Système
Maria, c'était d'abord une sœur de ma mère.
Que j'ai toujours connue célibataire et sans enfants.
Une beauté de vedette du cinéma égyptien, italien ou espagnol des Années 50.
Avec un rire outrancier et un sourire toujours triste. Dévouée au clan De la Hoz.
Elle vivait seule avec sa mère, ma grand-mère, et s'en occupait, y tenait comme à la prunelle de ses yeux.
Lorsque nous étions enfants, sa situation nous étonnait. Pourquoi n'avait-elle pas fondé de famille ?
Il fut dit que jeune fille, elle avait été folle amoureuse d'un garçon. Il fut dit que ce garçon s'était noyé.
Il fut dit qu'elle ne s'en était jamais remise. Cette histoire m'avait bouleversé.
Elle s'était dévoué à sa mère, à sa famille, comme d'autres entrent dans les ordres.
Ainsi, Maria était d'abord ma tante. Avant d'être le personnage qui faisait le ménage chez toi.
Qui balayait patiemment les escaliers en entier. Malgré la poussière du chantier.
Qui enlevait les giclures de plâtre et de peinture sur les vitres et les carreaux de ciment.
Qui grattait le carrelage de la cuisine après t'avoir aidé à faire les joints, ou nettoyait les sanitaires.
Qui faisait le ménage malgré tes sarcasmes et tes critiques, quand elle ne faisait pas la vaisselle.
Cette Maria imaginaire, s'était pendue quelque part dans la maison de désespoir. C'était amusant.
Parce que c'était la figure convenue de la femme de ménage espagnole, discrète, loyale et consciencieuse.
Dont toute la maisonnée pouvait se moquer gentiment pour l'agacer ou la mettre mal à l'aise.
De ces femmes de ménage ou de ces gens de maison qui faisaient partie de la famille.
Mais elle était pour moi un peu de cette vraie Maria, incarnation d'un ascendant cancer supposé,
qui devait expliquer mon implication, mon application, mon goût du service ou mon abnégation.
Est-ce que je cherche à me faire passer pour ce que je ne suis pas, ou est-ce la vérité ?
Je ne cherche pas à me faire valoir. Je l'ai vraiment fait mais ce n'était pas moi. C'était Maria.
Qui ne s'est pas pendue, mais a vraiment renoncé à passer l'aspirateur et à balayer l'escalier.
Il arrive que la vérité ne se contente pas du seul système du réel.
Une Maria en moi a vraiment fait tout cela à ma place. Parce que c'était juste et bon.
Parce que c'était utile. Et qu'elle devait être secrètement amoureuse du maître de maison.
Moi, en tant qu'homme, je n'aurais jamais fait de moi-même une chose pareille.
Philippe LATGER / Septembre 2023
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