Deux anges
Je n'aime peut-être pas comme il faut. Je n'aime peut-être pas assez fort.
Peut-être que le maximum que je donne n'est pas suffisant ou ne vaut pas grand-chose.
Je suis prêt à me remettre en question. Avouer mon impuissance.
Quand il semble que je sois condamné à décevoir quiconque veut m'aimer.
Je le sens chez des amis aussi. Il semble que je ne sois pas assez disponible.
Pas assez présent, attentif ou sincère.
Et, comme toujours, cela me donne envie de partir m'installer à Bordeaux,
ou juste de quitter la chambre pour aller dormir dans la pièce voisine.
Le chantage affectif m'épuise autant qu'il m'ulcère.
Me conforte dans l'idée qu'une retraite dans un monastère ou une île déserte
serait sans doute, à qui n'a plus le goût de manipuler son prochain,
la meilleure option.
Voilà six mois que j'écris quotidiennement sur ce blog.
Et je dois ce bonheur aux gens qui m'y ont lu et que je remercie tous.
Des prénoms me viennent à l'esprit que je ne citerai pas pour n'embarrasser personne.
Quand j'ai pris la liberté de le faire parfois, ici ou là, dans le flot de mes exaltations.
Vous vous reconnaîtrez. Je vous serre les mains. Fraternellement.
Et continuerai à écrire pour vous, aussi longtemps que cela vous plaira.
Inutile de taire le nom d'Alexandre Laborie qui m'a fait l'honneur de ce mot sur le livre.
Celui de Véronique Sauger qui m'en a fait un autre en me programmant dans son émission.
Mais s'il y a deux personnes qui me tiennent à cette discipline étrange, inédite pour moi,
que personne ne m'a demandée, consistant à poster chaque jour pour me faire les doigts,
parfois la chair à vif, les humeurs qui me traversent et que je m'emploie à mettre en mots,
ce sont bien mes deux anges gardiens à qui je dédie ce travail, humblement, mais absolument.
Celui qui m'a inspiré tous les textes amoureux pour être l'amour de ma vie.
Qui est le toi obsédant auquel je m'adresse sans cesse et qui est la chair-même de ce blog.
Celui qui m'encourage dans l'ombre à garder confiance en moi, à retrouver la foi,
chaque fois que je perds pied, qui m'assiste et m'accompagne comme personne.
L'un et l'autre, chacun à votre poste, vous êtes la lumière et l'esprit de Casa.
Si je suis la maison, vous en êtes les clés.
Et jamais sans vous je n'aurais pu rentrer chez moi.
Si je ne suis pas toujours certain que le premier ait conscience de son influence,
dans ma vie comme dans ce travail - quand on sait que c'est la même chose -
je sais que le deuxième, pour s'y être engagé corps et âme, y avoir pris une part active,
être témoin de tout, protestera sans doute mais comprendra l'hommage que je lui rends.
J'ai usé les quais de la Basse et l'avenue de la Gare.
Cette ville de Perpignan où je suis venu me réfugier il y a deux ans déjà.
Et, d'un train entier d'anges qui passaient par là, l'un d'eux dont je parlais,
est venu comme vous le savez me rendre confiance en moi et en la vie.
Moi qui ne voulais plus aimer, qui ne voulais plus d'amour, qui y avais assez souffert,
qui me méfiais de tout et de tout le monde autant que je me méfiais de moi-même,
j'ai su dans ma fenêtre de la rue Alfred de Musset que j'avais touché le fond
lorsque ce sourire solaire est venu me dire avec ses sections de cuivres célestes :
le meilleur que tu avais à vivre sur cette terre n'est pas derrière toi.
Lorsqu'à Paris j'avais réussi à me convaincre du contraire.
Et Perpignan, dont je connaissais la route, était mon cimetière des éléphants.
Dans la série " Les auteurs ratés se cachent pour mourir ", j'avais débarrassé le plancher.
Retour case départ. Une formule qui s'est avérée bien choisie.
Quand jamais à ce retour, je n'avais émis l'hypothèse du départ de quoi que ce soit.
Vous connaissez la suite. Le Mont des Oliviers. Le miracle de la rédemption.
Quand il me fallait un endroit où me libérer d'émotions trop brûlantes pour moi.
Moi dont le cœur et le corps étaient devenus secs. Le contraste fut radical.
Violent comme une naissance. Revenu à la vie sans paliers de décompression.
Un coup de talon Place Molière. Et je suis revenu à la surface comme un missile.
De l'air dans mes poumons. Ecrire m'a permis de tenir le choc.
Le meilleur que j'avais à vivre sur cette terre n'était pas derrière moi.
Mieux encore, il était là, devant moi. D'une beauté insolente. Radieuse.
Me rendant à la fois le goût de vivre, mais aussi je le crains, le goût d'aimer.
Le whisky m'économisait bien des questions qui auraient été pourtant judicieuses.
Pourquoi avais-je toujours refusé de m'engager avec quelqu'un ?
Pourquoi ma confiance en l'autre était-elle toujours si fragile ?
Pourquoi n'avais-je jamais réussi à me laisser vraiment aller ?
Mister Hyde, même avec des cœurs sincères, était sans aucune pitié.
Dans ses guerres préventives, la politique consistait à tromper avant d'être trompé.
A quitter avant d'être quitté. A mordre le premier. Et le gars parvenait à en rire.
Rire du désastre dont j'étais seul responsable. Rire de mon malheur et de ma cruauté.
En deux mots quel sale con. Car sale con j'ai été.
Et je n'aurai pas assez d'une vie pour demander pardon aux gens que j'ai blessés.
Le whisky désinhibait la bête. Comme il était utile à éponger ses méfaits.
La part humaine en moi pouvait s'épouvanter des ravages du côté obscur de la Force.
Cette dernière la faisait taire dans un coma éthylique. L'alcool est un poison.
Qui noyait mes scrupules et ma culpabilité à mesure qu'il flattait ma paresse comme ma lâcheté.
Une drogue qui était à la fois le problème et sa solution. La spirale. Le cycle infernal.
En fait, je ne m'aimais pas. Et je me punissais. Et me donnais des raisons de le faire.
Et plus je me détruisais, moins je m'aimais. Ainsi de suite.
Qui autour de moi a pris l'ampleur de mon alcoolisme ?
A part les rares personnes avec qui j'ai vécu. Deux personnes peut-être.
Qui ont tenté de m'aimer. Et qui y sont parvenues malgré mes frasques et mes injustices.
Et qui ont été punies l'une et l'autre d'y être parvenues.
Ma sœur, encore récemment, sembla ne pas comprendre de quoi je lui parlais.
Des amis proches, de longue date, ne comprendraient pas de quoi je parle.
Même ceux qui étaient accoutumés à me voir bourré et changer soudainement de regard.
Cédric le détectait tout de suite : " Tu as tes yeux noirs. "
Plus noirs j'imagine qu'ils ne le sont. Qui sonnaient pour lui la fin de la récréation.
Cela signifiait qu'il ne s'estimait plus responsable de rien, qu'il lâchait l'affaire,
ne voulait rien savoir, et ne cautionnerait pas la suite. La fête était finie.
Et j'allais sans lui continuer à boire, comme un mort-vivant, jusqu'au petit matin.
On me racontait parfois le lendemain, les horreurs que j'avais dites ou faites.
Les mots terribles à l'endroit d'un ami qui venait de perdre son grand-père.
Les saloperies qui, même si spirituelles, n'étaient faites que pour humilier.
Les insanités et les provocations. Qui avaient pu amuser un certain public.
Mais ne faisaient plus rire personne.
Finalement, c'est seul avec mon whisky que je me défonçais au bar.
Que ce soit dans le velours people du Mathis comme aux odeurs de javel du Dépôt.
A Paris, j'étais passé à autre chose. Avais pris le parti d'épargner mes proches.
Que je ne suivais que dans la phase festive de la soirée, avant de m'éclipser sagement.
Pour me donner à mon vice, dans les lieux hype comme dans les pires bouges.
Avec ce délicieux plaisir masochiste que ma mère ne comprenait pas chez moi.
Celui de l'automutilation. Quelle était son expression pour en parler ?... Ah oui.
" Je ne comprends pas qu'on puisse prendre un tel plaisir à se dégrader. "
Se dégrader. Voilà ce qu'elle disait en découvrant ce penchant à mon adolescence.
Quand il s'agissait de s'abîmer. De se dépraver. De se déshonorer.
Et je sais combien elle fut la première victime de mes frasques alcooliques.
La première personne que j'ai blessée. Et déçue.
Voilà donc un ado qui cherchait à faire l'intéressant et méritait sa baffe.
Un ado que je suis resté toute ma vie.
Assez grand pour s'infliger les baffes qu'on ne lui avait jamais données.
Il m'a fallu vingt ans pour me réveiller de ce long cauchemar.
Aux heures fiévreuses de mes déliriums comme d'une syphilis,
j'avais mis trop de soin à me mettre en scène comme poète maudit.
Aux partouzes sordides comme aux exploits pathétiques.
Et l'argent a manqué au point d'imposer un début d'abstinence.
Qui, petit à petit, a dissipé la buée sur le miroir quand l'alcool refluait.
Comme on pouvait le prévoir, l'alcoolisme a cédé la place à la dépression.
Nous sommes en 2009. Rue du Square Carpeaux. Suis tenté de disparaître.
La rue est barrée. Des pompiers dans l'appartement. Je n'ai pas fait de TS.
Un simple malaise vagal. Me suis réveillé nu sur le carrelage de la cuisine.
J'avais appelé SOS Médecins. Foutu un bordel pas possible dans l'immeuble.
Je ne vais pas bien. Je sens que je suis au bord. Très près du bord.
Que je ne contrôle plus rien. Qu'il faut que je réagisse.
A ce stade, je ne pense pas à changer. Je pense à sauver ma peau.
Et je la sauve en montant en catastrophe dans ce TGV dont j'ai déjà parlé.
Je sais que la pauvreté me préserve d'une rechute. Alcoolique abstinent.
A la fin, j'essayais de me limiter à 200 euros par soirée en boisson.
Bloquais cette somme sur ma carte avant de sortir, mais, sur place, une fois ivre,
trouvais toujours le moyen de me faire un virement au premier distributeur,
pour pouvoir continuer à boire jusqu'à ce que le feu s'épuise dans un sommeil de plomb.
Paris sent le whisky. Montréal et Barcelone aussi. Tout comme Perpignan.
Où je me planque dans une chambre en rez-de-chaussée.
Ici, bien sûr, les tentations sont moindres. Même si elles ne sont pas nulles.
Maman, si tu m'entends. Je te dois des excuses.
A vrai dire, tu le sais, je te demande pardon.
Au début de ce siècle, une personne m'a aimé, à qui je demande la même chose.
Plus tard encore. Une seconde. Qui se reconnaîtra en lisant ces lignes.
Et celles de La terre est rouge. Pardon. Mea culpa. Si ça pouvait suffire.
Je me suis réveillé. Et vois l'ampleur de la réussite. Catastrophé.
Dans la petite chambre envahie par mon bureau trop grand.
Qu'est-ce que j'ai fait ? Qu'est-ce que j'ai fait ?...
Et toi, mon amour, qui arrive à cet instant tragique. Découvrant un débris.
Que tu as trouvé en panique sur ce canapé convertible, dans l'obscurité,
quand je ne savais plus ouvrir ma bouche à la bouche de quiconque sans alcool.
Quand je ne savais plus séduire, embrasser ou étreindre, sans l'aide du whisky.
La grande prostituée réduite au trac d'un puceau maladroit.
La vieille pute syphilitique transformée en clochard impuissant.
Qui, certes, avait eu le courage de venir te chercher sur le web pour de bonnes raisons.
Mais n'avait pas pensé à une telle issue. Que je n'attendais plus depuis longtemps.
Le tuteur de mes drogues ne parvenait même plus à me faire bander.
Quand j'étais incapable de désirs pour autre chose que l'éthylisme.
Et que je fuyais l'amour et le sexe aussi farouchement que la nuit et la fête.
Planqué dans ma cellule. En plein sevrage. A l'écart du monde.
Avec cette sensation tenace que mon corps puait la mort.
J'ai pris le soleil en terrasse de La Poste. Il faisait beau.
Ma peau, à tes caresses, est devenue aimable, humaine, réactive et sensible.
Grâce à toi, je peux jouir à nouveau de ce que la vie propose.
Boire un café. Prendre le soleil. J'ai réappris à marcher. A sourire. A écrire.
J'ai réappris à accepter de l'aide. Et à faire confiance.
Après une nuit de vingt ans, l'aube paraît magnifiquement belle.
Comme elle l'est vraiment chaque matin quand on sait ne pas s'y habituer.
Je redécouvre tout avec l'émotion ingérable de l'aveugle qui recouvre la vue.
Je redécouvre le plaisir de prendre le soleil. Je redécouvre le plaisir.
Et j'embrasse la place Arago et la place de la Loge avec reconnaissance.
Avant d'arriver chez moi, place Gambetta, sans pouvoir l'expliquer,
je ne tourne pas dans ma rue, je continue tout droit.
D'un pas décidé, je semble savoir ce que je fais et je me laisse faire,
j'entre dans la cathédrale et n'ai d'autres choix que me suivre.
Indifférent à l'heure, je n'avais pas prévu de tomber au beau milieu de la messe.
Mais, qu'à cela ne tienne, je m'installe au dernier rang, près de la sortie,
comme je faisais au théâtre ou aux concerts à Paris. Prêt à filer.
Je suis saisi par les orgues. Et la beauté des accords. Et la beauté des chants.
Des choses que j'avais laissées poussiéreuses et ringardes dans mon enfance.
Mes yeux piquent un peu. A l'idée de la longueur de ma nuit.
Et cela me reprend à ces mots que je balbutie en pilote automatique.
Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Une partie de moi se sent mal à l'aise et aimerait partir. L'autre se sent chez elle.
La première pense profiter d'un temps mort pour se barrer discrètement.
La seconde se sent bien et décide de rester un peu.
A l'appel du prêtre, les gens massés devant moi se congratulent et se serrent la main.
J'observe cela un peu étonné. A l'abri. A la fois dubitatif et attendri.
Je ne me souvenais pas d'une telle séquence dans la liturgie catholique.
Ne me sens pas concerné pour être loin des derniers rangs de fidèles.
Deux jeunes, pourtant, à ma hauteur, mais à bonne distance,
après avoir échangé avec les personnes qu'ils avaient à portée de main,
m'ont aperçu, sont sortis de leur rang pour arriver jusqu'à moi tout sourire.
Sans se concerter. Un garçon. Une fille. Qui m'ont tendu la main. Franchement.
Je serre la main au garçon. Je serre la main à la fille. A qui je rends son sourire.
Qui me souhaitent l'un et l'autre, avec une douceur extrême dans la voix :
" La paix du Christ... "
J'ai retrouvé la même panique qu'au moment, mon amour, où tu m'offrais la tienne.
Ton sourire. Ton désir. Et la paix possible d'un amour heureux.
Je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri.
Je suis sorti de St-Jean comme un démon ébouillanté par de l'eau bénite. Bouleversé.
Je suis remonté chez moi. J'ai fermé le verrou de ma porte. Et j'ai dû respirer.
Suis venu timidement me placer à la fenêtre pour surveiller le parvis.
Je ne suis pas digne de te recevoir. Mon amour. Mon ange.
Moi, la prostituée, loup dans la bergerie, imposteur dans cette église,
que ces jeunes sont venus saluer comme si j'étais des leurs.
Je revois le sourire franc et tranquille de la jeune fille ravissante.
Et j'enrage dans ma chair d'avoir méprisé la bonté de mes contemporains.
De l'avoir raillée, moquée, quand je n'ai jamais voulu y croire.
Comment pouvaient-ils souhaiter la paix du Christ ou d'autre chose,
à une raclure de mon espèce, sans même savoir qui j'étais ?
Et toi, toi, mon amour, comment as-tu pu t'offrir à moi de la sorte, aussi vite,
quand je suis condamné à te décevoir et que je ne te mérite pas ?
Michel à qui je demande pardon. Mon père à qui je demande pardon.
Aussi vrai et fort que je dirai merci. Quand je les ai déçus.
Et il y a des nuits entières où la liste des regrets s'étire avec celle des remords.
Je n'ai pas rencontré le Christ mais un ange. Et je veux ma deuxième chance.
L'exorcisme est peut-être long. Je sais que j'ai avancé. Je sais que j'ai changé.
Que je ne moque plus de la bonté, de la gentillesse, de la candeur et de la beauté.
Quand elles me bouleversent autant qu'elles me renvoient à ma stupidité,
avec cet espoir de gosse qui ne demande qu'à croire que le Père Noël existe.
Et il y a des valeurs que j'ai transgressées pour avoir été miennes.
Celles inculquées par mes parents et qui reviennent au galop.
Pour me serrer la main en me disant. Tu es des nôtres.
La vérité. La loyauté. La sincérité. L'humilité. La fidélité. Le respect.
Des choses trop belles pour moi. Trop grandes. Trop pures.
Avec cette paix à la con, qu'on distribue avec tant de certitudes.
Cette chose improbable qui s'appelle la confiance.
Est-ce que Dieu existe ? Est-ce qu'on ne meurt pas ?
Quand la vie vous arrache toujours aux êtres que vous avez aimés ?
Qu'on vous reprend tout ce qu'on vous a donné ?
Vos parents. Vos enfants. Vos amours. Vos amis.
Non. Je n'ai pas confiance.
Et je hurle de douleur chaque fois que le bonheur me sollicite,
qu'il s'annonce possible quand je n'y ai jamais cru.
Si les choses étaient aussi simples, tout le monde serait heureux.
Il suffirait de claquer des doigts, et le monde vous pardonnerait vos faiblesses ?
Je ne peux pas croire que ces gosses soient venus et aient pensé leur geste.
Je ne peux pas croire qu'on puisse faire des choses gratuitement.
Je ne peux pas croire en la pureté des sentiments.
Et pourtant, quitte à vomir ma bile, on me donne des raisons d'espérer.
Est-ce encore une ruse ? Veut-on que je baisse la garde pour atteindre mon cœur ?
Qu'on me l'arrache et qu'on le jette aux chiens. Qu'il serve à quelque chose.
Et voilà ce sourire à la cabine. Et voilà ce regard dans mes oreillers.
Bon sang. Est-ce que je vais me réveiller ? Il va bien falloir qu'il y ait une tuile !
Alors Ok. On se reprend. Et l'on essaie de ne pas reproduire ses erreurs.
Si l'on apprend des échecs, j'ai une grande connaissance. Une sacrée culture.
C'est en moi que sont les pièges. Je dois les désamorcer. Un à un.
Enlever les barbelés. Défaire mon armure. Et faire le pari que je ne me trompe pas.
Pour une fois dans ma vie, je m'expose. Je me lance. Je fais ce que je peux.
Quand je sais bien qu'ici, la moindre blessure serait fatale.
Le tout pour le tout. Tapis !
Mes couilles sur la table.
Allons-y.
S'il n'y a pas de foi sans doutes, il se pourrait bien que je l'aie.
Si j'ai traveloté ma candeur en cynisme, il se trouve que j'aime croire.
Je fais comme tout le monde. Je fais vite confiance.
Et quand je suis trahi, je fais mine de ne pas être déçu.
Prétendant que je m'y attendais ou n'avais jamais été dupe.
Un monastère. Une île déserte. Disais-je. Pour avoir la paix.
Celle du Christ peut-être. La mienne. Egoïstement.
C'est ce que j'ai construit. Dans ma rue de l'Horloge.
Une planque où Mister Hyde ne me retrouvera jamais.
Une cabane dans un platane où l'alcool ne pourra pas m'atteindre.
Où je purge les toxines qui ont pollué ma conscience.
Où j'évacue le poison et les pulsions de mort.
Où j'essaie de m'aimer. Quand il y a un progrès.
J'ai retrouvé le goût d'aimer. Puisque je t'aime toi.
Et tu seras le lien pour me réconcilier avec ce que je suis.
Ma peau n'a plus ses odeurs fétides mais celles du soleil.
J'ai ouvert mes fenêtres et déposé les armes.
Ayant oublié de mourir jeune, j'ai dû faire le deuil du poète maudit.
Et je ne veux trahir aucun de mes deux anges gardiens.
Quand ma peur n'est plus d'être trahi
mais de vous décevoir.
Philippe LATGER
Avril 2012 à Perpignan
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