Prince
Les cuivres en section, haletants, pétaradaient façon James Brown, barrissant dans la sueur ce qui revenait comme une ponctuation, pour reprendre sa respiration, dans le déferlement d'une énergie toute sexuelle, déroulée sur une ligne de basse inépuisable, méthodique, déterminée, inébranlable, indifférente à la transe que le rythme imperturbable installait dans la durée, frénétique, soutenu par une guitare funk obsessionnelle grattant ses accords au souffle court, et l'ostinato survolté des cuivres, assénés comme autant de coups de reins à la recherche de l'orgasme, jusqu'aux spasmes d'un break imposé par la mitraillette d'une caisse claire implacable, pour mieux apprécier le retour en force du débit lancinant, conforté, amplifié, décuplé, alors que des voix arrachées aux Gospels sur des chorégraphies obscènes rugissaient leurs prédications pour transcender le flux de paroles débité de concert, d'un flow up-tempo qui n'avait rien à envier au Rap. Dans cette course immobile à perdre haleine et la raison, ce train d'enfer délicieux, merveilleux, de pulsations cardiaques cocaïnées, au bord de l'épuisement, cette débauche de références, de sensations, de désirs et de pulsions, chanteurs, danseurs et musiciens résumaient en accéléré la condition humaine et ses motivations, dans un big bang d'informations, de lumières, de couleurs, d'effluves et de fantasmes, psychédélique, autour d'un dieu vivant à qui je me serais offert comme tant d'autres, créature insatiable défiant la mort et la morale, jouant de son androgynie, régnant sur son royaume et ses orgies, dont je prenais ma part avec ivresse, dans la foule moite et voluptueuse du Palladium de New York, un mois de juillet 1994. J'avais 21 ans. Je découvrais Manhattan. Et voyais Prince sur scène pour la deuxième fois de ma vie. Heureux d'être vivant.
Philippe Latger / Février 2017
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