'est plus.
A ma mère que je suis encore.
Et je rends grâce à Dieu.
Je reste un instant assis au volant de ma voiture. Et je décide de savourer ma chance.
Celle d'être en bonne santé sans doute. Mais aussi et surtout celle d'être au monde.
Je suis allé au devant de toutes les emmerdes possibles et suis passé à travers les gouttes.
Mon ange gardien est costaud. Il n'a pas démérité quand je l'ai mis longtemps à l'épreuve.
Je fais durer ce moment, sur le parking, avant de replonger dans l'agenda serré de la journée.
Je ne pense toujours pas à toutes les conneries que j'ai faites. Je remercie mes parents.
Je pense à eux et suis reconnaissant. J'ai de la chance. D'être. Mais aussi d'être qui je suis.
Cette chance, c'est celle qui m'oblige. A tout donner. A mes amis, mes amours, mes amants.
A tout donner aux gens.
C'est l'amour qui a créé ce monde.
Philippe LATGER / Mars 2026
Que vieillir est étrange
Au pas lent sur la plage les cheveux se défont pour rejoindre les algues,
se détachent comme des graines de pissenlit blanc, translucides, sur le sable et les vagues,
où nos pieds reproduisent mille empreintes au chemin qui s'allonge au bord de l'effacement,
les voiles de textiles emportées vers le large, avançant encore davantage dévêtus par le vent.
La tête haute, et le nez droit devant, la chair nous déshabille, l'air emporte la peau,
les muscles et les guenilles nous guident au repos, promis au bout de l'anse à la prochaine digue.
La noirceur se retire du menton et des tempes, les paupières s'étirent, au tournant de l'intrigue,
la ligne qui serpente parmi les traces de pas, va dans le même sens, et sans les oripeaux,
la même direction, où l'on va sans savoir mais sûr d'être attendu.
On marche aussi loin que nos jambes nous portent.
Les bagages sur la route, délestés un à un, qu'on laisse pour les autres,
qui pourraient se dit-on s'en saisir ou en avoir besoin, nous nous en déchargeons,
pour aller plus léger, balisent le sillon ou témoignent du passage.
Tous les poids s'évaporent. L'orgueil et la colère. La honte et l'ambition.
Le corps qui s'effiloche, c'est la queue des comètes,
la liberté complète, le pouvoir d'être tout, celui de disparaître.
Et l'envie d'exister se change en envie d'être.
Le carton abîmé, l'enveloppe s'érode, aussi vrai que le cœur s'améliore.
A mesure que la chair se dégrade, l'intérieur se renforce, c'est une mise à nu,
le contenant se retire à vue d'œil pour mieux mettre en lumière le nouveau contenu.
On apprend à mourir, à se quitter soi-même, à s'éloigner tout seul de qui l'on a été,
abandonnant enfin ce qui nous empêchait d'être bon, d'être sain, le meilleur de nous-mêmes,
dégagés des lanières et des fils à la patte, de toutes les vanités,
pour se fondre au vivant, la joie de ressentir la force du présent permise au pur esprit,
que nous serons bientôt, chez les morts et les anges, qui sont déjà nos pairs,
nous guident avec amour, lèvent tous les harnais, les pièges, les entraves,
pour déployer nos ailes et devenir enfin, sans limites, sans contraintes, sans nos chaînes d'esclaves,
toute notre nature et notre immensité.
Philippe LATGER / Mars 2026
Léger et fine lame
Il inspirait des drames, le diable et son émoi,
il attisait les brames, mais n'était pas la proie.
Il dansait dans les flammes, glissait entre les doigts,
faisait bander les dames, et jouir ce qui rougeoie.
Il branlait à deux grammes les voyous et les rois,
voulait perdre son âme, mais toujours avec joie.
Il embrassait l'infâme, aimait les plans à trois,
de l'alcool au programme, comme cheval de Troie.
Le Faune est polygame, il avait tous les droits,
des amants haut de gamme et l'embarras du choix.
Le désir comme came, le plaisir faisait loi,
léger et fine lame, le Faune c'était moi.
Philippe LATGER / Février 2026
Qu'est-ce que tu fais ?
Je me repose de toi.
Philippe LATGER / Février 2026
Natochka
" Does anyone, on this earth, still remember Bette Davis ?
- Tu plaisantes ?... Les jeunes ne savent même pas qui est Elton John.
- Judy Garland ?...
- I'm really, really sorry darling.
- Has the time erased everything ? Everyone ?... "
Le rouge à lèvre vint graisser une pellicule de buée sur le verre de vodka.
La boule à facettes tourne sur une piste déserte.
" Where the fuck has my audience gone ? Tell me. Tell me please.
Did they go off to applaud those... clowns ? Really ?... Shitty drag queens. "
Karaoke. Somewhere over the rainbow ... Faux cils. Poudre de riz.
L'impayable Natochka Myers a pris du poids.
" All the men where at my feet... you know that, right ?
- Yes I do Natochka. I remember. "
Elle menace de s'effondrer de son tabouret, se reprend, et se penche,
dangereusement, en équilibre, sur mon oreille.
" Take me to those drag queens whores... I want to see, to see their show, please.
I need to understand baby, you understand ? Please. I'm very serious. "
Le boa dans la bouche, il fallut dégager un talon du repose-pied du tabouret.
" Tu es sûre ?... Ok, doucement. On va y aller doucement. "
Philippe LATGER / Février 2026
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