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En progrès

Publié le

Il y a des ouvriers qui vont ouvrir le ventre de ma rue.
Les casques et les gilets fluos sont sortis de leurs camionnettes.
Il y a eu des tracés, à la bombe, des nombres et des flèches.
Sur le goudron rapiécé, où se préparent de nouvelles incisions.
Le son de disqueuses sera couvert par celui des marteaux-piqueurs.
Des rafales de mitraillettes. Le pavé criblé. A l'arme lourde.
Et je règne sur la ruche, presque aussi haut que St-Jean sur son dôme,
celui du porche de la basilique avec sa forme d'ananas,
quand d'autres travaux s'opèrent dans ma propre salle de bains.
Pris entre deux feux. Voilà que ça turbine à l'extérieur comme à l'intérieur.
Le plombier répare le robinet de ma douche. Alléluia. Dieu est grand.
Lorsque mon quartier va gagner en allure et en respectabilité.
La civilisation avance. Y compris dans mon studio. Y compris dans la ruelle.
L'accès au Campo Santo, où des festivaliers ont fait la queue tant d'années
pour découvrir un spectacle sur fond de gargouilles et de cayrou.
L'homme n'est pas la seule chose perfectible en ce monde.
Il y a ses créations. La société. La ville. Les douches et la voirie.
A ma fenêtre, je ne regarde personne partir comme un chat dans la nuit.
Je contemple l'agitation diurne qui n'a rien à voir avec la sortie de la messe.
Celle, habituelle, des passants, des livreurs, des agents, du camion de la fourrière,
que l'armada d'ouvriers est venue écraser de son plan militaire.
Le bruit est infernal. On cherche du pétrole. Des véhicules éructent.
Quand mon plombier se débat avec une installation peu commune,
et que je sens gronder le retour des beaux jours qui viendront m'emporter.
                                             
Depuis l'Alaska et Hawaï en 1959, aucun Etat n'est venu ajouter son étoile
à la bannière constellée des Etats-Unis d'Amérique.
Aux 48 Etats fédérés du Mainland continental, on avait ajouté deux territoires
qui restent les derniers en date à avoir rejoint l'union.

Les Etats-Unis, ce sont 50 Etats fédérés. Et 14 territoires.
Dont Puerto Rico, dans les Caraïbes, qui est un Etat américain organisé,
mais non incorporé à la fédération. Un statut à part.
Et pour la première fois, la population a voté en faveur de l'intégration,
au cours de cette grande journée électorale du 6 novembre dernier.
En marge de la présidentielle, on a compté plus de 170 référendums.
Ceux qui ont permis le vote en faveur du mariage gay dans trois nouveaux Etats :
le Maryland, le Maine et l'Etat de Washington,
de la consommation du cannabis dans ce même Etat de Washington et dans le Colorado,
mais il en est un dont on n'a pas parlé en France et qui ne m'a pas échappé.
Les Portoricains veulent que Puerto Rico devienne le 51ème Etat des Etats-Unis d'Amérique.
A 65% des suffrages exprimés. Lorsqu'ils avaient toujours voté contre cette idée jusqu'ici.
A ce référendum historique pour l'île, le président Obama a répondu que c'était aux citoyens
de décider de leur sort et qu'il respecterait leur décision.
S'il reste au Congrès de voter son accord ou son refus d'intégrer Puerto Rico à l'union,
il n'est pas impossible qu'il faille très bientôt changer tous les drapeaux américains existants,
pour y ajouter une étoile, héritée comme d'autres de l'ancien Empire espagnol.
Et je souris en me repassant tous les thèmes fameux d'une œuvre de Bernstein.
Jusqu'au Mambo mythique de sa West Side Story.
                                            
Je pense à mon amour qui avance. Aux travaux qui commencent.
Et me sens soulagé à l'idée que rien n'est définitif et que rien n'est figé.
Cela me rassure quand je n'ai jamais eu peur du changement.
Lorsqu'il intervient de lui-même, même lorsque nous ne le provoquons pas.

Puisque le temps n'est que cela. Du changement inéluctable.
Capable au sens propre de déplacer des montagnes.
La comédie du Mali peut me rappeler celle de l'Irak.
Avec la même propagande tenue de nous désigner un ennemi. Même approximatif.
Pour justifier les manœuvres et des redéploiements de troupes avec quelques enjeux
plus clairs et compréhensibles que les histoires de Droits de l'Homme ou de terrorisme.
Il y a des répétitions et des disques rayés aux vieilles recettes assurant les hégémonies,
dans les guerres d'influence géopolitique et d'intérêts économiques,
quand il vaut mieux sécuriser les approvisionnements énergétiques
que traquer ces dangereux islamistes que nous finançons et armons nous-mêmes.
D'ailleurs, comme les Américains avec leurs amis et alliés Saoudiens à l'époque,
qui par leur prétendu double jeu ont donné les clés médiatiques de l'Afghanistan et de l'Irak,
la France a ses amis Qataris qui jouent le même rôle, celui de financer l'idiot utile,
le fameux terroriste qu'il faudra venir dénicher aux confins du Sahel.
Et ne croyez pas trop vite aux annonces d'enlisement de nos armées occidentales.
La guerre contre les ennemis de paille peut être perdue. Ce n'est pas celle que nous menons.
Et pendant que les caméras s'attardent sur des conflits incompréhensibles,
quand l'enlisement est commode pour toute armée déterminée à s'installer un bout de temps,
la guerre entre grandes puissances n'est pas couverte : celle du pillage des ressources.
On connaît ça par cœur. Et l'on s'étonne que l'on nous serve encore les mêmes pitreries.
Nos soldats français tomberont avec autant d'honneur pour notre pétrole et notre uranium,
que s'ils devaient tomber pour sauver les populations maliennes des vilains terroristes.
                                            
A ma fenêtre, je n'ai pas envie de cynisme.
Mais simplement d'une bonne douche et de progrès notables.
Lorsqu'à nos vices viscéraux, il reste de bonnes volontés à notre humanité.
Ce sont celles que j'embrasse à cette activité qui ébranle mon immeuble.

Je ne me pose pas la question de l'origine du carburant qui fait rouler ces camions.
Ni celle du combustible, à la source, qui permet d'alimenter mes appareils électriques.
En décidant de ne pas me sentir responsable d'abominations qui perdurent en ce monde.
Je ne veux même pas penser à la chance que j'ai d'être né dans un pays plutôt qu'un autre.
Quand je me tiendrai à celle d'être en vie pour voir ce que je vois.
A celle d'être amoureux. A celle d'être aimé. Au tournant de ce jour.
Qui donne, comme toujours, autant de raisons à l'espoir qu'au découragement.
Et en Pangloss de fortune, tout aussi ridicule, je veux ce qui est plein, sans mépriser le vide.
Quand je dois très égoïstement m'arranger de tout pour jouir de mon existence.
Souligner ce qui est beau, même aux choses très laides, arracher le bonheur,
en toute circonstance, respirer à l'étage ce qu'il me faut d'espoir pour ne pas me jeter.
J'admire ce ballet qui peut mobiliser ouvriers, géomètres, dans la fureur du bruit
qui a soufflé mes fenêtres, quand au fond de l'appart, derrière mon épaule,
un homme s'évertue à travailler pour moi, mon bien, ou mon confort.
J'y penserai bien sûr. A la prochaine douche.
Même si c'est pour l'argent, nous nous rendons service.
Une main pour détruire. L'autre pour réparer.
Pour soi et pour l'ensemble je rêve de progrès.
Je peux être meilleur et veux y travailler.

 

Philippe LATGER
Février 2013 à Perpignan

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