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King Size

Publié le

La distance en effet, n'était pas un fossé ou un mur,
mais un trait d'union.
Un lien qui nous lie.
Où que je sois. Où que tu sois.
Nous sommes ensemble.
Quand je me perds dans la bambouseraie.
Que je recoiffe un enfant qui a récupéré son doudou.
Que je me trouve sur un pont de la Basse au soleil couchant.
Le décor est en flammes. Les feux de la St Jean.
Et j'embrasse les arbres qui n'ont pas ta silhouette.
J'écoute les tourterelles dans des éclats de chaleur,
le vent dans les feuillages, l'accélération d'une moto au loin,
le rire des gosses, le ventilateur de l'ordi ...
nous sommes ensemble.

Le Canigou est enneigé. Contraste sur le ciel bleu.
A ses pieds, c'est l'été, ça sent la mer, ça sent la plage.
L'étang de Canet réfléchit.
Jules fait des commentaires. Il parle de tout. Explique tout.
Bientôt 4 ans, et sa vie est faite. Un amour de petit clown.
Je me prends à imaginer que je pourrais avoir des enfants. Les miens.
Que je pourrais être père.
Ma gorge se noue. Le Canigou vibre dans une brume, soudain.
Que le rire de Jules dissipe aussitôt.
Tu es avec moi dans l'automobile. Sur la route. Le front de mer.
Tu es dans la boîte à gant. Sur le tableau de bord. Sur le pare-brise.
La vitre est baissée. La chaleur est pleine de ton parfum.
Ta peau transpire du sable et des embruns.
Le ciel d'avril. A l'aube de mes 38 ans.

Nous sommes entrés sous une tonnelle de glycines en fleurs.
Sur un ponton déroulé comme un tapis rouge sur la pelouse.
Des voûtes d'arbres et de splendides camélias.
Tu es ce point d'eau sous la passerelle.
Tu es le soleil qui joue avec lui et me fait plisser les yeux.
Tu es la main qui me prend par l'épaule ou par la taille.
La tête dans le creux de mon cou quand je regarde le ciel.

Quand je respire ton corps au milieu des abeilles.
L'espace n'est pas libre. Il n'est pas vacant.
La place est prise. N'insistez pas.
Mettez-vous dans le crâne que je ne suis pas seul.
Pas même dans ce lit ouvert sur le crépuscule au premier étage.
C'est un king size. Il est à la bonne taille. Pour deux personnes.
Je m'endors avec toi. Avec ce volume de silence et d'absence.
Que je caresse avec autant de délicatesse que si tu y étais.
Je répète les gestes. Je répète les mots.
Pour le soir où tu réincarneras ce volume fantôme.
Mes doigts dans tes cheveux. Mes pupilles dans tes yeux.
Et je dévorerai ta bouche comme une orange goûteuse.

La distance n'en est pas une.
L'espace, c'est du temps. Et inversement.
Celui que je passe avec toi. Que tu sois là ou pas.
Un mot à ton retour. Bientôt les retrouvailles.
La place est libre. Elle est vacante.
C'est la tienne.


Philippe LATGER
Avril 2011 à Perpignan

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