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2020

Palingénésie

Publié le

La vague était immense. Comme l'effondrement.
Elle a porté haut des espoirs, des sensations intenses, avant de les lâcher.
C'est s'approcher du ciel. Serrer ta main dans la mienne. Dans un bain de sueurs digitales.
Et le cœur dans la gorge, la chute inévitable. La précipitation. Vertigineuse. A dévaler d'un trait.
Qu'est-ce que tu crois que l'on puisse faire d'autre ? On se relève. On se relève de tout.
J'écris et je cicatrise. Puisque mon corps balafré peut me porter encore. Au soleil de l'été qui revient.
Vivant. Je remonterai dans le manège. La vague et la cascade. L'ascension. Le plongeon. 

Encore et encore. Je me relèverai. Quand l'amour est ma drogue. Le sexe un carburant.
L'appétit des orages et du soleil levant. Le moteur stupéfiant qui gronde dans le ventre.
Quand je n'aime qu'aimer. Haïr est étranger. Ma matière première ne me le permet pas.
Je suis fait de passions. D'extases et de colères. D'enchantements puissants. De révoltes sanguines.
Mais j'aime et ne hais point. Même les meurtrissures. Les poignards dans le dos. J'écris. Je cicatrise.
C'est la force d'aimer. Je suis plus fort que moi. Quand je suis invincible. Jusqu'aux lueurs de l'aube.
C'est le jour qui se lève. Le soleil dans ma tombe. Que j'imprime et capture à en brûler ma peau.

Le haschich de la brume. Et l'hallucination. D'être conscient d'un monde que l'on rêve éveillé.
Tu en faisais partie et je ne l'oublie pas. J'écris et j'actualise. L'écrit immortalise. Tu ne mourras jamais.

Il a fallu descendre pour pouvoir remonter. C'est la vague qui écume. Soulève ses montagnes.
Lorsqu'après l'érection tous les sexes débandent. Mais je rebanderai. Le sang est fluctuant.
La vie, le mouvement. Et le temps ne peut rien abîmer de ce que je maîtrise.

La cicatrisation.

 

Philippe LATGER / Juin 2020

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Rallume l'incendie

Publié le

C'est le phare. Le phosphore. Le flash de magnésium. Et la pluie d'étincelles.
Le feu. Le sémaphore. Le brasier. L'abrasion. Les lueurs torrentielles.

Les flammèches qui neigent. Dans mes yeux étourdis. Lorsque tu me souris.
Les reflets du ruisseaux et leurs éclats de jour qui dansent sous le pont.
Qui zèbrent sous la voûte du soleil endiablé. La lumière aveuglante et mon corps engourdi.
Et mon cœur ensablé. Des rayons et des flammes. Qui crépitent à tes cils. A ma bouche. A tes dents.
A l'émail qui scintille. Elargit mes pupilles. Me fait sombrer dedans. Rallume l'incendie.

Et mon amour du monde

 

Philippe LATGER / Juin 2020

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Je suis la protection

Publié le

Ta joue sur ma poitrine nue. Pour que ton oreille entende. Mes pulsations cardiaques.
Et ta tête, qui monte et qui descend, doucement, au gré de ma respiration, se repose. Gentiment.

Mon bras devient un traversin qui t'encercle, et ma main peut te caresser les cheveux.
C'est l'enfant que je berce. Allongé contre moi. Dans ce grand lit refuge. Même si je ne suis pas ta mère.
Même si mon pectoral n'est pas un sein. Il y a une tendresse animale de celui qui veut protéger l'autre.
Et calmer les angoisses. Rassurer. Apaiser. Tout va bien mon amour. Tu peux dormir tranquille.
Tu peux baisser la garde et t'abandonner. Lâcher prise. Tu es en sécurité. Je veille sur toi.

Ta nudité n'est pas celle d'un enfant. Même blottie en chien de fusil sur mon flanc. Je te tiens.
Sous mon aile. Pour que nos chaleurs circulent. Pour que nos chaleurs s'échangent. Voluptueusement.
Ta peau contre ma peau. Ta respiration s'accordant à la mienne. Pour ne faire qu'un seul corps.
Tu peux dormir tranquille. Je ne suis pas l'habitude. Je suis le challenge. Je ne suis pas la menace.
Je suis la protection.
Ma main te masse le crâne. Et la nuque. Et l'épaule. Les muscles le long de la colonne vertébrale.

Si la beauté de la bête sauvage peut intimider ou sidérer, sa vulnérabilité soudain la rend touchante.
Emouvante. Et j'embrasse une responsabilité que tu me donnes. Veiller sur toi au moment où tu sombres.
Je ne suis pas une mère. Ni même un père. Je suis l'amant. Le camarade. Sur qui tu peux compter.

Tu peux affronter tes paniques et tes cauchemars. Je te tiens. Serré contre moi. Je surveille.
Garde du corps. Je ne suis pas le piège. Je suis la protection.

 

Philippe LATGER / Juin 2020

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Du corps et de l'esprit

Publié le

Les mots n'ont pas de corps mais leur plasticité.
Elle s'étire et se tord dans l'électricité
des circuits neuronaux où elle trouve naissance.
C'est l'art de la sténo qui entre en résonance,
où l'imagination réinvente un langage,
une reconstruction, et son propre voyage,
du propos initial qu'il faut interpréter.

Un mouvement spatial est prêt à s'opérer.
Celui de l'émetteur jusqu'à son réceptacle.
Celui du récepteur qui en fait un miracle.
Les mots malgré leur norme, ont l'élasticité
du fond et de la forme, de la duplicité,
qui dans leur confusion, permettent des loisirs,
une appropriation, des matières à saisir,

dont on fait ce qu'on veut, à ce qu'ils nous évoquent,
Autant de sons verveux, et de sens équivoques,

doivent être imagés par notre intelligence,
dessinés, ouvragés, par notre propre agence,
puisqu'il y a dans le flou des marges de manœuvre

pour river notre clou aux ballets de la pieuvre,
créer l'incarnation des sensations perdues,
parmi les impressions et les malentendus.

Les mots sont des fantasmes prompts à nous révéler,
de réflexes et de spasmes, d'obsessions décelées,
qui nous trahissent tant à ce que l'on en fait,
à ce que l'on entend, et, de cause à effet,
ce que l'on en comprend, ce qu'on a composé.
A tout ce qui s'apprend, au principe imposé
de la définition, qui permet le partage,

ou la compromission, de valeurs, de codages,
d'un lexique commun, pour être connectés
et compris de chacun, aux signaux détectés,
c'est une puberté. Une transformation.
Il y a la liberté de l'accommodation.

Réécrire soi-même ce qui vient d'être lu.
S'emparer du système. En façonner la mue.

Et à l'instinct se fier, dans cette collision.
Signifiants, signifiés, stimulent nos visions.
Les mots sont avant tout des objets insensés,
posés là devant nous, en bruits et en tracés,
des entités produites, graphiques et phoniques,

dont les lignes construites ont leur beauté physique.
Leurs significations n'interviennent qu'après,
comme modulations, pour approcher plus près,
de ce qu'elles nous inspirent, ce qu'on peut en penser,
quand elles n'ont rien à dire mais peuvent être lancées,
chantées ou bien dansées comme formes en soi,

la notion devancée par d'obscures courroies. 
C'est le trait mouvement de la calligraphie,
le mot et son moment, et leur chorégraphie,

la présence tangible du contenant solide.
C'est aussi l'indicible contenu aussi vide,
que l'on remplit soi-même de son propre vécu,

habillant les phonèmes de reflets convaincus
dans l'espoir de comprendre, celui d'être compris,
de transmettre et d'apprendre, du corps et de l'esprit.

 

Philippe LATGER / Juin 2020

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Variations sur le même thème

Publié le

Je ne suis pas borderline.
Je suis libre.

 

Philippe LATGER / Juin 2020

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Quand j'y pense

Publié le

Il y a des blessures. Sous mon sourire. Sous mon bonheur. Un caillou dans la chaussure.
Je n'oublie pas. Je n'oublie rien. Je suis la somme de bien des liens. Les plus récents toujours à vif.
Au soleil qui décline, je suis double. Saudade. Heureux et mélancolique. Reconnaissant et triste.
Je m'accroche au présent. Je m'accroche au futur. Et je serre les dents. Aux morsures. Des regrets.
Je t'ai fait du mal. Et ça me fait mal. Moi qui étais convaincu que tu ne m'aimais plus.
J'ai été si heureux. Dans la maison de toi. Que ça me crève le ventre. Quand j'y pense.
Nous ne parlions plus. Mon corps était sec. Et mes questions restaient sans réponses.

Rigidité cadavérique. Je m'éteignais à petit feu. Pourquoi m'avoir laissé m'éteindre ?
C'est la vie ? Les choses de la vie ? L'orgueil et le ressentiment ? Avais-je été puni ?
J'ai tenu la distance jusqu'à mon dernier souffle. Ce souffle qu'on m'a rendu ailleurs.
Et c'était comme sortir d'une apnée, jaillir dans une gerbe d'eau pour reprendre ma respiration.
Que s'était-il passé ? Voulais-tu que je me noie ? Moi qui avais été si heureux dans la maison de toi.
Avec toi. 
Il y a des remords. Sous mon sourire. Sous mon bonheur. Qui me pèsent encore.

Je t'ai fait du mal. Et ça me fait mal. Presqu'autant que le mal qui me rongeait. Dont je me suis sauvé.
La solitude. Et le silence. Le mal que tu m'as fait. J'étais puni. Ou juste abandonné. Quand j'y pense.

Moi qui étais convaincu d'une chose. Tu ne m'aimais plus.
N'était-ce pas la vérité ?
Le soleil se couche sur un état de fait. Et je pleure sur le gâchis. Plein de pardon. Plein de merci.

Les choses de la vie.


 

Philippe LATGER / Juin 2020

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Jusqu'à ce que ça s'arrête

Publié le

Les pales de l'hélice. Les pales de l'hélice de l'hélicoptère. Au ralenti. Les rues de Manhattan.
L'une après l'autre. De part et d'autre de l'autobus qui progressait sans se laisser distraire sur son avenue.
Un large canyon perforé de canyons plus étroits. Perpendiculaires. Qui apparaissaient dans les vitres,
à intervalles réguliers, de part et d'autre de la carlingue. Et c'était une pulsation. Le pouls du géant.
Le souffle des pales de l'hélicoptère au ralenti. Qui tombaient comme des lames. Pour nous taillader.
Nous lacérer le visage d'immenses lames d'acier lâchées du haut des gratte-ciel. Et le temps suspendu.
L'autobus n'avait pourtant pas réduit sa vitesse. Il filait vers la gare routière qui était notre terminus.

Mais le plan-séquence semblait s'enliser dans les tonnes de béton coulées dans la terre de l'île.
Comme si avancer devenait difficile. Ou comme si nous voulions retenir chaque rue pour l'admirer.
Malgré la lenteur de l'impression, les rues nous échappaient toutes. La lumière au bout était la même.
Au fond des perspectives titanesques. La lumière de l'East River d'un côté. Et de l'Hudson de l'autre.
Le ventilateur continuait de dérouler ses pales. A intervalles réguliers. Nous fouettant la poitrine.
Et c'est presque indifférents à ce qu'il pouvait se passer sur l'avenue où nous tracions notre route, fébriles,
que nous attentions le canyon suivant. Et encore le suivant. Et encore celui d'après.

Des marchands ambulants de hot-dogs, des marquises d'hôtels cossus, des taxis jaunes, des gens partout.
Les rues se ressemblaient toutes. Mais nous émerveillaient toutes. Et toujours plus davantage.

Quand l'accumulation faisait son effet. Le souffle des rues de Manhattan. L'une après l'autre. S'amplifiait.
Devenait hallucinant. Vertigineux. Puisque ça ne s'arrêtait jamais. La densité de Midtown. Son énergie.
Les grooms en uniformes. Les limousines et les camions de livraison. Les taxis jaunes. Des gens partout.

Au ralenti. Dans le quadrillage dément de la ville. Hérissé de monstres de verre et de briques brunes. 
La pulsation. Les pales de l'hélicoptère. Rue après rue. Et ça ne s'arrêtait jamais. Jusqu'à ce que ça s'arrête.

 

Philippe LATGER / Juin 2020

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A ta bouche

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J'ai bu cette liqueur. Qui fait plisser les yeux. Agrandit les pupilles. Qui fait battre le cœur
ou remercier les dieux. Qui fait rêver les filles. Qui me fait voir le monde comme on ne le voit plus.
Pas plus beau, mais si beau, que toutes les secondes méritent d'être bues. 
L'eau redevient de l'eau. La boire redevient une bénédiction. La vie redevient vie. Redevenir revient.
Avec mes convictions. Et le soleil aussi. L'air redevient de l'air. L'or redevient de l'or.
L'art redevient de l'art. Beaumarchais. Baudelaire. La boîte de Pandore. De Cézanne à Mozart.
La nuit devient plus nuit. Le jour devient plus jour. Et toute fin l'aurore. A remercier la pluie.

A remercier l'amour. A remercier la mort.
J'ai bu cette boisson. Qui rend les sensations. Et réveille mon corps. Les moiteurs. Les moissons.
Et les constellations qui m'enfièvrent encore. Qui ranime le vent. Qui rallume l'été.
Qui remplume mes songes, me réveille dedans, ivre de liberté au bonheur qui s'allonge.
C'est un alcool unique. Qui n'est pas un poison. Ni un mal. Ni un piège. Le nectar est magique.
Il n'est pas la prison que la morale assiège. Il est la délivrance. L'extralucidité. La plus belle réponse
aux vieilles espérances. Un brin d'éternité ou ses coups de semonce. La vie est plus vivante.

La lumière plus chaude. La fête plus joyeuse. Aux lauriers. Aux acanthes. Ce vin devient une ôde.
A nos amours heureuses.

 

Philippe LATGER / Mai 2020

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La Montmaur

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Ce sont de grands chevaux noirs écumants. Au poil luisant. A la robe de nacre aux reflets de la lune.
Aux crinières hérissées sous de grands plumeaux funèbres faits du même charbon. La bave aux babines.
Ils surgirent de la nuit au galop, agitant leurs panaches, tirant un carrosse aussi précieux qu'effrayant.
Les huit équidés, musculeux et furieux, semblaient charger et fuir à la fois, dans leur course infernale
et le vacarme lugubre du fracas de leurs sabots menaçants ou de leurs hennissements abominables.
On aurait pu voir clairement que les arbres se tordaient sur eux-mêmes au passage du sinistre attelage,
si l'on n'avait été fasciné par la folie de cette apparition macabre, dont on pouvait craindre qu'il fût risqué,

voire dangereux, de le regarder trop longtemps. La diligence puait la mort à plein nez et filait sans cocher
dans les ombres de la forêt de la Montagne Noire, où les futaies de hêtres et de chênes, complices,
ne permettaient au clair de lune de pénétrer vraiment, comme pour protéger l'effroyable cavalcade.
La voiture richement sculptée de figures gothiques, malmenée dans l'offensive, n'était pas un corbillard.
Madame de Montmaur n'avait pas de visage et cherchait à en quérir un, le plus grâcieux possible,
dans la ville la plus proche, chaque nuit, sans jamais pouvoir l'atteindre, à son grand désespoir.
Il lui fallait la meilleure apparence pour séduire un jeune homme dont elle devait dévorer les attributs

pour se libérer d'un maléfice dont elle était prisonnière depuis près de trois siècles.
Son absence de figure était une béance atroce qui tenait sous la capuche de sa cape, d'où jaillissaient

les rires et gloussements d'une petite fille hystérique qui vous glaçait le sang. Les secousses l'amusaient.
Comme l'idée de trouver un jouvenceau à ensorceler pour en faire son repas dans la ville de Castres.
" Je suis pucelle. Je suis pucelle ", répétait-elle en minaudant avant de s'esclaffer à s'en étrangler.

" Venez à moi, petit monsieur. Faites de moi une vraie femme, que je fasse de vous un homme "
pouffait-elle en jouant d'une paire de ciseaux tranchants, avant de ricaner, brinquebalée en tous sens
comme une vieille poupée de chiffon dans l'habitacle de son horrible carrosse.
Madame de Montmaur avait besoin d'un visage. Qu'elle ferait faire en bois dans la ville de Revel.
Qu'elle ne parvenait jamais à gagner avant l'aube.

 

Philippe LATGER / Mai 2020

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L'orphelin magnanime

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J'ai pardonné à l'aube et aux canards sauvages. Aux caissières, aux banquiers et aux cactus en fleurs.
J'ai pardonné aux filles, comme aux amants d'alors. Aux poupées, aux jouets, et aux enfants bien sages.
Aux montres et abat-jour. Aux manteaux. Aux chapeaux. Et aux poignées de porte. Aux tramways.
Aux passages à niveau. J'ai pardonné au vent. Aux chats et aux grenouilles. Aux miroirs et aux rats.
Aux routes de campagne. Aux pianos quart de queue et aux frangipaniers. Aux vélos. Aux sarments.
Aux allées de palmiers. Aux graines de sésame ainsi qu'aux libellules. Aux ceintures. Aux vendanges.
Et aux soleils couchants. J'ai pardonné aux dieux, aux églises, aux écoles. A la prostituée. A l'alcool.

Au journal de 20h. Aux silos, aux râteaux, aux roseaux, aux ruisseaux, aux ciseaux. Aux abeilles.
Aux passages cloutés. Aux livres et aux libraires. Aux trottoirs. Aux chantiers. A l'immeuble voisin.
Au bol de céréales. Aux rasoirs. Aux fauteuils. Et puis aux autobus. Aux taxis, au métro. A l'étoile polaire.
J'ai pardonné aux stores et à leurs manivelles. Aux chaussures et aux lampes. Et aux stations service.
Aux plombiers. Aux danseurs. Aux plages et au café. Aux terrasses. Aux caleçons et aux portes cochères.
Aux rampes et aux ampoules. Aux cerfs et aux platanes. Aux biches et aux sommiers. Aux clochers.
Et aux cloches. A la roche. A mes poches. Et aux chiens de traineaux. Aux chevaux et aux druides.

J'ai pardonné aux phares. Aux éclipses, aux nuages. Aux briquets et même aux éléphants.
Aux fleuves et à leurs sources. Aux fontaines. Aux oranges. A la nuit. A la pluie. Au Tango. Aux cigares.

A Madrid et Paris. Aux vitrines et aux drames. Aux tomates. Aux brebis et aux singes. Aux girafes.
Aux eucalyptus. A Catherine Deneuve. A la lune. Aux brumes, aux retrouvailles. Au silence.
A l'enfance. A l'absence. J'ai pardonné aux draps et aux bâtons de craie. Aux forêts. A l'Espagne.

A Toulouse. Aux moissons. Aux fleurs de tournesol. Aux moustiques. Aux orages. Et aux flaques.
Aux buées de la douche. Au sucre et au cumin. Aux bananes, aux serpents, aux oiseaux et aux mouches.
Aux facteurs. Aux gendarmes. Aux îles et aux voleurs. Aux camions. Au goudron. A la gomme.
A l'encre et aux baleines. A l'automne. Au Québec. Au fil et au vinaigre. Aux poissons. Et aux vaches.
Au poivre et à la figue. A la pomme. A Giscard. A l'Europe. Aux chansons et aux cordes. Aux guitares.
Au soleil sur la mer. La Mosquée de Cordoue. J'ai pardonné au diable. Aux montagnes. A la fête foraine.
Et au clou de girofle. De n'avoir pas pleuré le jour où tu es morte.

 

Philippe LATGER / Mai 2020

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