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Balances

Publié le

Au bout de la rue, les gradins ont été installés dans le Campo Santo.
Et nous entendrons bientôt, en fin d'après-midi,
les basses lourdes de balances, à faire trembler les carreaux des fenêtres.
Des gars en bermudas, T.shirts noirs, lunettes noires, exhiberont leurs badges.
Quand le site ne trouvera le repos, écrasé par la chaleur, qu'en début de soirée.
Le soleil aura décliné et les festivaliers commenceront à pointer le bout du nez.
Au sortir de la sieste ou au retour de la plage, pour envahir les terrasses de cafés.
Dans le cimetière où l'on avait déclamé en d'autres temps " Ici, la terre est rouge ",
l'échafaudage d'un amphithéâtre éphémère s'ouvre sur le vaisseau de la cathédrale.
Après Lambert Wilson, Véronique Sanson. Et la boucle est bouclée.
J'ignore dans quelles circonstances le changement d'équipe s'est opéré.
Je n'oublierai jamais ce que je dois à la précédente.

Je me rends compte aujourd'hui, que je vis sur le lieu de mes vacances.
Le mois de juin est revenu, tel que je l'avais toujours connu, chaud et stimulant.
Un brin affriolant. Et lascif. La prison redevient le centre du monde.
Quand ce sont les Anglais, les Italiens, les Espagnols et les Allemands,
qui viennent à notre rencontre, bob sur la tête et plan en main,
me faisant faire l'économie de miles et de billets d'avion
pour faire enfin leur connaissance.
La place de la République s'est organisée.
Le parvis du théâtre retrouve ses proportions idéales.
Un marché jouxte les terrasses où il est possible de déjeuner à l'ombre.
Et les soirées promettent d'être aussi douces que longues, pile poil sous la lune.
Où j'ai pris l'habitude de tomber amoureux.

N'avions-nous pas pris un verre ensemble, ici, toi et moi ?
Sans nous douter un seul instant du couloir dans lequel nous nous engouffrions.
La ville bruissait de la présence de Vanessa Paradis. Et nous bruissions l'un de l'autre.
Mes avant-bras hérissés de désirs coupables. Assis sur le bord de ma chaise.
Prêt à te sauter à la gorge pour te dévorer la bouche
quand je devais me résoudre à ne te dévorer que des yeux.
Dont je ne me suis toujours pas rassasié à l'instant où j'écris.
Perpignan en son sein protège tant d'histoires d'amour.
Les plus belles que j'ai vécues. La plus belle de toutes.
Et tout m'accompagne, le soleil sur ma peau, dans un décor complice.
Où chaque arbre fut témoin de mes marches nocturnes,
de ma quête d'absolu, et de quelques triomphes.

L'heure des festivals a sonné.
Réveillant l'Arsenal, et ma rue de bohème.
Et la pleine lune, sur la baie d'Argelès, se lèvera encore pour me désintégrer.
Se glissant sur la mer pour bouffer les noirceurs, faire reculer les doutes.
Hypnotiser mon âme vendue au bonheur d'être encore debout.
Il a fallu dix ans pour ranimer mon horloge.
Et ces basses lourdes de balances, à faire trembler les carreaux des fenêtres.
Celles de Dominique Bertram me ramèneront à Triel, le chocolat en bouche,
où Périer photographiait la Douceur du Danger sur les bords de la Seine.
Entre autres pages heureuses d'un album de mémoire, de jours miraculeux.

Quand le destin, j'avoue, au lieu de me punir, fut toujours généreux.
Barcelone et Paris. Bordeaux et le Québec. L'Andalousie jalouse.
Quand le monde en entier, revient se concentrer, à l'endroit où je suis.
A l'endroit où nous sommes.
Rejouer l'émotion de lettres à ma terre. De l'amour de ma ville.
Où je suis né deux fois. Et ne mourrai jamais.

 

Philippe LATGER
Juin 2011 à Perpignan

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