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Madeloc

Publié le

" Ainsi donc, la Reine sans-cœur de Madeloc n'était pas si méchante ! "
Cela me paraissait être la moindre des choses, quand personne n'est totalement mauvais,
aussi vrai que personne n'est totalement bon. Il n'y avait au fond que des amours déçues.
Le citronnier était cette porte tambour qui permettait d'aller dans le monde subconscient.
Cette histoire d'envers du décor. De revers de la médaille. La traversée du miroir.
Qui rejaillit souvent par touches à la surface par autant de forages que de passages,
que les rêves permettent, et nous échappent toujours au réveil avec d'étranges sensations.
On ne sait jamais quelle est la part d'imagination pure, et celle des signaux ou avertissements
que nous nous adressons à nous-mêmes, pour appréhender des situations réelles du monde réel.
" Oui, c'est discret, mais j'ai remarqué que les enfants ne passaient jamais de l'autre côté,
qu'aux moments où le baby-sitter finissait par s'assoupir dans le jardin. "
Il y avait là un monde qui était simplement le nôtre mais affreusement déformé.
La moindre créature devenait monstrueuse, en amplifiant à peine les traits et les contours.
Le paysage lui-même est celui, familier, que nous avons toujours connu, mais qui est capable
d'épouvanter dès que des ombres s'y allongent ou qu'il disparaît entièrement aux nuits noires.
Les peurs sont alors libérées, comme des ballons lâchés depuis le fond de l'eau,
viennent frémir à la surface, et les deux mondes cohabitent soudain quand la frontière est mince.
" Je les vois, tous les deux, saisissant ensemble une branche du citronnier, empoignant
ce qui aurait pu aussi bien être la barre d'une porte tournante ou d'un pressoir,
sous la cloche du feuillage protecteur, autour de l'axe du tronc, actionnant un mécanisme..."
Et l'on peut en fermant les yeux, entendre les grincements des rouages, qui accompagnent
le basculement magique d'un monde à l'autre, avec l'ivresse du vertige, aux flocons de lumière,
à la tête qui tourne, au sol qui se dérobe, dans un tourbillon de feuilles et de soleil implacable.
On ne peut traverser vraiment qu'à l'évanouissement.
Ne reprendre ses esprits qu'au royaume fantastique de Madeloc.
Qui offre aussi bien les voluptés de l'épouvante que de l'émerveillement.

 

Philippe LATGER
Septembre 2012 à Perpignan

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