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Relationship

Publié le

Bien trop fort pour me sentir comme une maladie honteuse ou un pestiféré.
Même derrière un manège, à l'abri des regards, à la sauvette, sur un bout de banc.
Bien trop fort et sûr de nous. Pour ne pas me laisser envahir.
A ces manèges, précisément, qui pourraient être perçus comme des humiliations,
des injustices, lorsque l'aspect ludique ne suffit pas à me tenir sur mes convictions.
Je veux dire que le côté clandestin ne m'amuse plus depuis le lycée sans doute.
Et que ce sont d'autres considérations qui me permettent de gérer ça sans panique ni révolte.
Je suis sûr de moi d'abord. En tant que personne. Du haut de quarante ans de parcours.
Je pèse plusieurs vies déjà, les épaules solides, quand j'ai la mémoire de ce que j'ai traversé.
Incapable de m'indigner comme on pourrait le faire sans un minimum de recul.
L'expérience, quel gros mot, m'exonère bien sûr de petites blessures d'orgueil futiles.
Quand l'orgueil a la peau tellement épaisse qu'il en faut toujours plus pour l'atteindre.
Je connais mieux les gens. Suis capable de plus d'indulgence et de compréhension.
Pour ce qu'ils sont et peuvent faire. Pour ce qu'ils vivent et les choix qu'ils ont faits.
Tout en étant, en avançant en âge, moins disposé à perdre du temps.
Je suis sûr de ce que je suis. De qui je suis. Sans trop savoir si cela vaut quelque chose.
En ayant compris qu'on ne peut se reposer seulement sur ce que nous renvoie l'entourage.
Appris une chose. On ne peut pas attendre d'être aimé des autres pour s'aimer soi-même.
L'estime de soi se gagne sur soi. Elle ne s'arrache pas au regard des gens que l'on rencontre.
Et je suis assez construit pour savoir assez vite me remettre sur les rails aux coups de grisou.
Je ne me sens pas déprécié si je n'ai pas une foule d'encouragements et de démonstrations,
de compliments, de caresses, de mots doux, quand j'ai les ressources pour me tenir debout.
Je ne peux être vexé ou meurtri à ce qui pourrait passer pour un manque de considération.
Quand le fait d'être relégué ailleurs qu'au centre d'une vie différente de la sienne,
fût-elle celle de l'être aimé, me paraît être le traitement ordinaire de toute relation humaine,
quand on ne peut être au centre que de sa propre vie.
Je n'ai que moi-même pour me booster à chaque matin que la providence me donne.
N'ai pas besoin de la dépendance d'enfants ni de celle d'un conjoint pour me sentir utile.
Je me connais et j'ai confiance en moi. Je sais que je ne me lâcherai jamais.
Quand je n'aurais pas parié sur moi il y a peu. En d'autres circonstances.

Je ne me laisse pas impressionner par l'idée qu'on pourrait avoir honte de moi.
Ou pire encore que je serais moins important que les choses qu'il faudrait préserver.
Puisque si je suis sûr de moi, je suis sûr de ce que je ressens, de mes sentiments,

et plus encore de ce que je veux pour moi.
Quand je sais que toute chose a son revers ou son prix à payer.
Qu'aux colonnes de plus et de moins que l'on fait avant de prendre une décision,
j'ai su très vite que les désagréments ne pèseraient pas lourd en face des bénéfices.
Bien sûr, j'étais heureux de rejoindre ma sœur et ma nièce sur la plage.
Quand j'aurais aimé, évidemment, que l'on vienne nous y rejoindre ensuite.
Qu'un moment volé est un peu maigre comparé aux réjouissances possibles.
Mais je ne pourrais écrire que j'aurais préféré cela, quand cela aurait été une autre histoire.
Et que c'est celle que j'écris, que je vis, qui me va bien au teint et fait battre mon cœur.
Avec ses entraves et ses imperfections. Avec ses contraintes et quelques frustrations.
Mais quelle histoire n'en a pas ? J'ai assez de kilométrage pour savoir que rien n'est parfait.
Ou que tout peut l'être au contraire à la seule et unique condition d'être fou amoureux.
Alors oui. Tout cela est un peu ridicule. Semble être insuffisant ou ne mener nulle part.
Ces petits jeux adolescents pourraient être pathétiques quand nous sommes adultes.
Sauf qu'ils sont les moyens qu'on me donne pour être avec quelqu'un, en particulier,
qui méritent bien que je les accepte quand ils ne sont pas de mon fait.
Que j'étais libre de passer mon chemin en balayant tout ça du revers de la main,
avec une grimace pour dire : " j'ai passé l'âge de ces conneries, pas que ça à foutre... "
Mais voulant être amoureux et heureux, ayant trouvé quelqu'un avec qui c'est possible,
ces petites contrariétés peuvent bien être périphériques, quand je suis libre aussi
de ne pas gâcher mon plaisir ou ma chance.
S'il faut que je sois l'homme de l'ombre. Je le serai.
Quand c'est toujours dans l'ombre que je brille le mieux.

Oui, après tout, et c'est un truc d'auteur peut-être,
de créateur dans sa crypte, avec ce besoin de solitude pour pouvoir travailler,
je préfère le tête-à-tête aux grandes assemblées, comme on le sait déjà,

toujours embarrassé à l'idée de parler en public n'étant jamais convaincu de l'intérêt de le faire,
n'ayant rien d'important à communiquer ni à transmettre, même lorsqu'il faut vendre un livre,
ou parler de patrimoine, aux moments où j'ai dû jouer le jeu au seul motif de rendre service,
le seul valable à mon sens, lorsque des gens comptent sur vous et qu'il faut bien y aller,
n'ayant aucune accoutumance à la drogue de se sentir magnifique aux bravos du public.
J'ai toujours travaillé one to one, comme je le fais en écrivant ici, où chacun me lit de son côté,
dans un espace où la relation me paraît gagner en profondeur et en intensité.
Et, pour la chanson comme pour la politique, je préfère les coulisses à la scène.
En amour aussi, je préfère l'intimité de l'oreiller à la représentation sociale.
Quand la personne que j'aime ne saurait être un signe extérieur de quoi que ce soit,
exhibée en ville comme accessoire de mode ou comme un faire-valoir.
Je sais d'avance que je suis et serai plus heureux à l'abri des regards indiscrets.
Qu'il faut en accepter la conséquence. Cela réduit forcément les moments passés ensemble.
Quand on ne peut pas passer toute une vie à faire l'amour derrière les persiennes sans doute.
Mais ici aussi, tous les couples, à moins de travailler ensemble, connaissent ce travers.
Qui n'en est pas un lorsqu'il faut bien avoir sa vie propre et le plaisir de se retrouver.
Alors non. Je ne me sens pas castré quand on me donne des ailes.
Je ne me sens pas diminué ou au placard pour n'être pas un compagnon officiel.
Quand je n'ai pas besoin d'être avec quelqu'un pour être quelqu'un.
Et que ce que je considère bon pour moi l'est aussi pour vous tous.
Aucun de vous n'a besoin de qui que ce soit pour être lui-même.
Quand on peut vous définir par mille autres choses que par la personne que vous aimez.
L'argument du personnage d'un jeune comédien pour la pub de Meetic, rappelez-moi,
c'est de trouver quelqu'un pour pas que la chaise en face de lui reste vide au restaurant,
au prochain dîner entre amis ? Est-on sûr qu'il cherche quelqu'un pour les bonnes raisons ?

Je connais un être fantastique qui a ajouté une année au nombre de son âge.
Que je ne regrette pas de n'avoir pas connu plus tôt, même s'il aurait été amusant,
par curiosité, de voir les traits de l'enfance, ou s'il se serait passé ensuite quelque chose,

entre nous, même si j'en doute puisqu'il faut croire qu'il y a un moment pour tout.
Cette personne qui incarne le toi de tant de textes qui claquent au vent de ce cyberespace,
où je peux m'épancher sans déranger, sans faire de vagues, bien qu'avec précautions.
Quand c'est un moyen de travailler ensemble, d'être ensemble, entre deux collisions.
J'ai enfilé un jean pour remonter l'avenue du front de mer. Histoire de me signaler.
La lumière est belle et je suis bien accompagné. Que faudrait-il de plus ?
Cet être qui m'inspire, je le laisse respirer. Ne lui impose rien.
Et surtout pas des changements dont je ne saurais quoi faire.
Nous avançons en âge. Il m'a fallu quarante ans.
Pour te rencontrer peut-être. Mais pour apprendre à aimer.
Apprendre à faire confiance. Quand je sais que cela ne se serait pas produit.
Si ça n'avait pas été toi. C'est ce qu'il faut comprendre ou conclure.
Et l'écrire allume un sourire que je n'avais plus vu
depuis assez longtemps pour que je le mentionne.
Je me lève du banc et je pars. Et sans me retourner.
Je laisse un peu de moi dans ce que tu emportes du moment qui s'allonge.
De tout ce que tu as le goût de faire durer, à ton rythme, et si c'est pour la vie,
elle ne sera pas assez longue pour contenir ce que j'éprouve pour toi,
d'admiration, d'amitié, de passion, de tendresse, d'appétit, et de reconnaissance.
J'ai l'habitude de vivre sans toi. Si bien que la séparation ne peut plus être crainte.
Pas même la dernière. Puisque je suis si sûr d'avoir sauvé mon âme.
Et mon humanité.

 

Philippe LATGER
Juillet 2013 à Perpignan
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