Happy End
C'est un corps qui vieillit mais réagit à ton souffle.
Comme la surface de l'eau qui s'agite et frémit. Qui devient chair de poule.
Le sang se propulse en des lieux érectiles. Par vagues d'oxygène.
La moindre parcelle de chair se réveille, se délecte, se fait zone érogène,
pour peu que tu l'approches, pour peu que je te touche.
Et je me régénère. Les tissus se réparent. Les plaies se cicatrisent.
Quand tout se raffermit. Pour être ultra-sensible.
La chaleur échangée, l'énergie partagée, qui viennent nous confondre.
Ce sont des sensations qui s'impriment et me révolutionnent.
Résolument violentes. Brûlantes et volatiles. Le feu auquel me fondre.
Quand toutes tes réactions m'orientent et m'impressionnent.
Mes mains lissent tes hanches d'un même mouvement, deux gestes symétriques,
dont la caresse lente libère enfin un sexe de ton sous-vêtement.
Ma bouche vient s'y affairer. Mes mains s'occupent ailleurs.
Et je peux continuer pour être encouragé par d'heureuses contractions.
Des frissons perceptibles. Des choses retenues. Comme une oscillation.
Au devoir accompli qui n'en était pas un, le repos du guerrier en est un véritable.
Quand la pulsion cardiaque est au bord de la crise, menace de tout rompre.
La tension est palpable au moment voluptueux où l'étreinte se relâche.
Sans nous lâcher la main. Nos corps extirpés, rejetés sur un lit, ne se séparent pas.
Quand nous sommes côte à côte, pour fixer le plafond, écumants et radieux,
à reprendre notre souffle, mais pas ce qui est resté de notre âme dans l'autre.
Tu t'aides et te redresses, pour te pencher sur moi, avec un sourire grave.
Je retrouve dans tes yeux la lumière changeante de tes regards fiévreux.
Nuages et éclaircies. Tout le ciel se dégage. Le sourire change aussi.
Et c'est du grand soleil quand tu me reconnais. Comme au premier instant.
Je peine à retrouver le rythme de croisière et ma respiration. Et je ris de moi-même.
Quand ta mine amusée, attendrie, vient me dire que tu m'aimes et que je suis trop vieux.
Je vois bien que tu vois le garçon de l'été, celui que tu as vu sur la place Molière.
Tu ne m'as pas perdu. A cette certitude, je peux fermer les yeux.
Tes doigts se tendent pour se glisser dans des cheveux que je n'ai plus.
J'ai soixante-quinze ans. Tu en as soixante-dix.
Nous n'avons pas vieilli. Nous avons fait semblant.
Nous ne nous sommes jamais lâchés. Ce depuis trente-huit ans.
Je serre ta main dans la mienne pour te dire que je ne le fais pas maintenant.
Pas maintenant que mon cœur s'arrête. Et que tu t'en rends compte.
Puisque je t'attendrai, où que j'aille, comme je l'ai toujours fait.
Philippe LATGER
Mai 2012 à Perpignan
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