Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Baiser

Publié le

Ce sont deux bourrelets confortables, assez épais pour amortir le choc.
Pour accueillir les miens qui viennent se plaquer avec ardeur et le désir d'entrer en toi.
Je les plaques aux tiens. Avec une fièvre à faire bander les arcs de Cupidon.
Nous salivons à l'échange de nos respirations. Et nos langues peuvent se chercher. Se trouver.
S'enrouler l'une à l'autre. L'une sur l'autre. Nous léchant l'intérieur des joues. Centrifugeuse.
Alors que nos bras s'agitent comme à la noyade. Que nos mains tentent de s'accrocher à quelque chose.
Le corps à corps désespéré lorsque la pénétration s'opère, voluptueusement, sous notre nez.
Tu me pénètres de ta langue. Je te pénètre de la mienne. Nous nous défonçons la bouche. Tubercules.
L'humidité intime. Et le baiser est déjà un acte sexuel. Vorace. Endiablé. Vertigineux. Et je perds pied.
A tes lèvres qui gobent les miennes. Les aspirent. Se retournent sur ma barbe. Le menton. La moustache.
Tu lapes ma salive, stimules tes papilles gustatives à mon goût, énerves nos extrémités sensibles,
en faisant frétiller ce muscle inquiétant d'une souplesse et d'une force sans pareilles, avant de basculer,
à nouveau, dans des rouleaux langoureux, réguliers, dont je change le sens pour reprendre le contrôle.
Les lèvres se retroussent comme pour nous aider à aller plus profond l'un en l'autre.
Je te mange. Je te bois. Avec l'émotion de compter parmi les privilégiés acceptés dans cet antre.
A qui tu as autorisé d'aller si loin en toi. Dans l'intimité de ta bouche. Que tu m'ouvres en confiance.
Nos corps se débattent, font ce qu'ils peuvent, pendant que nous sommes concentrés sur nos messages,
ce que nous cherchons à nous dire, l'un à l'autre, dans ce langage primitif, instinctif, animal, radical,
où l'esprit ne lâche rien, dans la torpeur, de ce qu'il doit communiquer de désir, d'amour, de dévotion,
de consentement et de détermination, et s'abandonne à l'émotion de ne pas être seul.
Les rotations sont autant de vagues tempétueuses, qui s'abattent avec force dans nos cavités,
dans des gerbes d'écume éclaboussant nos palais, une houle où nous perdons l'équilibre.
Mes mains s'ouvrent sous ton crâne comme si elles voulaient le porter au ciel pour l'offrir aux dieux,
où comme s'il était urgent que j'y boive, que je m'y désaltère, et je le fais basculer vers ma bouche,
je le plaque contre le mien, pour aller chercher au plus loin avec ma langue tout ce qu'il y a à gagner,
et la tienne tente sa chance dans l'autre sens, ne tente pas d'empêcher mon passage mais cherche
à trouver le sien, dans un ressac de salive, contre l'émail, la barrière de gencive, et nos souffles contraires.
C'est un balancier troublant. De tes bronches à mes bronches. De ma gorge à ta gorge. Automatique.
Les deux respirations se sont synchronisées. J'inspire à ton expiration. J'expire à ton inspiration.
C'est par le nez que l'échange se fait. Laissant la bouche à ses activités sexuelles.
Ainsi le nez participe-t-il activement au baiser. Dans ce jeu de gêne et d'obstacle à contourner,
qu'il pose chaque fois que l'on veut changer l'inclinaison de nos têtes, où le cartilage peut se heurter,
avec souplesse, comme dans cet échange intime de respiration, au plus près l'un de l'autre,
quand nous nous pénétrons autant par nos langues que par nos souffles.
Ma poitrine s'emplit de la tienne. Ta bouche s'emplit de la mienne. Tu passes en moi. Je passe en toi.
Et nous nous manquons. Nous nous cherchons. D'un corps à l'autre. Dans notre étreinte éperdue.
Serrés l'un contre l'autre, au plus fort que nos forces le permettent, comme si nous pouvions fusionner,
comme si nous ne savions pas que la fusion est impossible, nous nous entêtons, bouche à bouche,
à aller nous chercher l'un dans l'autre au plus loin que nos membres et nos muscles l'autorisent,
à piaffer à nos portes, prisonniers de nos corps.

 

Philippe LATGER / Janvier 2018

Commenter cet article