Darcness
Darcness. C'est la lumière de quatre lettres.
Le nom d'une pucelle. Eclairé d'ampoules sur la scène d'un music-hall.
C'était à l'Olympia. Et l'on avait enlevé tous les rangs de sièges à l'orchestre.
Le plancher des vaches dégagé. La fosse aux lions. Au pied de l'idole.
Et l'Olympia ressemblait au Palace des Années 80.
Les lettres illuminées façon Elvis. En liserés d'ampoules jaunes.
Et le petit cul de l'ange déglingué ne demandait plus à quiconque de chercher le garçon.
Le garçon, tout le monde l'avait trouvé en 80. Et je regardais ici ce qu'il en restait.
Accroché au pied du micro qui tanguait avec nous et les noirceurs acides.
Les synthétiseurs de Daniel Varsano, aux prénoms d'une époque.
D'une New-Wave qui pouvait prêter son cul au Punk jusqu'aux heures du Sida.
Blouson noir. C'est le cœur qui est clouté. Qui en crève. Si l'on en croit les titres.
Klaus Nomi. Grace Jones. Ne sont pas dans la salle. Mirwais. Que je cherche.
Et l'ange déchu se déhanche comme il peut sur la scène trop grande.
Qui est-il ?... Je cherche son nom.
Il apparaît alors en grandes lettres d'ampoules derrière lui.
Le nom d'une pucelle. Et des abysses. Des noirceurs obsessionnelles.
Il semble défoncé. Et je lève un sourcil. Comprenant que c'est un survivant.
Le dernier d'une génération décimée par la drogue ou par le VIH.
Il est seul dans la poursuite. Seul avec un délire dans lequel se débattre.
Berry en première partie. Je suis à l'Olympia. Nous sommes en mai 2008.
Quatre lettres rouges sur la façade du boulevard des Capucines.
Le prince en son Palace diffuse une poésie étrange. La jeunesse suicidée.
Etranglée par trente ans de vie de celui qui a oublié de mourir d'overdose.
Le train est passé. Le taxi aussi. Et la star a manqué de mourir jeune et beau.
Voilà qui est plus tragique encore. Aux dégâts des mythes qui vous laissent sur place.
Qui s'envolent sans vous. Mais voilà le témoin d'une époque glorieuse.
Quand j'ai là, sous mes yeux, dans cette obscurité, des armées nostalgiques
sans Thierry Ardisson et sans Marquis de Sade, aux frissons des fièvres électroniques
qui commencent à poindre aux moiteurs du Palace où le sexe est bien vague.
Darcness. C'est la pénombre en quatre lettres.
Ni HERO. Ni SIDA. Il n'y a pas eu d'OD. Ou à retardement.
Ni OD. Ni PD. Mais le garçon, voilà.
Se tenait devant moi sur une scène immense où j'ai trouvé son nom.
Et la lumière est faite.
Philippe LATGER
Mars 2013 à Perpignan
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