Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Ambroise

Publié le

Cette rouille aux chaussons de danseuses.
Une plage tragique. Privée d'horizon.
L'univers est rond. Cerclé de barricades écarlates. Le soleil est plomb.
Les ballerines sont souples. Elles sont plates. L'échassier se campe.
Le galbe du mollet. La cheville épaisse. Virile. Lie de vin. Ligne incurvée.
L'arc est bandé. Pleinement armé.
Des cuivres sonnent le tocsin. Rutilent et s'égosillent.
La marmite étamée. Le sang qui bout.
Le coq s'aventure vers le cœur de la cible. Face à face. Kératine brandie.
L'adversaire souffle. La tête basse. La tête lourde.
Sur une large et courte cage thoracique.
Musculeux. Ténébreux. Le charbon. Le charbon ou la suie.
Double érection. Cornivuelto. Menaçante.
Le diable imite sa proie. Trompeur. Il veut son âme. Prend son image.
De l'astrakan. Noir et bouclé.
Ne manquent que les fourches. Deux poignards. Astiblancos.
Et le Diable se regarde. Fixement. Fasciné.
Narcisse se désire. Perlé de gouttes d'eau. Scintillant.
Penché sur son reflet féroce. Prêt au suicide.
Du pourpre et de l'or. Et l'odeur des chevaux. Âpre.
Celle de la peur. Jusqu'à l'onde factice.
Une vague sur le sable. Aux couleurs du rubis. Evanescente. Et le monstre a bondi.
La foudre a frappé. Glaciale. Ou brûlante. De tout son poids. Genoux à terre.
La lame est restée. En corto y por derecho.

Je suis vivant. Je suis vivant. Je suis vivant.
La porte du toril est le couvercle du cercueil dans lequel je suis allongé.
Je suis claustrophobe.
Ne me laissez pas dans cette caisse où je ne peux pas même déplier un bras.
Ils sont croisés de force sur ma poitrine. Et l'air commence à manquer.
Il n'y avait pas un nuage. Le ciel aveuglant au-dessus du cratère.
Et des rires derrière un éventail.
Un peigne andalou. Une mantille. La foule est debout.
Agite des mouchoirs blancs avec colère.
Je suis vivant. Je suis vivant. Je suis vivant.
La chair a été perforée. C'est rentré d'un coup sans résistances. Et je n'ai rien senti.
Des grumeaux de sang remontaient juste dans l'œsophage, m'empêchant de respirer.
Les peones et les capes virevoltaient parmi des flocons de lumière incandescents.
Et cette femme, assise au milieu de la foule, continuait de sourire.
Sortez-moi de là. Je ne peux pas lever le genou. Ni la tête.
Le couvercle est trop près de ma bouche.
Je ne peux pas me tourner sur le côté.
Cette caisse est trop étroite. Je suis claustro je vous dis.
Les gradins tournaient autour de moi comme un manège macabre.
Je suis vivant. Je suis vivant.
Elle, seule, ne bougeait pas, sinon pour s'éventer, ou cacher son visage.
Je savais qu'elle souriait.
Le tissu du drap sentait le gâteau sec. Le sablé.
Et je cherchais la couleur du ciel. Les chevaux.
La Vierge Marie sur son tertre de chandelles. Les amandiers en fleurs.
Laissez-moi sortir.
Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ?
Elle restait assise dans le tumulte, et cachait son visage...
Que je n'aurais jamais dû voir.

 

Philippe LATGER
Février 2009 à Paris

Commenter cet article