Mi vida
Je ne sais pas masser. Mais je te masse ici. Comme un professionnel.
De la façon la plus virtuose qui soit. De la façon la plus efficace et la plus bénéfique.
La plus agréable. La plus réparatrice. La plus érotique. La plus stimulante.
Les dorsaux. Les trapèzes. Les épaules. La nuque. La tête.
Entre les mains expertes dont je suis dépourvu mais qui font des miracles.
A distance il est vrai. Quand je ne suis pas là pour te donner des forces.
Quand je suis loin de toi et que j'aimerais pouvoir faciliter ta vie.
De la musique classique ? Un verre de vin ? Une part de gâteau ?
Je ne sais pas cuisiner. Mais je te cuisine ici. Comme un professionnel.
Je te fais à merveille tout ce dont tu pourrais avoir envie. Avec réactivité.
Il faut des protéines. Il te faut du sucré. Peu importe. Je te requinque. Tu dois manger.
Les pouces tordus, tendus vers l'intérieur, mes mains forment deux ailes qui se déploient,
aux dix doigts hérissés, qui remontent ta colonne vertébrale, trouver leur place dans le dos.
Celui de l'ange que j'essaie de détendre. Je ne sais pas masser. Ni faire la cuisine.
Je n'ai pas envie de jouer à la maman. Tu as déjà tout ce qu'il faut.
Quand je n'ai rien d'autre à faire que rappeler ma présence. A distance. En rappel.
Et c'est toi qui appelles. Et moi je suis ému. A l'idée que tu aies pu avoir besoin de moi.
J'aimerais aider. J'aimerais être là. Donner un coup de main. Me rendre utile.
D'où je suis, je te soutiens. Je t'écoute. Je te serre dans mes bras. Je t'aime.
Au son de ta voix, je sais ce qu'il se passe, de lassitude et de ras le bol.
Merci d'avoir appelé. Mi vida. De me signifier que tu penses à moi. Que je peux être utile.
Même si je ne sers à rien. Même si je suis impuissant. Que je dois rester à ma place.
Comme tu me donnes des forces sans n'avoir rien à faire. Qu'il me suffit d'afficher un sourire.
En me disant combien je suis heureux de te connaître. Qu'il me suffit de penser à toi.
Pour que tout s'arrange. Aux massages que tu me fais sans en avoir conscience.
Je te sers un verre de vin. Je t'offre un Malakoff. T'embrasse sur la bouche.
Nous raccrochons. Et j'ai du mal à me regrouper dans le lieu où je suis.
Je te fais couler un bain. Je te fais un massage. Un câlin et l'amour.
Qui voyage sans moi à travers les cloisons.
Je palpe les mollets. De ton corps allongé sur le ventre.
Je dois faire mon métier en refoulant les idées salaces. Rester professionnel.
Je malaxe les cuisses en suivant. Pour préparer l'athlète à ses compétitions.
Je ne sais pas masser. Ni repasser le linge. Ni même faire des pointes.
C'est sans doute parce que je ne suis pas bon à marier que je n'ai pas d'épouses.
Tu n'as pas besoin de ça. Tu n'as pas besoin d'un mari. Ni d'une repasseuse.
Mais seulement d'un ami qui peut te faire l'amour. Et qui t'adulera jusqu'à la fin des temps.
Je raccroche. Et je te caresse les cheveux. La joue. Mon pouce sur ta bouche.
Pour peu que cela t'aide, tu sais que tu es la plus belle personne que je connaisse.
Ma plus belle histoire d'amour. Et ma raison de vivre. Et ma raison d'écrire.
Je range mon tablier et je plie mes serviettes. Ce n'était pas grand-chose.
Quand c'est moi qui ai le trac. A la journée qui vient. Qui sera historique.
J'ai besoin d'un massage. Et d'un verre de vin.
Philippe LATGER
Novembre 2012 à Perpignan
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