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Quelques centimes

Publié le

Il y a des chutes d'eau, des cascades, des torrents,
qui viennent jusque dans la douche t'éclabousser les yeux,
ruisseler dans ton dos, perler sur tes épaules, où je viens me glisser.
Je danse dans ta nuque. Je pleure sur ta peau. Des larmes en averses.
Mais de félicité. Qui s'étirent jusqu'aux coudes à l'intérieur des bras.
Qui s'allongent tant qu'ils peuvent jusqu'au creux de tes reins.
Qui s'infiltrent partout où tes mains me rattrapent quand je deviens vapeur.
Je suis cette pluie fine qui finit en buée sur les parois vitrées.
Fermés les robinets. Tu sors de la cabine. T'enroules dans la serviette.
Et je deviens serviette. Pour mieux t'envelopper. Tamponner ce qu'il faut.
Frictionner. Absorber. Couvrir et tenir chaud. Amplifier la caresse.
Je deviens paréo. Pour épouser tes fesses. Le sarong en coton.
Qui te suit gentiment pour une autre paire de manches.
Et noué sur tes hanches. Hors de la salle de bains.
Je flotte entre tes jambes. Salé et gorgé d'eau. Et suis abandonné.
Puisqu'à ta nudité, il te faut le textile. De ce sous-vêtement. Que je suis devenu.
En rouleaux de réglisse, tes pieds et tes chevilles enfilés l'air de rien,
c'est moi qui te remonte, quand c'est moi que tu hisses,
le long de tes mollets et le long de tes cuisses.
Tu m'installes à ma place. Ajustes mes élastiques.
Et je suis contre toi. Contre ton sexe sombre. Que je couvre entièrement.
Que j'embrasse et respire. En bénissant les dieux de vivre au plus intime.
De ce corps que j'adule. Qui bruisse de désirs. Et moi, toile de jean,
j'effleure tes genoux, avant d'être ceinture ou boutons de braguette.
Je suis quelques centimes. Oubliés dans la poche.
Ce chewing-gum que tu trouves et fourres dans ta bouche.
Le tee-shirt que tu mets. Quand j'aime ta poitrine.
Et je suis le miroir auquel tu te recoiffes, qui te renvoie l'image
que tu voulais de toi, la meilleure qui soit, celle à ton avantage,
qui arrive à te convaincre que tu ne vieillis pas.
C'est celle que j'ai toujours de ta beauté intense.
Ainsi tu te découvres comme je te perçois.
Le charbon et la craie. Et leurs grains de café.
Le goût de la chaleur. La Méditerranée. Qui danse avec ses vagues.
Encercle mes rochers. Frissonnante d'écumes qui couvrent nos baisers.
Quand je serai le sable. Le soleil et l'été. L'huile à ta peau bronzée.
Que tu fais pénétrer. En te palpant toi-même. De tes deux mains ouvertes.
Et j'entends le pas lourd d'un tambour de samba. Qui marche sur la plage.
Irradie ton visage. D'un sourire étonné. A foutre le feu au ciel et faire tomber le jour.
Je serai mille étoiles à renverser ta tête, à rire du bonheur à gorge déployée.
Et l'amour au milieu, à retourner la terre, à mordre l'univers, à tordre la matière.
La vie et ses mystères. Et les rêves de Dieu. Qui dansent en lumières.
S'emmêlent à tes cheveux. Dans une pluie de plumes et d'embruns amoureux.
Il y a des chutes d'eau, des cascades, des torrents.
Qui viennent sous la douche t'éclabousser les yeux.
Et moi le savon qui mousse, je viens couler entre deux.
Et moi le savon qui coule, je viens mousser entre deux.
Entre nous deux.

 

Philippe LATGER
Janvier 2013 à Perpignan

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