Des vagues
C'est un monde étrange. Fait de bruits et de couleurs. De matières. Et d'êtres humains.
Où je fus précipité. Qui m'éblouit encore. Sans pouvoir le comprendre.
Je marche sur des jambes sans même y réfléchir. Je respire aussi. Sans même y prendre garde.
Lorsque ça suffirait à étonner sans doute. Que ça mériterait que l'on s'y arrête un peu.
Le ciel comme un manteau où la vie est possible. Et le temps de le voir. Le bois et les échardes.
Les parfums d'une haie. Le son d'un asperseur. A la baie de Rosas. Et la nuit à surprendre.
Le soleil qui décline. Le rire de ma sœur. L'eau qui frémit au loin. Qui coule des jours heureux.
Des vagues de promesses. Le cycle des saisons. Les montagnes alentour. Mon regard qui s'attarde.
La terrasse sous mes pieds. L'appart sous la terrasse. La terre sous l'appart. Et des corps sous la terre.
La maison sur ma tête. Les étoiles au-dessus. Où Mars rougit un peu. Où mes rêves se perdent.
De l'infiniment grand aux mondes minuscules, l'infiniment petit, unis au crépuscule, tout se rejoint ici,
quand rien n'est invisible, quand tout est ressenti, à l'arôme du café, à l'odeur des cheveux,
au goût de nos baisers, touché par ta caresse, les mélanges de soi, le souvenir d'un lieu,
celui de ton sourire dans la nuit qui s'étoile, la chaleur du foyer ou celle de mes mains.
Ton absence est présente aussi vrai que je suis à l'endroit où mes yeux n'ont plus à te chercher.
Je t'ai dans mes paupières. Je t'ai dans mon ressac. Dans l'écume de tout ce qui peut se produire.
J'ai des vagues de toi qui montent et m'éclaboussent. Qui m'inondent encore et me remuent toujours.
Qui claquent sur ma peau. Qui me rincent à grande eau. Quand tu es l'océan fait de tout ce qui existe.
De tout ce qui m'entoure. Pour m'emporter au large. Me transporter ailleurs. Quand tu es le voyage.
Quand je suis le vaisseau, qui parcourt des grands fleuves aux plus petits ruisseaux,
le monde révélé, qui est plus que l'Espagne, qui est plus que la côte, qui a bouclé mes bagages
pour aller l'explorer, ou le redécouvrir, plus grand et plus vrai que ce que je croyais.
La maison de mon père, sur le port, a changé. Les nuages et la brume ont été balayés.
Un décor habité m'enveloppe si bien que je fonds dans les choses. L'univers je deviens.
Je te sens dans le vent, te reconnais toujours, dans le magma vivant de la Terre qui bruisse.
Je souris à la nuit puisque je suis le jour, en faisceaux de lumière sur les flots de la baie.
Qu'il n'y a pas de frontières, de montagnes qui puissent nous séparer vraiment,
nous tenir à distance, ni de vagues assez fortes pour me faire tomber.
Philippe LATGER
Décembre 2011 à Perpignan
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