Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

La solution internet

Publié le

La plaine côtière du Languedoc-Roussillon est, on le sait, terriblement abîmée
par une urbanisation anarchique, de lotissements pavillonnaires et de zones industrielles,
qui n'a que peu souvent respecté les paysages, l'unité et le caractère de villes et de villages,

comme on peut aussi bien le déplorer en Midi-Pyrénées ou en région PACA. 
Difficile dans ces régions à fortes croissances démographiques de préserver le patrimoine,
de vraies campagnes et de vraies concentrations urbaines, quand tout est mélangé,
que les deux mondes sont dilués dans une mélasse qui n'est plus ni ville ni campagne,
constituant une nouvelle réalité intermédiaire, construite autour de l'automobile,
typiquement américaine, à laquelle nous nous sommes habitués.
Il n'est pas question de raser des hectares de maisons individuelles et de centres commerciaux,
qui ont pourtant signé l'arrêt de mort à la fois du territoire agricole et du centre-ville,
vidant les pôles traditionnels de leur substance, de leur population et donc de toute activité,
pour créer une culture de banlieue, horizontale, avec ses parkings de surface, ses échangeurs,
ses ronds-points, ses hangars alignés, ses restaurants franchisés, ses enseignes commerciales,
ses malls et ses caddies, ses stations-service, ses maisons aux clôtures diverses, inégales,
dans des rues tracées sans logique, des quartiers labyrinthiques faits d'impasses et de rues larges
pour y implanter, au barbecue et à la tondeuse du dimanche, tous les codes de l'American Way
of Life des Années 50, qui ont participé, que ce soit dans le domaine de la résidence comme
dans celui de l'activité économique, à la Los Angelisation de nos villes françaises.
Contrairement à New York qui est une ville debout, Los Angeles est une ville couchée.
Développée, plus encore que sur la liberté de consommation, sur celle du transport individuel.
Pensée, donc, sur l'usage de l'automobile privée, préférée partout aux transports en commun.
La physionomie typique, spectaculaire, propre à Los Angeles, est celle que nous avons choisie,
en France, pour le développement de nos zones urbaines, et nous connaissons tous désormais,
depuis longtemps, ces entrées de villes qui se ressemblent toutes.
Difficile aujourd'hui de démanteler une politique assumée depuis les Années 70.
Même si, au prix du pétrole notamment, comme aux consciences écologiques - qui se sont
précisément éveillées à la même période - nous avons compris les limites d'une telle société,
nous avons intégré le gaspillage d'énergie et de temps en particulier aux bouchons quotidiens
que nous créons invariablement tous les matins et tous les soirs pour aller travailler ailleurs,
et tous aux mêmes heures, sur nos rocades et périphériques, comme à la nécessité de prendre
la voiture pour la moindre activité, porter ses enfants à l'école, faire ses courses,
aller au cinéma, et le coût de l'énergie - de l'essence en l'occurrence - en période de crise,
comme le prix de l'immobilier en France, suffisent à remettre ces choix en question.
La civilisation automobile américaine a transformé notre pays et nous avons sans doute
profité longtemps de ses avantages, en flattant aussi cet instinct de propriété très français
qui a favorisé durant des décennies la construction de maisons individuelles.
Deux choses ont depuis anéanti le bien-fondé de cette option. Le coût de l'énergie bien sûr.
Qui va avec la conscientisation organisée de la limite de nos ressources. Pétrolières surtout.
Et le développement d'internet, qui révolutionna en quinze ans toutes nos pratiques.
De consommation, d'information, de relations humaines et professionnelles.
La coïncidence de la démocratisation du web et de la conscience écologique n'en est pas une.
Internet permet d'économiser les déplacements dans l'espace. Ici est la révolution.
Plus besoin d'aller à Tokyo pour un rendez-vous d'affaires quand Skype permet la réunion
en restant chez soi, plus besoin d'aller dans une boîte de nuit ou un bar, avec Facebook et
autant de sites de rencontre, pour chercher l'amour ou retrouver des amis, plus besoin d'aller
acheter son journal quand Le Monde publie ses articles en ligne, plus besoin d'aller au magasin
quand nous pouvons faire nos courses depuis notre ordinateur ou téléphone portable.
Et, pour bien des professions, on se rend compte que la présence dans un bureau n'est plus
nécessaire que pour maintenir la cohésion d'un groupe et un esprit d'équipe, d'entreprise,
lorsque le travail pourrait se faire souvent aussi bien depuis son poste informatique à domicile.
Internet a révolutionné le rapport à l'espace quand tout devient accessible depuis chez soi.
Le savoir. Le divertissement. La culture. L'information. La pornographie. La correspondance.
Les échanges. Transactions. Négociations. L'achat et la vente de biens et de services.
Ringardisant des procédés et des habitudes devenus obsolètes.
Le web permet de fluidifier des mouvements de masse, de faciliter des organisations collectives,
comme il participe au confort individuel, notamment à l'économie de temps qu'il rend possible.
Plus besoin d'aller à l'agence SNCF ni au théâtre pour réserver et acheter des billets.
Plus besoin de faire la queue à la Poste ou à certains guichets pour obtenir des informations,
ni même pour réaliser des opérations, y compris bancaires, lorsque tout peut se faire sur le net.
Le temps qu'internet nous fait gagner est considérable, même s'il nous en prend par ailleurs,
notamment aux errances qu'il encourage sur des réseaux sociaux particulièrement addictifs.
A ces comportements compulsifs près, la société a trouvé par cette révolution technologique
un moyen fantastique de limiter des gaspillages de papier et donc de bois, de pétrole,
d'énergie, de carburant, qui en fait le meilleur allié de la cause écologiste,
en plus de nous donner, à titre personnel, chacun le vérifiera dans son quotidien,
l'opportunité de reconquérir ce qui est le plus précieux dans la vie d'un homme :
son temps.

Avec internet, une disposition particulière, en cours de route, a accéléré la nouvelle tendance :
l'accès à internet depuis les appareils portables, désignés à juste titre comme mobiles.
Nous ne sommes plus obligés, comme au début des Années 2000, d'attendre d'être

à notre poste informatique fixe, domestique ou professionnel, au bureau ou à la maison,
pour pouvoir consulter nos données ou profiter des services et des contenus du web.
Déjà, sans connexion possible à la toile, la technologie du téléphone portable, de son côté,
au tout début de ce siècle, avec le texto, laissait percevoir ce qui n'est ni plus ni moins,
encore aujourd'hui, que le balbutiement de ce vieux fantasme de l'humanité qu'a toujours été
ce pouvoir psychique de communiquer avec les autres : la télépathie.
Pouvoir dire à distance, sans parler, à une personne de son cercle que l'on pense à elle,
lui demander où elle est, ce qu'elle fait, en quelques signes, est un pas vers cette utopie.
Le téléphone reste un appareil externe à notre organisme, un accessoire qui n'est pas encore
ingéré, un outil que nous pouvons encore perdre ou oublier puisqu'il est un objet distinct,
que nous n'avons pas encore greffé à notre corps, mais nous voyons déjà, dix ans plus tard,
alors que nous avons depuis logiquement fusionné les deux révolutions technologiques
de l'internet et du téléphone mobile, que nous gérons le smart phone comme un organe en soi,
un nouveau membre de notre corps, lorsqu'il devient inconcevable de nous en séparer,
même au cours d'un dîner entre amis, d'une réunion de travail ou d'un rendez-vous galant,
et que nous vivons dans notre chair une panne ou une perte comme une amputation.
Psychologiquement, nous avons déjà accepté ces appareils comme une partie de nous,
sommes addicts aux pouvoirs télépathiques qu'ils nous procurent, et vivons très mal,
dans des bouffées de panique propres au manque et à la toxicomanie, l'exclusion du groupe,
même furtive, lorsqu'il nous arrive de ne plus pouvoir nous connecter.
Ainsi, si le téléphone portable est devenu un signe d'appartenance à la communauté humaine,
un accessoire de mode lorsque les modèles, leurs coques et leurs housses, viennent parfaire
l'image que l'on donne de soi aux autres, nous savons bien que la prochaine étape de l'évolution
est la transplantation, mélanger les tissus organiques aux circuits électroniques,
quand les progrès en nanotechnologie le permettent déjà.
On voit qu'il est possible déjà de faire voir des aveugles et entendre des sourds.
On voit aussi qu'à la multiplication des ondes, le corps humain mute et s'adapte,
malgré des réactions organiques à ce nouvel environnement, le développement de cancers,
que le corps humain va peu à peu trouver sa place dans la saturation de l'air physique,
et supporter, de gré ou de force, cette violence faite au corps comme il a intégré,
non sans convulsions, le passage au tout électrique d'abord et au nucléaire ensuite.
A chaque révolution industrielle, le corps humain a dû reconfigurer ses forces et résistances.
S'acclimatant au charbon, à la chimie, comme il s'acclimate aujourd'hui à notre société filaire,
quand nos appartements, nos villes, sont pollués d'une nouvelle concentration invisible d'ondes
qui implique naturellement des dérèglements et provoque autant de dysfonctionnements.
Depuis les télécommandes pour la télévision jusqu'à la WiFi, c'est notre quotidien.
Et nous devrons évidemment prendre en charge de nouvelles pathologies.
C'est l'Histoire du monde et de l'humanité. Chaque solution crée de nouveaux problèmes.
Nous devrons traiter sans doute ne nouveaux cancers que nous parviendrons à soigner.
Mais le genre humain ne renoncera pas aux progrès que la technologie lui permet.
Malgré les nausées et des affections plus graves, en connaissance de cause, malgré les risques,
l'individu préfère continuer à s'exposer pour ne pas être exclu de la communauté sans doute,
et continuer à bénéficier des avantages de la connexion et de la mise en réseau permanente,
comme l'économie d'énergie, de déplacements physiques, et donc l'économie de temps.
Il est donc évident que nous sommes prêts à accepter de recevoir l'outil dans notre chair.
Nos adolescents, et nos enfants désormais, sont complètement familiarisés, et très à l'aise,
avec ce nouvel environnement et ces nouvelles pratiques, quand des femmes enceintes
ont pu déjà mener leurs grossesses à terme dans cette société nouvelle des Années 2000.
On pouvait arrêter de fumer ou de boire pour le bon développement du fœtus et du bébé,
le nouvel arrivant percevait déjà une réalité extérieure faite de nos nouveaux comportements.
Pour ces nouvelles générations, internet et le smart phone sont aussi naturels que l'électricité
et l'avion ont pu l'être à d'autres, comme la télévision ou la conquête spatiale et j'en passe,
quand ce qui a effrayé une génération témoin d'une avancée ou d'un bouleversement,
est aussi ordinaire à celle qui suit que l'air qu'elle respire ou que l'eau qu'elle boit.
Ainsi, alors que des expériences ont permis, déjà, à des bars de nuit branchés par exemple,
de faire payer leurs consommations à des clients consentants d'un seul coup de lecteur optique
sur l'avant-bras où fut implanté un code barre sous la peau à leur entrée dans le club,
alors que les puces électroniques sont déjà utilisées pour identifier nos animaux domestiques
ou pour permettre de géolocaliser du bétail, nous voyons clairement le sens de notre évolution.

 

  La solution internet 2 

 

Philippe LATGER
Décembre 2013 à Perpignan

Commenter cet article