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Eurêka

Publié le

Peu importe la violence du monde quand je suis sous la couette à contempler tes yeux.
Je regarde tes yeux qui me regardent te regarder. Et l'origine se perd aux miroirs face à face.
C'est un jeu que j'aimais aux petites armoires à pharmacie chez ma tante à Toulouse,
comme dans la salle de bains des parents de papa route de Lacroix-Falgarde.
Trois volets à ouvrir, trois glaces permettant de se voir de profil au moment du rasage.
Je tirais un tabouret pour me hisser à hauteur d'homme adulte et ouvrais les battants extérieurs.
Rabattus comme au pliage d'une feuille de papier, origami d'images, pour former un triangle.
Un prisme fantastique. Un léger espace suffisait à glisser un œil pour voir ce qu'il s'y passait.
Et c'était un extraordinaire labyrinthe de lumières. La découverte de l'infini. Vertigineuse.
La porte d'un monde imaginaire où l'on pouvait se perdre. Aussi mystérieux que merveilleux.
C'est la même fièvre à ces reflets entre nous, de mes pupilles aux tiennes, les poupées russes,
où tout se répond éternellement, sans qu'il n'y ait de fond, de frontières, de limites, ni d'entraves.
Je suis happé par la corne d'abondance. Par la spirale de deux images qui ne font plus qu'une.
Qui regarde l'autre ? A qui sont les pupilles dilatées que je vois, tout à coup, avec la certitude
que je suis en train de percer là, en silence, les secrets de l'univers ou de Dieu en personne.
Je ne sens plus mon corps. Perds mon identité. Les repères culturels qui font que je suis moi.
Je suis le monde vivant. J'existe sans n'être plus. Sinon l'énergie qui répond à la tienne, le désir,
et l'ivresse, le mélange chimique à deux doigts de créer comme un nouveau Big Bang,
de nouvelles galaxies et de nouveaux trous noirs, ouvrir des passages à des années-lumière.
Et je découvre en chercheur de quoi remplacer les énergies fossiles, la source intarissable,
quand mon cœur s'écrie Eurêka ! à cette électricité humaine, prêt à tenir conférence :
l'amour est une énergie renouvelable, plus propre que le pétrole, plus sûre que le nucléaire,
capable de faire rouler des trains et voler des avions, d'alimenter des machines et des organismes,
plus facile à capter que le solaire, que les marées, que le vent ou la foudre, quand tout est relié.
L'amour est l'énergie qui créera des emplois, tout en sauvegardant la planète, la biosphère,
assurera l'évolution, saura nourrir l'humanité entière, combustible que nous créons nous-mêmes,

sans avoir à exploiter des peuples voisins, à déclencher des guerres ni des expéditions.
Nous sommes des piles vivantes, en réactions chimiques aux désirs de nous-mêmes.
Qui participent peut-être au réchauffement climatique, quand nous sommes 7 milliards,
avides d'affection, qui créent à la fois le problème sans doute autant que la solution.
Je t'aime de tout mon être, je m'aime à travers toi. Le ping pong nucléaire. Fulgurant.
L'accélérateur de particules. De mes pupilles aux tiennes. A faire décoller le lit, et la pièce,
et l'immeuble en entier, dans une tornade splendide qui pulvérise tout, comme au matin du monde.
C'est un chaos sans violence. Une révolution douce. Une mue immuable. Le sens. La direction.
Qui fusionne tous les mondes parallèles. Ceux que l'on devinait. Ceux que l'on ne voyait pas.
Comme au prisme de miroirs révélant l'infini. Le temps démantelé. La fonte de nos glaces.
Pour trouver au noyau dur cette divulgation : nous partageons le même. Faisons partie d'un tout.
Le générateur unique de 7 milliards d'humains. Nourris au même réacteur nucléaire. La source.
Qui brûle au-delà du soleil et des mondes connus. Où l'infini se tient avec l'éternité.

 

Philippe LATGER
Décembre 2011 à Perpignan

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