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Fumer tue

Publié le

Les travaux l'avaient réveillé. D'humeur ronchonne.
Il avait enfilé son peignoir et jeté un œil par la fenêtre.
Au pied de son immeuble, on avait éventré la rue à force de marteaux-piqueurs.
Des canalisations et des tuyaux apparents, sur lesquels s'affairaient des ouvriers.
Le temps de boire un café en observant l'ampleur du chaos, il considéra que c'était trop tard.
Il ne pourrait pas se recoucher et se rendormir. Pas avec un tel vacarme.
Dans la salle de bains, il ôta son peignoir et entra dans sa cabine de douche.
Il sentit le sol bouger sous ses pieds et la cabine partir au moment de la déflagration.
Perdant l'équilibre, il était même tombé alors que l'eau continuait à sortir du pommeau.
Une détonation fantastique avait manqué de le rendre sourd. Lui avait déchiré la poitrine.
Et l'explosion lui semblait-il avait été suivie d'un long bruit de gaufrettes écrasées.
Il se redressa dans le bac pour s'asseoir, étourdi. Tendit un bras pour fermer les robinets.
Et ce qui l'oppressa alors fut le silence redoutable qui se fit quand l'eau ne coula plus.
Etait-ce parce qu'il avait été ébloui par une lumière aveuglante au moment de l'explosion,
il lui sembla que la luminosité avait changé, qu'elle n'était pas celle qu'il voyait d'habitude
à travers les parois de la cabine, comme si le jour s'était fait dans l'appartement.
Une nuée de poussière et de gravats vint pourtant assombrir cette lumière en l'étouffant.
Il resta assis en essayant de respirer. Rouvrit l'eau pour se rincer le visage et pour boire.
Couvert d'une fine pellicule de plâtre et d'autres matériaux qui avaient été pulvérisés.
Au bout de longues minutes, il entendit une voix qui cria. " Hey ! Il y a quelqu'un ?... "
Des sirènes de pompiers hurlèrent d'un peu loin avant de s'approcher.
Il se mit debout dans la cabine qui lui sembla tanguer légèrement.
Il l'ouvrit avec prudence, découvrit sa salle de bains jonchée de bois déchiqueté,
de pierres, de terre, d'éclats de brique, de verre, entre autres débris.
Il ne restait, outre le sol et le plafond, que trois cloisons sur quatre.
Celle qui séparait la salle de bains du séjour avait été soufflée, comme le séjour en entier,
et le mur de façade, qui s'était effondré comme celui du bâtiment de l'autre côté de la rue.
Il se tint nu et les cheveux mouillés au bord d'un énorme trou béant où gisait un tas de ruines.
Le plancher de son appartement avait cédé. Seule la salle de bains était encore au premier étage.
Quand il vit s'aventurer les premiers pompiers, il chercha son peignoir, tout de même.
" Vous allez bien ? Vous êtes blessé ?... demanda celui qui parvint jusqu'à lui.
Vous savez s'il y avait quelqu'un d'autre dans l'immeuble ? "
Il répondit qu'il n'en savait rien. Interrogea le pompier à son tour. Le gaz. Evidemment.
Et pour une fois, il ne pouvait être suspecté d'être responsable de l'accident
lorsqu'il venait précisément d'arrêter de fumer la veille. Mais il avait senti cette odeur de gaz.
" C'est une façon radicale d'arrêter ce boucan d'enfer, mais ça a marché. "
Le pompier ne sembla pas avoir entendu. " Vous pouvez descendre sur l'échelle ? "

 

Philippe LATGER
Février 2013 à Perpignan

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