Réunification
Nos visages sont proches.
Si proches. Est-ce à force de s'admirer l'un l'autre ? ...
L'aile du nez contre le tien. Les cils entrecroisés.
Et nos bouches voisines sont prêtes à se confondre.
Les yeux accaparés. Dans leur fascination.
C'est un parc d'attractions. Et l'attraction terrestre.
Deux aimants aimantés. Qui se plaisent à se plaire.
Dans l'obscurité, l'éternité des ombres, la rayure dorée
d'éclairages extérieurs venus nous caresser, ramper dans notre lit,
et le frisson du monde alentour, jaloux de nos baisers,
nous ignorons le reste, tout ce qui n'est pas nous.
Ma barbe naissante à ta joue, à ton menton, à tes lèvres.
J'inspire l'air que tu expires. Tu inspires l'air que j'expire.
Dépendants l'un de l'autre, nous nous respirons.
A nos visages proches, aux reliefs qui s'emboîtent, et s'épousent,
comme faits l'un pour l'autre, dans ce voluptueux jeu de cubes
où tout trouve sa place, où je suis à la mienne, le sourire s'éveille.
Après la gravité, entre autres attractions, le regard s'illumine.
Nos visages à deux doigts, où l'air va et revient comme en circuit fermé,
nous nous regardons de si près que nous risquons de nous perdre.
Dans les labyrinthes intérieurs de nos êtres décelés,
de nos cœurs esseulés et de nos perquisitions feintes.
Nos visages n'en font qu'un. La paroi est poreuse.
Le mien n'est plus la frontière d'une terre inconnue.
Quand tu as conquis les espaces reculés d'un continent entier.
Visité, découvert, vallées et forêts vierges, d'un rivage à l'autre,
pour faire tiens les cités en ruines et minerais précieux.
Au poste des pupilles, l'accès ne peut plus t'être refusé.
Quand tu règnes sur le monde nébuleux au-delà du fronton
et d'arcades sourcilières, où ton air me visite à chaque inspiration.
Notre marché commun. La libre circulation. L'abolition des douanes.
Réunification.
Philippe LATGER
Octobre 2010 à Perpignan
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